REFERENDUM : POURQUOI LE NON
La carte électorale du
referendum en France répond avec clarté : le « oui
» n’est majoritaire que dans onze départements sur 95 et
dans la plupart des grandes villes françaises. Or ces «
grandes villes » sont aujourd’hui celles où habite ce
qu’on
appelle à juste titre « la France d’en haut », une
nomenclatura que sa fortune et ses attaches avec le monde politique ont
coupée de la France « d’en bas » c'est-à-dire
de l’ensemble des Français. En effet un certain nombre de
facteurs, dont la coïncidence n’est peut-être pas l’effet du
hasard, ont obligé une grande partie de la classe moyenne a
abandonner ces villes déjà désertées par
les classes plus modestes : droits de succession exorbitants qui ne
permettent pas aux héritiers naturels d’entrer en possession de
leur patrimoine, bienveillance des pouvoirs publics vis-à-vis
des squats qui détruisent des immeubles, des rues et des
pâtés de maisons pour le plus grand avantage des
promoteurs, sans compter une loi sur le « logement social »
qui bénéficie surtout aux immigrés. Ainsi les
villes qui ont voté « oui » représentent
clairement la « France d’en haut »… et la fracture sociale
française qui, paraît-il, était la grande
préoccupation du Président Chirac ; en témoigne le
rejet souvent massif de cette constitution dans des secteurs où
faisaient campagne pour le « oui » des ténors
socialistes comme Pierre Mauroy ou Mme Aubry, par exemple dans
les départements du Nord (non à 61,94%) et Jack Lang (Pas
de Calais non à 69,50%). Le vote en région parisienne est
particulièrement significatif : Paris qui devient
progressivement l’habitat de la nomenclatura a voté « oui
» comme les départements voisins les plus
résidentiels, tandis que les départements de Seine- st
Denis (non à 61,52%) , Seine et Marne et Val d’Oise ont choisi
le non, souvent massivement.
*
* *
Un facteur essentiel est souligné par cette fracture, c’est
l’importance des nuisances dues à l’immigration. Il ne s’agit
pas de racisme : les émirs du pétrole et autres pachas de
la finance et des productions internationales en tout genre ne
gênent guère les habitants du 7ème ( oui
:80,52%) ou du 15ème (oui :72,11%) arrondissements de
Paris ! mais plutôt se dessine un nouveau « racisme
», celui qui partage la « France d’en Haut »,
c'est-à-dire de la classe mondialiste et le vulgum pecus
attaché, malgré les efforts obsédants des
médias, à ses mœurs, ses valeurs, à son
enracinement historique. En témoignent le vote des campagnes
contre cette constitution mais aussi des commentaires indignés
du citoyen de la « France d’en haut » : « avec
les subventions que Bruxelles leur a données, ils votent encore
« non » ! Incompréhension patente : en clair «
on vous fait vivre, de quoi vous plaignez-vous ! »
*
* *
Ce vote binaire et sa répartition globale s’éclairent
parfaitement à l’analyse parétienne . Dans une
société constatait
le
grand sociologue Pareto, on trouve
deux composantes apparemment contradictoires qu’il appelle «
persistance des agrégats » et « instinct des
combinaisons » : le premier concept correspond à
l’attachement aux coutumes tandis que le second désigne un
esprit de recherche de solutions nouvelles. Toute société
a besoin des deux composantes pour survivre car la première en
maintient l’identité, la seconde en permet l’adaptation : si
l’une des deux l’emporte trop fortement, soit la persistance des
agrégats interdit l’adaptation aux changements, soit l’instinct
des combinaisons fait disparaître l’identité de la
société et donc la société même. Il
est significatif que le vote « oui » à la
constitution soit à ce point regroupé dans les plus
grandes villes et en particulier à Paris où, du fait
d’une politique sournoise de l’habitat, place a été faite
à la classe politico-médiatico- syndicale au
détriment des autres types de population. Ce referendum
révèle cette politique de l’habitat.
