Texte de Descartes extrait de la 5ème Méditation :
Et ce que je trouve ici de plus considérable est que je trouve
en moi une infinité d’idées de certaines choses, qui ne
peuvent pas être estimées un pur néant, quoique
peut-être elles n’aient aucune existence hors de ma
pensée ; et qui ne sont pas feintes par moi, bien qu’il soit en
ma liberté de les penser ou de ne les penser pas ; mais elles
ont leurs natures vraies et immuables. Comme par exemple, lorsque
j’imagine un triangle, encore qu’il n’y ait peut-être en aucun
lieu du monde hors de ma pensée une telle figure, et qu’il n’y
en ait jamais eu, il ne laisse pas néanmoins d’y avoir une
certaine nature ou forme ou essence déterminée de cette
figure, laquelle est immuable et éternelle, que je n’ai point
inventée, et qui ne dépend en aucune façon de mon
esprit ; comme il paraît de ce que l’on peut démontrer
diverses propriétés de ce triangle à savoir que
ses trois angles sont égaux à deux droits, que le plus
grand angle est soutenu par le plus grand côté, et autres
semblables, lesquelles maintenant, soit que je le veuille ou non, je
reconnais très clairement et très évidemment
être en lui, encore que je n’y aie pensé auparavant en
aucune façon, lorsque je me suis imaginé la
première fois un triangle ; et partant on ne peut pas dire que
je les ai feintes et inventées.
Edition 10/18
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