SOCIETE PLURIELLE ET TRANSMISSION CULTURELLE


Y a-t-il compatibilité entre la transmission culturelle, qui est traditionnellement la tâche de notre école, et la société " plurielle " qu'on nous fabrique ? A lire les littératures spécialisées de nos pédagogues officiels, il est évident que c'est de la question fondamentale de la réforme scolaire continue que subit l'Education Nationale depuis 1968. Elle est résolue par ces théoriciens de la pédagogie sans avoir été posée ni aux familles, ni aux contribuables ; et leurs solutions successives sont en permanence imposées à la nation (mot qui d'ailleurs ne semble pas exister dans leur vocabulaire) par le biais des Instituts de Formation des Maitres (I.U.F.M.) et des Groupes de Travail Disciplinaires ( G.T.D.) Ainsi Philippe Meirieu, ancien conseiller de Jack Lang au ministère de l'E.N. après avoir été directeur de l'Institut Pédagogique National, affirme : " Le mythe identitaire a fait long feu ; on a pu croire un temps aux vertus de l'assimilation, imaginer qu'un modèle culturel unique, celui de l'occidental humaniste (...) était susceptible de s'imposer progressivement à tous les êtres humains, il n'en est rien " même si " une telle idéologie a pu être un moment de l'histoire des hommes " (L'école, mode d'emploi, p.101) ;aussi, selon lui " Il nous faut revenir à un certain éloge de l'imperméabilité (...) Il faudrait donc préserver, pour que nos enfants ne s'épuisent pas dans la quête d'une identité impossible, la diversité des cultures et l'originalité irremplaçable de chacune d'entre elles "(pp.102-103)

Nous ne sommes évidemment pas opposés à la préservation dans nos écoles de l'originalité de notre culture occidentale et française. Nous pensions d'ailleurs comme beaucoup de parents et de contribuables que c'était la fonction même de l'école de la République ; la question qui se pose est de savoir dans quelle mesure l'école peut à la fois transmettre notre propre originale culture et préserver l'originalité " irremplaçable " de toutes les autres. M. Meirieu n'y répond pas clairement : "Il serait vain -écrit-il- de cultiver la nostalgie de l'homogénéité car, tant au plan planétaire qu'à celui de la société française dans son ensemble (...), un processus de différenciation est en cour. Certains l'interprètent comme une perte de nos finalités et leurs craintes pourraient être en effet fondées si, au lieu de saisir la chance qui se présente d'inventer de nouvelles formes de socialité, nous cherchions à restaurer le modèle identitaire "

Quelle aveu, dira-t-on : ainsi pour M. Meirieu notre modèle identitaire est et doit être perdu puisqu'il faut en condamner la restauration ! Il est très curieux que le Ministère de l'Education Nationale n'ait jamais jugé bon de nous en informer, de nous rendre des comptes sur cet évènement considérable, préférant augmenter constamment le budget de l'Education Nationale, désormais fondé sur un mensonge par omission.

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L'expression de la pensée réelle de M. Meirieu est loin d'être claire car, sans nommer Jules Ferry, c'est à son idéal d'assimilation que M. Meirieu s'attaque ici : " une telle idéologie a pu être un moment de l'histoire des hommes " mais " il faut revenir à un certain éloge de l'imperméabilité ".En effet dans les deux domaines qui portent la marque de Jules Ferry, l'Instruction Publique et la colonisation, le grand ministre de la IIIème République s'est conduit en disciple d'Auguste Comte, décidé à accélérer le processus décrit par celui-ci dans la " loi des trois états " . Comte affirmait que l'humanité parcourt nécessairement trois états dans son évolution culturelle :état théologique (croyance à la causalité divine) , état métaphysique (critique du précédent) et l'état positiviste dans lequel on ne fait confiance qu'à la raison et à la science .En récusant cette vision des rapports entre cultures M .Meirieu rejoint l'ethnologie et l'anthropologie contemporaines ; les neuro-sciences, dont l'Institut Pédagogique National refuse les découverts, justifient d'ailleurs ce point de vue.

Ainsi contrairement à ce qu'affirmait Jules Ferry, il faut, selon M. Meirieu, accepter " un processus de différenciation (...) en cours " y compris dans la " société française ", la diversité des cultures et " l'originalité irremplaçable de chacune d'entre elles " devant être préservée mais, pour la nôtre, c'est nostalgie d'en restaurer le modèle : voilà qui est dit ! Il faut accepter " une perte de nos finalités " pour " inventer de nouvelles formes de socialité ". Ainsi M. Meirieu prétend- il substituer son propre mythe à celui de Jules Ferry . Comme ces " nouvelles formes de socialité " sont à inventer on peut dire qu'on ne sait pas où l'on va .


Le Ministère de l'Education Nationale est ainsi dirigé en fait, au moins depuis 1968 , par une équipe d'idéologues qui, sous couvert de pédagogie, entravent la transmission de notre culture, la seule, comme on le voit, qui ne doive pas être " préservée ". (pourquoi ?) La grave et longue crise que connaît l'Education Nationale a son origine dans cette révolution culturelle opaque, et depuis 1968 les ministres successifs osent présenter le plus gros budget de la Nation sur une telle référence, avec les résultats que l'on voit sur les plans intellectuel, moral et économique .


 

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