L’ ECOLE   IRREFORMABLE ?



   Irréformable, l’école ? On pourrait le croire : la rentrée scolaire dans les écoles primaires ne se passe pas bien : les parents, forts des déclarations du Ministre de l’ Education et de sa circulaire de rentrée, refusent que les instituteurs continuent d’utiliser, dans l’apprentissage de la lecture, les méthodes qui ont fait preuve, depuis 30 ans, de leur nocivité. « J’ai eu le sentiment d’être agressée par une horde de mères en furie qui m’ont reproché d’utiliser le manuel Ratus, qui n’est pas une méthode syllabique stricto sensu » déclare une jeune institutrice qui vivait sa première rentrée à Versailles (…) Certains parents, excédés, ont alerté les inspecteurs d’académie. C’est le cas de cette mère qui reconnaît : « L’inspecteur m’a demandé de me mêler de ce qui me regarde mais il a aussi confirmé que les requêtes du ministre n’était pas applicables » (Figaro 28 septembre 2006). On admirera l’assurance du propos, sans en être particulièrement étonné : l’enseignement primaire est depuis bien longtemps sous l’hégémonie d’un syndicat, plutôt que sous la tutelle de l’Etat qui y dispense pourtant l’argent public. Et, comme l’économie mixte fait des miracles, l’harmonie règne entre ce syndicat et les maisons d’édition, dont un groupe appartenant aujourd’hui à un fonds de pension, pour imposer, à l’usager qui n’en veut pas, une pédagogie et des livres qu’il paie comme contribuable :  les livres scolaires sont en effet gratuits c'est-à-dire payés par nos impôts.

   Du temps de Jules Ferry la situation était moins complexe ; le brevet supérieur garantissait l’orthographe correcte de l’instituteur qui faisait une année de stage pour apprendre son métier. Indépendantes, les Maisons d’édition étaient en concurrence entre elles. Les livres étaient payés directement par les familles ou par des bourses et les enfants les conservaient. La pédagogie était affaire de bon sens, on n’y faisait pas appel à des spécialistes universitaires de pédagogie, dont certains sont en pied aujourd’hui dans les maisons d’édition : voilà pourquoi le b.a. ba n’est plus ce qu’il était. 

   Ce n’est pas la première fois qu’un Ministre de l’Education demande le retour à la méthode alphabétique : lors de son deuxième séjour à la tête - si on peut dire ! – de ce ministère, Jack Lang prônait « le retour au b.a.- ba et la journaliste du Figaro annonçait « La fin de la méthode globale » … tout en expliquant (déjà !) « que la méthode globale n’a pour ainsi dire jamais été utilisée dans le primaire » (Figaro 20 février 2002). On le voit un lobby, dont on aimerait savoir d’où lui vient sa puissance, joue sur les étiquetages pour continuer à imposer, malgré les usagers et avec l’argent public, des méthodes contestables dont les dommages sont dénoncés depuis des années.

