Deux cousines font tardivement
connaissance. L’une vit en Amérique Latine ; la quarantaine,
mère célibataire, elle se bat avec énergie pour
gagner sa vie et celle de son bébé ; souvent elle a du
retard pour payer son loyer ou la facture d’électricité
qui est alors coupée… L’autre est institutrice en France, ses
enfants sont entrés dans la fonction publique. Elle
présente comme héroïque son boycott d’une grande
marque de produits alimentaires française qui a licencié
des salariés. Proche de la retraite, elle devra quitter son
logement de fonction et découvre avec inquiétude les prix
de l’immobilier.
Dans ma voiture, au sortir de la visite, la cousine américaine
qui n’a guère parlé d’elle-même pendant leur
entretien, ne tarit pas d’éloge sur sa parente française
mais remarque : « alors, elle a la sécurité de
l’emploi depuis l’âge de dix-huit ans ! ». Cette remarque
me frappe au cœur.
Deux visions du monde, deux mondes en fait, mis l’un en face de l’autre
: un monde dogmatique, fermé à la perception de ce qui
change comme l’était la noblesse et sans doute une partie du
peuple en France à la veille de 1789 ; et un autre monde
où il faut se battre pour s’assurer les biens de première
nécessité.
Lequel des deux mondes a des chances vraisemblables d’enterrer l’autre
?