NOUVEL APPRENTISSAGE de la LECTURE ?
Une grande page de publicité du Ministère de l’Education
Nationale, parue dans « le Monde » du 5 IX 06, nous apprend
que M. de Robien a renoncé, malgré les travaux des
neuro-sciences qu’il avait pourtant allégués, à
imposer l’apprentissage de la lecture par la méthode
alphabétique. Le Ministre ne manque pas d’humour : il a
chargé, (selon le journal « Présent »
du 1er IX O6 qui se réfère au « Monde de
l’éducation ») de mettre à l’épreuve
expérimentale dans une trentaine de Cours Préparatoires,
cette méthode alphabétique qui a permis d’apprendre
à lire pendant des siècles, voire plus de deux
millénaires, tandis que les méthodes en usage depuis plus
de trente ans ne sont plus à contrôler : on sait qu’elles
sont à l’origine de l’analphabétisme massif qui frappe
quantité d’enfants à l’entrée en 6ème et
interdit, de fait, à la plupart, les études encore dites
secondaires.
Le ministre a donc choisi la méthode « syllabique »
d’apprentissage, une variante de la méthode globale. Cette
méthode permet de faire apprendre les sons des syllabes au
mépris du contenu concret des mots. On en trouve un exemple dans
un « livret élaboré par un groupe de
spécialistes de l’apprentissage du langage »,
présenté en conseil des ministres le 19 I 02 par M. Luc
Ferry, prédécesseur de M. de Robien. Nous avons soumis ce
livret à examen dans la présente rubrique «
Pédagogie » « Méthode » sous le titre
« Vos enfants n’aiment pas l’école : ont-ils tort ?
» : c’est l’étude III. On demeure perplexe à
l’idée que des « spécialistes du langage »
puissent traiter celui-ci, dans l’enseignement
élémentaire, indépendamment du contenu : comme si
les jeunes enfants n’attendaient pas du langage un pouvoir sur des
contenus concrets ! Il ne faut donc pas s’étonner de
l’échec de méthodes qui ne répondent à
aucune motivation normale de l’enfant. L’exemple proposé
triomphalement par l’ancien ministre de l’éducation en Conseil
de ministres, est particulièrement significatif : les enfants
qui répondent aux questions en tenant compte du sens se trompent
! Il faut aujourd’hui apprendre à lire sans tenir compte du sens
! A notre avis un l’échec des enfants à cette
épreuve les honore !
Echec, pour les mêmes
raisons, dans l’enseignement littéraire où sévit
également la linguistique : l’étude formelle d’une
pièce de Molière n’a aucune chance d’intéresser
qui que ce soit, si ce n’est le spécialiste du formalisme du
langage ; il suffit de se reporter à l’étude II (de
« Vos enfants n’aiment pas l’école ») pour constater
le massacre des textes par la linguistique. Nous n’avons rien contre la
linguistique : elle permet de saisir des nuances de l’expression ;
encore faut-il qu’il y ait un texte, écrit ou parlé, qui
s’impose d’abord par un contenu. L’étude I (« Le charabia
de culture ») montre à quelle rigidité
intellectuelle anormale aboutit la « méthode linguistique
» dans la compréhension de textes philosophiques ; c’est
d’ailleurs cette rigidité statistique, très artificielle,
qui a attiré notre attention et nous a conduit à une
recherche régressive : nous n’avions pas d’a priori, nous avons
simplement cherché d’où venait une manière
très maladroite et peu naturelle de s’exprimer : elle vient de
l’enseignement littéraire à base de linguistique.
Alors la « méthode
syllabique », rupture ou continuité ? Nous avons là
un bel exemple de ce double langage qui a ruiné la
crédibilité des partis de gouvernement : les uns, comme
Christine Ducros (Figaro 7 IX 06), l’interprètent en termes de
B-A BA, ce qui suggère la méthode alphabétique,
mais éditeurs et F.C.P.E. ont interprété autrement
les déclarations du Ministre en décembre 2005 (voir
dans notre site même rubrique « Fin de la
méthode globale »). Il appartiendra donc aux parents de
faire respecter l’intérêt de leurs enfants, puisque le
langage choisi dans la directive officielle est ambigu. Il n’en demeure
pas moins que les paroles mêmes de la déclaration de M. de
Robien devraient sonner le glas de la superbe des « chercheurs
» qui n’ont à opposer aux neuro sciences que les
échecs cumulés de l’Education Nationale depuis plus de
trente ans.
A chaque campagne
électorale, la rupture sert de thème aux partis de
gouvernement depuis les années 70! Les deux candidats, chouchous
des médias, nous parlent encore de rupture et ils ont bien
raison, car les Français en ont assez de payer un «
système éducatif » des plus onéreux et des
plus inefficaces de la planète, et qui aboutit à des
diplômes de valeur incertaine. Mais la rupture dans la
continuité (ou la continuité dans la rupture ?) rend les
Français sceptiques ! M. Giscard d’Estaing ne
parlait que du « changement », ce qui a au moins le
mérite de ne rien vouloir dire car effectivement empirer c’est
changer ; et il a imposé la désastreuse
Réforme Haby. Pourquoi le refus de sortir de l’enlisement
nos enseignements primaire, secondaire, supérieur et pourquoi le
malthusianisme dans les recrutements de l’enseignement professionnel
qui conduit nos candidats à s’inscrire en Belgique où ils
sont acceptés par tirage au sort ?
« France ! Mère des arts, des armes et des lois
Tu m’as nourri longtemps du lait de ta mamelle »
Mais depuis Mai 68, tu nous nous nourris vraiment très mal et
pour très cher !
Quel projet ont-ils donc pour la France, ceux qui obèrent ainsi,
depuis des décennies, l’avenir des jeunes Français tout
en leur ayant collé une dette colossale sur le dos ?