MANUELS
SCOLAIRES
Les
manuels scolaires font de plus en plus l’objet de critiques. « Le
Point » du 20 octobre 2005 s’interrogeait sur les manuels
d’histoire et citait un spécialiste de l’histoire des manuels :
de nos jours « le consensus règne ». Reste à
savoir comment !
« S.O.S. éducation »,
jeune association de parents très actifs (64000
adhérents), montre à l’œuvre les curieuses
méthodes d’apprentissage de la lecture.
Exemple en CM1 : Remplace dans un texte connu des
syllabes par des lettres « Il é T une fois le petit Pou C
» ; on voit quel sens poétique peut avoir un tel exercice,
outre qu’il constitue une incitation évidente à mal
orthographier. Il s’agit d’un jeu, dira-t-on, publié aux
éditions « L’école des loisirs ». Jeu
dangereux : le jeune âge est celui auquel s’acquièrent des
mécanismes essentiels pour l’existence; toutes les personnes
âgées le savent et la neurologie le confirme : les
souvenirs les plus récents sont les premiers à
disparaître avec l’âge (loi de
rédintégration de Jackson), en revanche les
mécanismes acquis dans l’enfance résistent au
vieillissement ; il est donc bon de traiter les premiers apprentissages
avec la rigueur nécessaire pour qu’ils se constituent en
véritables mécanismes. Des exercices du type ci-dessus
sont donc des atteintes graves, sans doute irréversibles,
à l’acquisition de l’écriture, de la grammaire et du
langage. Peut-on vraiment enseigner les règles du langage
à des enfants qui apprennent à écrire
L-éT-M-U ou L-N-é-A-3
Je vous laisse traduire…
En CM2 ça ne s’arrange pas ! Bordas propose des
exercices en « verlan » :
« Lis rapidement ce texte puis essaie de
découvrir : « oh la la que j’ai miaf ! Donnez moi vite un
gros suocsuoc, ou bien une assiette de sertif avec une belle essicuas.
Comme nossiob, un grand talocohc au tial … » faut-il continuer ?
Et s’étonner que l’enseignement n’intègre plus les jeunes
d’origine étrangère ? Et bien sûr chercher des
bénévoles pour leur donner des cours
supplémentaires ? Faire de la discrimination dite positive pour
leur donner une place qui devrait revenir à d’autres ? Compenser
des inégalités cultivées d’abord par les
méthodes pédagogiques ? … Et puis pourquoi demander de
lire vite ? Pour prendre l’habitude de ne jamais s’arrêter sur
rien ?
Que prétend-on enseigner avec des
exercices tels que : Fais semblant de corriger des mots qui en
réalité ne sont pas grossiers du tout :
Exemple Sot-duite pour :?
Ex- dérrière-sé pour :?
(Le petit bonhomme de mon ordinateur s’agite
désespérément pour obtenir une correction
à cette écriture de maboule). Si tu ne connais pas
de gros mots, demande de l’aide à tes parents, ils en savent
plus que toi. »
Ces exemples sont tirés de «
Les pédagogues sont N R V », pardon : « Les
Sorcières sont N R V » (CM1) qui, dirait Freud, font une
régression au stade anal, et peut-être même au stade
oral, en proposant cette phrase « Papa qui cuisait dans le four a
sorti le gâteau » ( Hachette CM2). Sortir les gâteaux
… ? Et sortir les gâteux de l’innovation pédagogique qui
vont jusqu’à proposer aux enfants des faire des phrases avec des
verbes inexistants : remoiquer, dévistouiller, patimouiller…
Pour qu’ils n’acquièrent jamais avec la langue ce minimum de
familiarité nécessaire à l’assurance de la
pensée ? A l’âge de l’acquisition de l’essentiel du
vocabulaire ces « exercices » qui prétendent
être « amusants » ne peuvent être
qu’handicapants. Mais le Ministère de l’Education ignore le
principe de précaution.
Enseigner l’histoire du 19ème
siècle (Nathan 4ème) en occultant Louis XVIII,
Charles X et Louis-Philippe, c’est donner une version Harry Potter de
l’histoire où Chateaubriand et Lamartine ne peuvent
apparaître que par magie. Mais certains auteurs sont à ce
point dépassés par le sens de l’histoire qu’ils en sont
encore à faire l’éloge de l’Union Soviétique ! Le
Ministère de l’Education Nationale est comme un vaisseau perdu
dans le brouillard idéologique, tirant tout azimut pour
préserver dans l’Ecole le conservatisme soixante-huitard. Le but
de l’Ecole est de préparer les enfants pour leur avenir et non
de servir d’ « école d’application » d’ampleur
nationale pour une prétendue « recherche
pédagogique » qui n’est en fait que le dernier espoir pour
les nostalgiques de la révolution.
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* *
Les enseignants ne sont pas soumis à
l’obligation de résultats, et cela se comprend. Mais ils sont
légalement soumis à l’obligation de moyens : les parents
pourraient fort bien attaquer le Ministère de l’Education
Nationale pour le préjudice vraisemblablement irréparable
causé à leurs enfants par ses méthodes et demander
des dommages et intérêts conséquents.
Le marché du livre scolaire, depuis
que ces livres sont payés par le contribuable dans la
foulée de la réforme Haby, est un marché
très juteux où il n’y a plus guère de concurrence.
C’est le ministère de la rue de Grenelle, avec ses textes
administratifs, ses « recherches » pédagogiques
patentées, ses programmes annoncés etc. qui en a la
gestion de fait. C’est donc bien là qu’est la
responsabilité. L’éditeur qui veut accéder
à ce marché – ce qui peut être pour lui un
problème de survie – doit s’incliner devant le dictat psycho
idéologique qui émane de la rue de
Grenelle.
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