NOUVELLE
LOI POUR L’ECOLE ?
Lors de la traditionnelle cérémonie des vœux à
l’Elysée, le Président de la République a promis
pour février 2005 la discussion d’une nouvelle loi sur
l’enseignement. Faut-il s’en réjouir ?
Après le grand bazar de mai 1968,
pareille promesse semblait répondre à une
nécessité pour mettre fin à la déroute de
notre école ; la déception a été ensuite
considérable : les remèdes votés par
l’Assemblée Nationale ont tous aggravés le mal ; les
justifications psycho- sociologiques données avaient simplement
oublié l’essentiel : la surcharge des effectifs scolaires,
puisque la génération du baby-boom pesait sur les
générations des années démographiques
creuses, chargées de leur transmettre notre culture. La relative
prospérité de l’époque avait permis de multiplier
les établissements scolaires, mais évidemment pas les
enseignants qui, bien que d’un bon niveau de compétence, ont
été débordés par la masse scolaire, assez
bien travaillée d’ailleurs à l’époque par les
médias.
Le Parlement aujourd’hui, et
singulièrement la majorité gaulliste, n’a plus le droit
à l’erreur : sa crédibilité est en jeu. Or on
pouvait douter déjà de l’efficacité de la future
loi, tant à la lecture des remèdes proposés par le
rapport Thélot dont le ministre a reconnu s’être
inspiré, que par la lecture des questions multiples et
détaillées qui ont été proposées
lors de la méga consultation nationale décidée par
l’Elysée en 2003, tellement balisée que là encore
il ne manquait que l’essentiel. Comme nous l’avions remarqué
alors (voir dans ce site les deux « débats sur
l’école »), aucune référence explicite
n’était faite à la Nation mais seulement à «
la société » et à « l’Ecole de la
République » chargée « d’intégrer la
diversité des expressions culturelles et religieuses tout en
résistant à l’emprises des communautarismes » ;
aucune référence non plus à l’immigration dont le
poids est de plus en plus lourd pour notre école, et pas
seulement sur le plan financier comme en témoigne un
récent rapport de l’Inspection de l’Education Nationale.
Dès la première question, ce débat prétendu
sans tabou, ressemblait ainsi beaucoup à un mensonge par
omission. Aujourd’hui, outre « les valeurs de la
République » (jamais définies) qui font
référence, il y a « l’Europe ».
(expressément dans les annexes) Demain … ? Parlera-t-on un jour
en ce qui concerne l’éducation nationale de la culture et de la
France ?
Le
projet de loi mis en ligne sur le
site ministériel n’est pas digne de ce qu’on était en
droit d’attendre, compte tenu de l’échec constaté de
l’école depuis que la loi Haby a tué notre enseignement
secondaire en créant « le tronc commun »;
l’idée selon laquelle le prolongement d’une scolarité
obligatoire commune permet à tous d’atteindre un SMIG
culturel à 16 ans aboutit à une liquidation de la culture
et empêche toute orientation sérieuse; le projet de loi
Fillon ne corrige rien : on continue le bricolage psycho- socio
pédagogique sans trop s’inquiéter de la culture à
transmettre, ni des raisons qui aboutissent à l’échec
actuel.
On souligne que les horaires d’enseignement français sont des
plus lourds, mais on y ajoute du parascolaire, du soutien, des aides
éducateurs, des projets d’établissement sous
l’égide de la région, des contrôles et
évaluation toujours sous l’égide régionale,
après s’être dérobé aux évaluations
de l’O.C.D.E.
L’article 16 (section 2) sur les diplômes est assez vague pour ne
pas dire le rôle prévu du contrôle continu.
On affirme la liberté pédagogique (article 25), mais on
institue un conseil pédagogique dans chaque établissement
(article 21) ; il est prévu d’ailleurs une politique
pédagogique d’établissement, sur laquelle on peut
s’interroger.
Jusqu’ici on était assez raisonnable pour n’imposer aux
enseignants qu’une obligation de moyen à laquelle ils
dérogent d’ailleurs dans le cycle élémentaire avec
la méthode globale de lecture et ses succédanés.
Maintenant on leur impose une obligation de résultat :
« La nation fixe au système l’objectif de garantir
que 100% aient acquis au terme de la formation scolaire un
diplôme ou une qualification reconnue,80% d’une classe
d’âge au bac et 50% à un diplôme de l’enseignement
supérieur » (article3) ; le diplôme comme obligation
de résultat, c’est le cours forcé d’assignats
dévalués.
