Il est là, sur le banc ...
Il est là, sur le banc,
paraît se tenir (discrètement) le ventre. Il regarde les
gens qui se pressent devant la boulangerie (samedi : il y a une
file d'attente importante). Je le regarde, il évite mon regard.
Vingt-vingt deux ans ? Il ne demande rien. Depuis la boutique pourtant
je vois une femme chercher quelques piécettes. J'hésite ;
je demande une baguette viennoise pour moi et un pithivier que je lui
donne en sortant. 20 - 22 ans ! « C'est un gâteau aux
amendes », il me dit « et vous ? - Je ne dois pas grossir
» lui dis-je et j'ajoute « je l'ai acheté pour vous
». Il me répond « J'aurais
préféré du salé ». Regardant la file
d'attente, je renonce à revenir. Quand même ! Quand
j'avais son âge, ceux qui recevaient l'aide des passants se
montraient moins exigeants. Plus polis ? Je ne sais ; il m'a bien
dit « et vous ? », cela venait du cœur. Je lui fais
remarquer qu'il a aussi besoin de sucre. Bien sûr, à
l'heure du repas le salé eût été mieux venu,
sans doute...
20-22ans, ce visage pâlichon
! Ce sont les enfants que nous avons élevés. Comment en
sont-ils arrivés là ? Drogue, idéologie «des
droits » ? Je ne sais. La gentillesse n'a pas disparu. Alors
qu'avons-nous fait qui les a conduits ainsi, épaves sur ce banc,
ceux dont nous étions responsables ?