SUJET
Expliquez et dégagez l’intérêt philosophique du
texte suivant :
« Je ne puis faire mieux entendre la conduite qu’on doit garder
pour rendre les démonstrations convaincantes qu’en expliquant
celles que la géométrie observe. Mais il faut auparavant
que je donne l’idée d’une méthode encore plus
éminente et plus accomplie, mais où les hommes ne
seraient jamais arrivés : car ce qui passe la
géométrie nous surpasse ; et néanmoins il est
nécessaire d’en dire quelque chose, quoiqu’il soit impossible de
le pratiquer.
Cette véritable
méthode, qui formerait les démonstrations dans la plus
haute excellence, s’il était possible d’y arriver, consisterait
en deux choses principales : l’une de n’employer aucun terme dont on
n’eût auparavant expliqué nettement le sens ; l’autre de
n’avancer jamais aucune proposition qu’on ne démontrât par
des vérités déjà connues ;
c’est-à-dire en un mot, à définir tous les termes
et à prouver toutes les propositions …
Certainement cette méthode
serait belle, mais elle est absolument impossible : car il est
évident que les premiers termes qu’on voudrait définir en
supposeraient de précédents pour servir à leur
explication, et que de même les premières propositions
qu’on voudrait prouver en supposerait d’autres qui les
précédassent ; et ainsi il est clair qu’on n’arriverait
jamais aux premières.
Ainsi, en poussant les recherches
de plus en plus, on arrive nécessairement à des mots
primitifs qu’on ne peut plus définir, et à des principes
si clairs qu’on n’en trouve plus qui le soient davantage pour servir
à leur preuve. D’où il paraît que les hommes sont
dans une impuissance naturelle et immuable de traiter quelque science
que ce soit dans un ordre absolument accompli »
Blaise PASCAL, De l’esprit géométrique