Comme on le dit, tout ce qui est excessif est insignifiant ; et sans
peur du ridicule on donne en dernière annexe des objectifs
nettement chiffrés de pourcentages divers qui n’ont aucun
sens dans un système de culture générale.
N’insistons pas : la proposition d’un tel projet de loi est humiliante
pour la représentation nationale et il est évident qu’une
telle loi ne résoudrait aucune des difficultés actuelles
de l’enseignement…au mieux !
Les gaullistes et ce qu’il est convenu
d’appeler la droite parlementaire n’ont pas été
très chanceux … ou clairvoyants dans les réformes de
l’enseignement, non qu’il manque chez eux de personnalités
compétentes, comme en témoignent les écrits de
l’association « enseignement
et liberté » mais le malheureux destin de cette
majorité est de croire que la gauche a le monopole de
l’intelligence parce qu’elle a celui des medias et que, faute de sortir
hors de France et des cercles internationalistes (« Bruxelles
», l’O.N.U. ou … les hôtels 5 étoiles !), nos
élus n’ont toujours pas vu que le déclin intellectuel de
la France dans le monde coïncide avec le long monopole
intellectuel de la gauche dans notre
pays.
Mais la gauche aussi a perdu son prestige
auprès des professeurs après avoir exercé le
pouvoir, en particulier à l’occasion du passage de M. Jospin
à l’Education Nationale. Avec la nouvelle majorité, les
ministres de l’Education ne sont plus, officiellement, de gauche,
quoique le choix de M. Luc Ferry, fortement attaché à la
majorité précédente, ait pu permettre d’en douter.
Cependant la pédagogie est de plus en plus encadrée dans
l’enseignement secondaire, bien qu’on n’ait pas aboli les textes
officiels qui en assurent la liberté : elle est entre les mains
du P.C. et de gauchistes qui, au ministère, coopèrent en
parfaite intelligence. Paradoxalement on se trouve ainsi dans la
situation qui, sous la IV République, permettait à
l’administration du suppléer au Pouvoir politique
paralysé par son instabilité. Aujourd’hui c’est le jeu
des chaises musicales ministérielles qui aboutit au même
résultat, au profit des lobbies marxistes du Ministère de
l’Education Nationale : venu des « affaires sociales »
comme feu Joseph Fontanet, M. Fillon, comme lui, est bien obligé
de se reposer sur le personnel qu’il trouve au Ministère !
La victoire des socialistes aux
élections régionales peut leur laisser espérer un
contrôle plus serré de la liberté des professeurs
par les instances régionales tel que le préconise M.
Dubet (voir « L’hypocrisie scolaire » pages 125-126) et
c’est bien dans cette direction que fonce le projet de M. Fillon. Il
est d’ailleurs intéressant de constater que M. Dubet, sociologue
qui nie l’existence de sciences de l’éducation ( p.202), compte
sur le Parlement pour faire passer, contre la volonté des
parents et des professeurs (voir en particulier p.210), sa
réforme de SMIG égalitaire prenant comme
référence les zones d’éducation prioritaire (voir
p149 sq « les ZEP, un « laboratoire de changements »
ou un simple label ? ») : c’est bien connaître la machine
parlementaire française où le député n’est
plus le représentant de ses mandants mais le représentant
du parti qui lui donne l’investiture et des chefs qui financent son
élection ; l’élu est devenu représentant au sens
où l’on parle de représentant de commerce. «
Je décide, il exécute » disait il y a peu le
Président de la République : c’est aussi vrai pour les
Parlementaires que pour les Ministres car c’est dans la logique de la
Constitution de la Vème République telle que de Gaulle
l’a réformée ; la majorité y est l’instrument de
l’appareil du parti, c'est-à-dire de quelques uns qui disposent
du pouvoir d’investiture et tiennent les cordons de la bourse du parti,
d’où d’ailleurs le désarroi du chef quand le
fidèle parmi les fidèles est mis hors du jeu par la
Justice. Remarquons que « Société civile »
(n° 43), publication mensuelle de l’I.F.R.A.P.,
souligne cette
dérive monarchique à l’occasion de l’intervention
gouvernementale qui a obligé le sénateur Marini à
retirer un projet d’orientation directe de l’impôt sur la fortune
vers l’aide à la création d’entreprises, donc à la
création d’emplois. Dans la logique de notre système il
n’y a donc qu’un responsable des échecs : le Président de
la République.