   Le véritable pédagogue vise au plus simple et au plus clair et va droit au but, mais aujourd’hui il est évident que les exercices sont choisis pour que la lecture ne soit pas facile : c’est l’épreuve en soi qui compte et non pas l’exercice comme moyen d’apprentissage de la lecture. Ainsi, le Nouvel atelier de français en Cours élémentaire 1 propose cet exercice :
Retrouve le vrai texte suivant : « La première vigne souterraine a été ouverte au publicité en 1863 à Londres, en Grande Bretagne. En changeant plusieurs mois de ligne, il est impossible d’aller à n’importe quel poing du réseau » - Est-il vraiment nécessaire, pour nous en tenir à une critique sommaire, d’inscrire dans l’extraordinaire mémoire visuelle de l’enfant la confusion graphique entre poing et point, de lui suggérer celle entre fois et mois ? sans parler de l’imbécillité même de la phrase ! C’est sensé, sans doute, être de l’humour ! Il est peu vraisemblable, vu l’opacité inutile de ce texte, que  l’enfant en ait saisi « l’humour ». D’autres exercices sont basés sur cette méthode confusionniste.
Voici un autre exercice, tiré de la même méthode, et qui aurait plutôt sa place dans les remèdes contre l’insomnie que dans un livre d’apprentissage de la lecture :
« Les mots ont été mal séparés, retrouve les phrases du texte : Lesra mesdemé trocircu lentsur des itinéraires fixappe léslignes. » On ne voit pas l’intérêt pédagogique de ce texte : ou l’enfant sait lire et cette présentation sibylline ne lui apprend rien, ou il ne sait pas lire et il ne peut qu’être rebuté par ce texte en forme de rebus qui ne valorise que le maître capable de s’y reconnaître ; mais peut être est-ce là le véritable objectif de la méthode !
   De tels exercices ont été fabriqués pour que la lecture n’en soit pas facile. Il ne faut pas s’étonner qu’elles n’incitent pas les jeunes à lire. Leurs ravages étaient prévisibles ;  effectivement ils sont au rendez-vous : qui peut avoir envie de passer son temps à déchiffrer des textes qui n’ont pas de sens ? Un « apprenant » comme on dit aujourd’hui, en oubliant ce que devrait vouloir dire ce terme, n’est pas un Champollion !

   Jack Lang avait aussi préconisé le retour de la littérature. Voici comment l’entend  ce manuel de français pour le BTS  «  Merde a dit Farid, les connes, elles sont pas mal » (Hachette Education- sic !) ; la suite du texte est de la même veine, si ce n’est pire. De tels textes  « littéraires » déshonorent l’enseignement français. S’agirait-il de l’assimilation par la vulgarité ? C’est mal connaître les jeunes, français ou immigrés, que de croire qu’ils ne perçoivent pas le mépris derrière ces « littératures » démagogiques. La même remarque vaut pour les médias et la diffusion de certaines chansons agressivement vulgaires au nom de « l’art ». Cette vulgarité condamne ceux qui l’ont laissé s’établir dans les livres scolaires et les médias. En fait de rupture, les Français voudraient bien une rupture avec ce que De Gaulle appelait la chienlit et qui n’a fait que s’institutionnaliser. Cette chienlit elle-même est une vraie rupture avec notre civilisation.


   Réfractaires aux réformes les Français ? Sûrement pas puisqu’ils se mobilisent contre le cours forcé de pédagogies aberrantes ! A chaque campagne électorale on nous parle de rupture, ce qui ne veut rien dire. La vraie rupture consiste à en finir avec ce régime sournois qui consiste à pratiquer, comme M. Delors qui s’en est vanté dans ses « Mémoires », une politique de l’engrenage, dirigée par « un doux despotisme éclairé » : on reconnaît aujourd’hui que l’objectif de la carte scolaire est la « mixité sociale » (Les échos 7 IX 06), avec les conséquences d’insécurité que l’on voit dans les banlieues, voire les départements, devenus zones de non droit. A cette situation les Français ont réagi en fuyant les établissements scolaires publics ; il est significatif que le Lycée Henri IV, autrefois perle de ces établissements scolaires, soit situé après 26 établissements privés, dans le classement des meilleurs lycées établi par le ministère lui-même! Les décisions qui leur ont été imposées insidieusement perturbent gravement le mode de vie des Français et les déstabilisent pour élever leurs enfants dans le type d’éducation qui est celui de notre civilisation. Il ne suffit pas de déclarer « la mixité sociale » et la « discrimination positive » pour les réaliser : l’expérience de la Russie soviétique dans son immense empire en témoigne aujourd’hui largement, pour ne pas citer tant d’autres exemples historiques.

   L’article 26 de la Déclaration universelle des Droits de l’homme proclamée par l’O.N.U. reconnaît que « les parents ont en priorité le droit de choisir l’éducation de leurs enfants ». On ne peut donc continuer à mettre ainsi, contre leur gré, les deniers publics au service de méthodes et de pratiques dont la nocivité est sensible depuis longtemps. 


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