LE CONTÔLE DES DEPENSES PUBLIQUES
Nous apprenons à nos
élèves que le rôle du Parlement est de
contrôler la dépense publique. C’était
déjà une fonction des Etats Généraux sous
l’Ancien Régime ; et les rois qui se voulaient absolus se
gardaient bien de les convoquer.
Qu’en est-il aujourd’hui ? Il n’y
a plus à convoquer une Assemblée Nationale pour
contrôler les dépenses : cette assemblée existe
constitutionnellement. Contrôle-t-elle la dépense publique
? Le No 35 de « Société Civile » (avril
2004), mensuel publié par l’ I.F.R.A.P. nous apprend comment ce
contrôle s’effectue concrètement. Deux organismes en sont
chargés :
La Cour des Comptes qui « a les moyens de contrôle mais
aucun pouvoir de sanction (…) et le Parlement (qui a) le pouvoir
de sanction mais aucun moyen d’enquête » car « dans
l’état actuel des textes », les rapporteurs
spéciaux du Parlement « ne peuvent se faire
assister dans cette mission de contrôle et, par exemple,
déléguer des collaborateurs pour aller sur place
recueillir les faits et les chiffres (…) Dans quelques cas des
enquêteurs du privé ont été
délégués. Mais les administrations sont en droit
de les refuser et d’exiger la présence du rapporteur
spécial. Elles peuvent même refuser que le rapporteur
spécial soit accompagné d’autres collaborateurs que des
fonctionnaires ».
Bref on a ainsi confié
légalement aux fonctionnaires le droit de contrôler la
dépense publique des fonctionnaires car les 43 rapporteurs
spéciaux du Parlement sont assistés par 20
administrateurs, fonctionnaires du Parlement, qui suivent chacun 3ou 4
rapports et reçoivent leurs informations … des fonctionnaires
des ministères qu’ils interrogent. Quant à la Cour des
Comptes, elle est constituée elle-même de fonctionnaires
dont, « par le jeu de la mobilité et des
détachements, 90% d’entre eux ont été, sont ou
seront dans des postes-clés des administrations
contrôlées », disposition qui est contraire «
à toutes les règles du contrôle et de la simple
éthique ». Faut-il s’étonner que « le taux de
suivi de la Cour des Comptes que personne n’a chiffré »
soit « extrêmement faible » alors qu’en Angleterre on
arrive à un taux de suivi de 95%, les débats
d’ailleurs étant publics entre contrôleurs et
contrôlés.
Il est vrai qu’en Angleterre les
Parlementaires ont le droit de se faire assister d’un cabinet d’audit
avec des experts non fonctionnaires ; chez nous « investis par la
loi du contrôle des budgets d’administrations ou d’agences
publiques, les rapporteurs spéciaux n’ont pas le temps de
réaliser eux-mêmes un travail de contrôle qui exige
de passer sur place, dans l’administration contrôlée, des
centaines d’heures » ; il ne faut donc pas s’étonner de ce
que « la majeure partie des rapporteurs ne connaissent pas
à l’avance un quart du rapport qu’ils signent ».
En somme il suffit à la
démocratie française de poser les bases théoriques
du contrôle des dépenses publiques, quitte à
l’interdire en fait par les conditions légales imposées.
Gauche et droite sont d’accord sur le constat : M. Bonrepaux, ancien
Président de la commission des finances de l’Assemblée,
constate : « Il faut bien le reconnaître, nous n’effectuons
aucun contrôle » et le nouveau Président, M.
Méhaignerie, lui répond en échos : «
Aujourd’hui, le Parlement légifère beaucoup trop et ne
contrôle presque rien » … et pourtant M. Méhaignerie
s’est opposé à l’amendement qui permettrait aux
rapporteurs spéciaux de se faire assister par des
professionnels…Est-ce cette ignorance qui explique que les
députés U.M.P. se soient si aisément laisser
convaincre de la nécessité d’«une pause dans la
baisse de l’impôt sur le revenu » (figaro économie
25 VI 04) ? Il est plus facile de maintenir le statu
quo que de couper dans des dépenses publiques qu’on ne
contrôle pas !
Mais le Parlement veut-il vraiment
contrôler la dépense publique ? Il n’a manqué
que 2 (deux) voix à l’amendement Fourgous qui en proposait
les moyens dans la discussion du projet de loi de Finances pour
2004, la majorité parlementaire réelle
récusant ainsi la raison d’être de l’institution
parlementaire. Que devons nous apprendre à nos
élèves au titre de l’éducation civique, juridique
et sociale, la théorie ou la pratique ? L’avenir de la Nation
est manifestement plus concernée par la dette publique (850
milliards d’euros au seul titre des retraites publiques : voir le
Figaro économie du 25 VI 04) que par les problèmes dits
« de société » dans lesquels se
réfugie la classe politique ; un contrôle de la dette
publique concerne plus les jeunes que les débats sur « le
mariage homosexuel » qui est évidemment stérile.
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P.S.
L’actualité est toujours riche en enseignement civique : les
députés de la majorité soutiennent M. Sarkozy,
Ministre des Finances, qui « en appelle au volontarisme et
ajourne les réductions d’impôts » (Figaro
économie du 24 juin 2004) ; ne font-ils aucun rapport avec le
« Plan Borloo » (Figaro 1er juillet 2004) : le Ministre de
la Cohésion sociale prévoit 12 milliards 757 euros pour
les toujours « oubliés de la République » ;
plus de 70 milliards de francs sur cinq ans !
Le contribuable, lui, fera nécessairement le rapport. .
On peut dores et
déjà apprendre à nos élèves des
lycées à prédire une « pause de la pause de
la baisse des impôts » dans le projet de budget pour 2007,
avec promesse du candidat de la droite de baisser les impôts
durant son quinquennat : la prévisibilité du personnel
politique étant d’une plus longue durée que celle de la
météorologie.
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