Naturellement ce système n’est pas
démocratiquement sérieux : en témoigne la
régularité avec laquelle le pouvoir renonce à
tenir ses engagements électoraux. Comme l’a bien vu Edmund Burke
(ignoré de la bibliothèque de l’E.N.A.), même
constitutionnel, le formalisme juridique ne peut tenir lieu de
légitimité et celui qui prétend s’en contenter y
risque sa propre légitimité car, en deçà
des références juridiques, le peuple se connaît
comme Nation par ses références culturelles, bien plus
que par des lois modifiables à merci, comme nous le constatons
tous les jours. On peut aussi changer de peuple, comme le
suggérait Brecht ironiquement : le pouvoir en a effectivement
aujourd’hui les moyens légaux mais cette opération
garantit encore moins sa légitimité ! Le reniement des
promesses électorales concernant la baisse des impôts est
ressenti comme une tromperie et les ponctions fiscales actuelles sont
vécues comme une atteinte à notre liberté autant
que comme une atteinte à notre niveau de vie mais surtout une
atteinte intolérable à nos projets d’avenir pour nos
enfants par des politiciens qui peuvent, eux, faire toute leur
carrière sans être assujettis à l’impôt sur
le revenu. Plus grave encore est le déclin de cette école
qui nous coûte fort cher et ne fournit plus aux jeunes la
formation qui a permis aux occidentaux de se faire dans le monde une
place brillante, car cela déplait aux gauchistes auxquels
la classe politique a concédé depuis plus de trente ans
la réforme de l’enseignement.
Les Français ne pardonneront pas aux
élus, quelque soit leur investiture et les énormes
gâchis financiers des campagnes électorales, officielles
ou permanentes révélé par les affaires
judiciaires, de bousiller sans vergogne l’avenir de leurs enfants.
L’enseignement aujourd’hui est une question avec laquelle la classe
politique arrive à une limite dangereuse : compte tenu de
l’énorme gabegie que nous vivons depuis 1968, en finance mais
surtout en travail et en intelligence, la logorrhée politico
sociologique ne prend plus sur eux. De Guichard à Jospin en
passant par Devaquet, toutes les personnalités politiques qui
ont occupé le poste de ministre de l’Education Nationale ont vu
fondre leurs espoirs de carrière, et la compréhension de
M. Bayrou pour les leaders communistes des syndicats enseignants n’a
pas considérablement gonflé son score à
l’élection présidentielle ; il eût sans doute fait
mieux s’il avait utilisé au service de l’enseignement ses
compétences professionnelles plus réelles que celles de
M. Fillon. Dans un monde qui a été artificiellement et
violemment ouvert à la concurrence par les politiques, les
Français sont aujourd’hui conscients que la faillite
organisée de leur école est suicidaire pour leurs
enfants, quelque soit leur forme de compétence et
d’intelligence. En février 2005 les députés qui
auront à entériner une loi sur l’enseignement devront y
prendre garde : « je décide, ils exécutent »
pourrait bien liquider toute la classe
politique.
Il faut être clair : ce que les
Français attendent de leur Ecole c’est qu’elle transmette notre
culture et non qu’elle soit une usine à diplômes
décidés en fonction du dirigisme européen
présumé omniscient. Il faut réformer
l’école pour qu’elle fournisse à chacun la culture qu’il
lui est possible d’acquérir et qui sera la base de sa propre
évolution personnelle ultérieure et de son adaptation
à l’évolution imprévisible du monde. Avec ce
projet de loi, incapable même de substituer l’apprentissage
alphabétique de lecture aux méthodes qui fabriquent des
analphabètes, on est loin du compte. Mieux vaudrait opter pour
le chèque éducation au lieu de garder les parents en
otage d’un service qui ne sera plus que régional ! Le dirigisme
a fait son temps et ses preuves : un numerus clausus imbécile
dans les facultés de médecine va priver bientôt
notre population des soins dont elle aura besoin. Ce dirigisme
piloté par l’ « Europe » et sa « politique de
l’engrenage » dont s’est vanté M. Delors dans ses «
Mémoires » (voir compte rendu dans ce site), s’inscrit
vraisemblablement dans un cadre mondialiste dont on ne nous dit rien. A
notre connaissance les députés de la droite parlementaire
n’ont pas été élus pour exécuter un
programme totalitaire. Tant pis pour eux si ils le font : aucune
investiture ne les sauvera.
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Suite ...