Mais il révèle aussi
la fracture sociale, c'est-à-dire la coupure de cette classe qui
s’est appelée elle-même « la France d’en haut
» par rapport à la France simple : cette France de
l’instinct des combinaisons n’a plus de racines, c’est pourquoi elle ne
trouve pas étrange qu’on lui propose une constitution pour un
vague pays sans frontières et qu’on peut aujourd’hui appeler
Europe, demain…
A force d’instinct des combinaisons il devient difficile à cette
classe politique de se représenter les Français ou
quelque nation que ce soit, à fortiori de les représenter
; elle ne représente plus que l’internationalisme. Le
général de Gaulle passait ses vacances à Colombey
les deux Eglises où le parti gaulliste a longtemps fait des
pèlerinages : va-t-il les faire à l’autre bout du monde
devant un hôtel cinq étoiles ? Sans doute cela ne
déplairait pas à certains de ses députés
mais il leur sera alors difficile de faire croire à leurs
électeurs qu’ils sont représentatifs !
Les réactions des chefs des partis qui ont soutenu l’approbation
de la constitution dite européenne sont d’ailleurs
significatives : ils refusent de tenir compte du fait qu’ils sont
minoritaires : le Président Chirac n’a reçu aucun des
représentants de la majorité qui vient de s’exprimer, pas
même M. Dupont-Aignan et M. Marini (président de la
commission des finances du Sénat) qui appartiennent à son
parti, l’U.M.P. et M. Hollande prétend jeter l’exclusion sur M.
Fabius dont le refus de la constitution correspond majoritairement
à celui de l’électorat socialiste. Son attitude peut
encore se justifier puisque les militants socialistes avaient
été consultés préalablement au referendum,
mais dans le parti gaulliste on ne consulte pas les militants :
historiquement ils sont les admirateurs, de fait ou de carrière
du chef, la proportion entre ces deux types d’admirateurs tendant
à s’inverser avec le temps. Rien de bon n’est à attendre
de cet autisme de la classe politique qui va d’ailleurs paraître
suspect à la majorité des électeurs : quels motifs
puissants, inavoués expliquent cette obstination
antidémocratique ?
Comme l’écrit
M. Delors, (en d’autres
termes !) dans ses « Mémoires » (Plon éditeur
p.405) quand les peuples s’en sont mêlés, l’Union
Européenne est entrée dans une période de
turbulence. La lecture de ces « Mémoires »
permettait d’ailleurs de comprendre et de pressentir l’échec
auquel nous assistons : « la politique de l’engrenage
» que M. Delors a conduite tambour battant, il le dit
lui-même, sous le patronage moral du « doux despotisme
éclairé » des pères fondateurs
(p.406), se faisait dans « climat différent »
; mais aujourd’hui « les peuples sont en train de faire irruption
dans le théâtre souvent abstrait de la construction
européenne » ; le chômage en effet n’a rien
d’abstrait pour ceux qui le vivent, même en le faisant
rémunérer par des mesures de solidarité, comme on
a payé les paysans pour ne pas cultiver, les pécheurs
pour abandonner les bateaux. Lors du traité de Maastricht
(1992), il était possible de faire miroiter des
espérances. Plus en 2005 : la politique de Bruxelles ayant
développé ses ravages comme le prouvent les courbes
statistiques depuis trente ans (1974 exactement : voir Maurice Allais
« La mondialisation : la destruction des emplois et de la
croissance » chez Clément Juglar 1999). En trente ans la
politique des plans sociaux a montré ce qu’elle est : une
politique de soins palliatifs sans avenir, destinée à
faire patienter… Trente ans c’est les deux tiers au moins d’une vie
professionnelle, quand ce n’en est pas la totalité.
Manifestement les politiques
ont leurs raisons que l’économie et les citoyens ne connaissent
pas, aussi les partisans de la constitution, pour soutenir leur cause,
ont-ils essentiellement brandi de vagues raisons, la menace et le
chantage à l’isolement. Et ça n’a pas marché.
Quoiqu’en pense les constructivismes mondialistes, les peuples existent
: les conclusions d’Arnold Toynbee à ce sujet, dans «
L’histoire », ont de quoi surprendre de la part d’un penseur qui
connaissait l’ethnologie.
L’autisme
délibéré de la classe politique française
est un mauvais présage pour l’avenir, pour son avenir.
__________________________