"LA FIN DES INSCRIPTIONS AUTOMATIQUES"
«
40% d’étudiants inscrits à la fac n’obtiennent
jamais de diplôme » (Figaro du 1er juillet 2006). Est-ce
étonnant quand on sait les contorsions imaginées rue de
Grenelle depuis un quart de siècle pour obtenir 80% d’une classe
d’âge nanti du baccalauréat, conformément aux
directives du Plan Langevin-Wallon ?
Et puis il faut savoir aussi de quelle manière les nouveaux
bacheliers sont inscrits en Faculté : il fut un temps, pas si
lointain, où reçus dès l’écrit, les
bacheliers se précipitaient dans la Faculté de leur choix
et venaient bien avant l’ouverture des bureaux pour être
assurés d’y être admis. On en a même vu venir avec
leur sac de couchage s’installer la nuit devant la Sorbonne. Cela
faisait désordre et quelque peu pénurie de pays
désorganisé. Avec l’informatique on a «
arrangé » tout ça : aujourd’hui les
élèves des classes terminales remplissent leurs dossiers
bien avant d’avoir subi les épreuves du bac. Naturellement ils
choisissent les orientations qui leur plaisent, sans être
toujours bien soucieux des débouchés, ni très
conscients des difficultés des études choisies et de
leurs propres capacités : de toute façon le Recteur ne
leur doit-il pas une place dans son académie ?
Ainsi offre-t-on des
études supérieures à bien des jeunes qui n’y
penseraient pas autrement et qui sont souvent moins
intéressés par les études que par la
possibilité ainsi donnée de retarder l’entrée dans
une vie professionnelle devant laquelle ils éprouvent une
inquiétude qui n’a rien d’incompréhensible. Beaucoup de
parents d’ailleurs y sont favorables, n’ayant pas bien
réalisé que les diplômes ne sont pas tous des
garanties d’emploi ou de meilleur salaire.
Ainsi les
élèves peuvent-ils faire des vœux parfaitement
irréalistes, les rectorats proposer des orientations qui
répondent à l’obligation administrative qui leur est
faite, compte tenu des possibilités offertes par leur
académie. Ajoutons à cela que des disciplines qui
n’offrent guère de débouchés savent se faire
attractives pour que la chaire en soit maintenue… un diplôme est
toujours un diplôme, n’est-ce pas ! L’incitation à
s’inscrire à n’importe quoi pourvu que cela puisse
décerner un diplôme de l’enseignement supérieur ne
pouvait aboutir à de bons
résultats.
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Faut-il pour autant déférer aux vœux
de ceux qui souhaitent que les facultés s’ouvrent davantage eu
monde professionnel ? Certaines facultés ont naturellement cette
vocation ; c’est le cas de la faculté de médecine que les
pouvoirs publics ont bloquée par un numerus clausus excessif ce
qui a obligé maints étudiants à changer
d’orientation alors qu’on sait qu’on va manquer de médecins… Les
études de pharmacie, dentisterie et, dans une certaine mesure de
droit ouvrent aussi normalement sur des professions. Les
facultés de sciences donnent aussi des débouchés
nombreux … mais on déplore une pénurie de scientifiques
dont la cause est dans le secondaire, d’après Louis Laforgue,
bien placé pour en connaître.
Reste la faculté
de Lettres ; elle n’est pas traditionnellement orientée vers la
professionnalisation, même si l’appellation sur
ajoutée de « sciences humaines » peut faire
illusion, illusion d’ailleurs dangereuse. Cette faculté offre
des formations culturelles, en principe de haut niveau, à
condition que le niveau du baccalauréat soit convenable ; ce
qu’il n’est plus. Il est vraisemblable que les11% de
diplômés qui mettent trois ans à trouver du travail
sortent des facultés de Lettres ; au mieux elles ouvrent
sur des concours de la fonction publique nationale, ou sur la
fonction publique territoriale (avec quelque piston ?). La formation
culturelle spécialisée de haut niveau qu’elle propose
donne une valeur supplémentaire aux jeunes capables de
l’assumer. Orienter la Faculté de Lettres vers le
professionnalisme c’est la tuer sûrement en tant que place forte
de la culture et comme on a déjà porté gravement
atteinte à l’enseignement littéraire en exterminant,
autant que possible, les humanités dans l’enseignement
secondaire, il ne faut pas s’étonner de l’effroyable
déclin littéraire de la France qui est entrain de perdre
là un domaine où son rayonnement a été
incontestables des siècles durant. Quand on parle, et dieu sait
qu’on en parle, de « l’exception culturelle française
» cela renvoie essentiellement au domaine de la
littérature. Cette référence aujourd’hui trahit
une ambiguïté qui relève de l’escroquerie.
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L’actuel ministre de
l’Education semble bien décidé à relever le
défi que constitue la remise en état de nos enseignements
élémentaire et secondaire ; sans cette remise en
état il n’y a pas de possibilité d’avoir un honnête
supérieur. Cette tâche, aucun de ses
prédécesseurs, y compris le très littéraire
M. Bayrou, n’a voulu l’accomplir. On a poussé le laxisme
jusqu’à laisser le choix du redoublement aux familles,
c’est-à-dire en fait à leurs enfants, qui, le plus
souvent ont choisi de monter dans la classe supérieure avec
leurs camarades de classe ; les familles ont généralement
accepté leur volonté, le redoublement du rejeton leur
paraissant infâmant ; elles ont considéré
l’immédiat plutôt que l’intérêt de
l’élève … avec le résultat que l’on voit
aujourd’hui tandis qu’on continue de faire des contorsions pour obtenir
l’objectif de 80% de succès au baccalauréat.
La démagogie a démoli
la valeur du baccalauréat, premier grade de l’Université.
Les générations précédentes pouvaient
s’arrêter au bac, voire au brevet et trouver un emploi ; mais qui
peut aujourd’hui embaucher un bachelier avec son emblème
fantôme de culture générale ? Ceux qui allaient
vers le supérieur avaient une formation et des habitudes de
rigueur qui permettaient d’effectuer le travail personnel qu’exigent
ces études. Aujourd’hui dans l’ex-enseignement secondaire, ils
prennent l’habitude d’exercices automatiques en Lettres où la
linguistique obligée tue le langage et les textes, ennuie les
professeurs autant que les élèves ; les activités
de groupe entravent les habitudes de travail personnel et le refus
soixante huitard d’exigence et de ponctualité rend difficile
l’adaptation à un travail professionnel.
Telle jeune fille,
exclue de redoublement dans son lycée, pour absentéisme,
s’est vue offrir par l’inspecteur d’académie « une
deuxième chance » dans un lycée voisin sans que
cela nuise à son absentéisme : dynamique, elle passait
beaucoup d’heures à travailler dans un supermarché et,
dans la foulée, a oublié de se présenter au bac !
Mais quand on a réalisé, en haut lieu, que ces travaux du
week-end prenaient des heures de travail à des adultes, on a
interdit aux jeunes ce genre d’activités qui leur permettaient
pourtant de s’installer en douceur dans le monde du travail. En les
orientant vers les facultés on a amélioré les
statistiques du chômage. Ainsi les jeunes vivent aujourd’hui dans
un système scolaire où il est interdit d’interdire et
dont il est interdit de sortir.
Ce n’est pas la
formation intellectuelle qui est l’objectif de la scolarisation
obligatoire, mais d’abord le diplôme, anachroniquement
considéré comme privilège de la bourgeoisie ;
Bourdieu et ses disciples en sciences sociales ont fait beaucoup pour
réactiver cette image d’Epinal, pourtant obsolète depuis
l’après guerre. Ce culte du diplôme, chez ceux que les
études en elles-mêmes n’intéressent pas,
dévoie fortement l’enseignement. A cela s’ajoute les coups de
volant intempestifs pour corriger les statistiques du chômage. Il
est bien difficile aux jeunes de s’orienter dans cet imbroglio
idéologico politique qui n’est aujourd’hui le problème
que de quelques uns d’entre eux et de représentants de parents
issus du secteur public très marqués
politiquement.
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