CONSTRUCTIVISME ET HETEROTELIE



Les Français piégés entre constructivisme et mondialisme


Hayek, économiste d’origine autrichienne, (1899-1992) désigne sous le nom de « constructivisme » une conception qui prétend appliquer le rationalisme cartésien au social et à l’économie, ce que Descartes avait d’ailleurs exclu ainsi que le remarque Hayek. « Etant donné que pour Descartes la raison était définie comme déduction logique de prémisses explicites, l’action rationnelle devint aussi l’appellation réservée à l’action déterminée entièrement par une vérité connue et démontrable » ( « Droit, législation et liberté » P.U.F. éditeur tome I p.11).
Remarquons qu’un tel système ne peut être qu’un système fermé où le politique passe son temps à modifier la législation nationale pour atteindre ses objectifs ponctuels : par la législation fiscale essentiellement, mais aussi par la législation du travail, les réglementations de sécurité, la politique des prêts etc. Ce n’est donc pas un hasard si les pays communistes vivent étroitement refermés sur eux-mêmes car toute ouverture rend impossible ce système d’ajustement légal interne permanent, s’il est en contact avec des données extérieures non prévisibles, et c’est le problème qui  se pose actuellement en France : l’ouverture à la mondialisation, depuis 1974 comme le signale Maurice Allais, se trouve en contradiction avec un système de redistribution socialiste, c’est-à-dire une politique constructiviste.

 Il résulte de cette conception politico économique mentalement fermée, qu’un gouvernement  est normalement pris à contre-pied par une actualité qu’il ne peut prévoir. C’est ainsi qu’on voit les hommes politiques réagir après coup, et au coup par coup, comme c’est le cas   aujourd’hui du gouvernement français : il semble toujours courir après l’évènement parce qu’il n’a pas rompu avec le socialisme ; il est donc déchiré, comme ses prédécesseurs, entre le constructivisme et l’ouverture du marché qu’il accepté à travers les traités européens, entre autres. Il se montre constamment pris de court par l’actualité économique qu’il n’a pas prévue, même quand elle résulte des accords qu’il a signés : par exemple il fait voter une loi de protection des entreprises, sur le modèle américain, pour les protéger d’OPA en cours, réaction trop tardive, d’autant plus surprenante que le modèle existe depuis longtemps. Cette absence de vision hors idéologie conduit les hommes politiques à se contenter d’un rôle de suiveur. Ainsi le Président Chirac prétendait-il construire une « CNN à la française » ; idée étonnante ! Mieux vaut se demander pourquoi une telle chaîne télé n’existe pas : il est évident que le constructivisme s’accorde mal avec la liberté d’information qui exige une très grande souplesse intellectuelle des gouvernants, alors que, pour se maintenir, en France sous la Vème République, l’exécutif n’a besoin que de l’appui médiatique, puisqu’il contrôle totalement le pouvoir législatif. Mais comme les conditions de son maintien ne sont pas les conditions de la prospérité des Français, on assiste actuellement à une baisse de confiance considérable des Français dans leur classe politique: issue de l’E.N.A. c’est-à-dire de l’administration, elle n’a pas les qualités requises pour un monde qui change très rapidement et c’est plus que visible. Le constructivisme est une vision sclérosante parce qu’il engendre une gestion qui n’est concevable que pour un système fermé, comme le système administratif français, mais un tel système n’existe pas dans le monde économique, aussi les prévisions de nos « politiciens fonctionnaires » sont-elles généralement contrées par la réalité… A moins qu’ils ne prévoient tout simplement rien lorsqu’ils signent des engagements pour la France, ce qui leur évite la schizophrénie.

Le quotidien « Libération » du 7 II 2006 titrait « Une génération soumise à la précarité » : génération « habituée aux CDD, aux stages à répétition, à l’intérim, avant d’entrer durablement dans le marché de l’emploi » ; et le quotidien cite une jeune coiffeuse : « On s’était déjà fait à l’idée que la précarité, ça allait être pour nous. Mais on ne pensait pas que c’était possible d’en rajouter » : les dispositifs prévus pour aider à l’insertion des jeunes, sont donc perçus comme ce qui engendre la précarité ! C’est d’ailleurs ainsi que les présentent  syndicats et partis de  gauche (Figaro du 27 I 06), enfermés dans le constructivisme. Les jeunes, instruits dans une telle vision du monde, attendent, semble-t-il, d’entrer dans le monde du travail par un emploi définitif … au moins à titre d’obligation patronale sans doute, car il n’est pas sûr qu’ils aimeraient un système comme celui des castes qui, en Inde, a fixé le devenir professionnel pendant des siècles, ou celui l’Empire Romain décadent qui, au IVème siècle, interdisait de changer de profession et obligeait les enfants à prendre le métier de leur père. Ces deux constructivismes ont eu un coût historique incommensurable.  

Quant à nos chômeurs chroniques, mis à l’épreuve de la réalité, il y a longtemps qu’ils ont compris et le monde politique les inquiète : rencontrée dans la rue, cette jeune femme vivant dans un foyer qui l’héberge pour le prix du R.M.I. (revenu minimum d’insertion) et fait donc la manche pour se nourrir, demandait : « qui vont-ils mettre en 2007 ? » Les plus inquiets en effet se sont les pauvres, victimes du chômage, ils ont compris qu’il n’y a d’autre remède contre la précarité que des offres d’emploi réelles : leur précarité c’est celle des entreprises qui disparaissent ou sont obligées de délocaliser pour subsister. Il n’y a pas de pérennité de l’emploi si les entreprises disparaissent de notre pays.

 La désindustrialisation due au mondialisme de l’Europe

La destruction des industries en France est largement liée à la modification de la politique européenne depuis 1974, comme l’a montré Maurice Allais dès 1999 et le grand article de Michel Rocard dans Libération du 2 février 2006, le confirme : « L’actionnaire était le grand oublié de la période 1945-1975 (…) A travers les fonds de pension, la représentation des actionnaires est devenue collective (…) Et ces bureaucraties d’actionnaires n’ont qu’un seul mandat, celui d’exiger au terme le plus proche le plus gros dividende possible. Les préoccupations propres de l’entreprise disparaissent.» On s’en aperçoit, hélas, tous les jours. Et Michel Rocard d’ajouter : « Toute l’Asie émergente sera dans les vingt ans qui viennent en état de conquérir par OPA toutes les entreprises d’Europe et d’Amérique du Nord. En effet,  les prix étant maintenant homogènes sur un marché mondial unique, les différences de niveau de salaires assurent aux entreprises asiatiques et pour très longtemps, une profitabilité actionnariale hors de proportion avec ce qui est possible en pays développé (…) Les OPA sont admissibles et utiles dans un ensemble à peu près homogène, relativement maître de sa cohésion sociale.» L’idée de zone homogène est très bien expliquée et développée par Jean-Jacques Rosa  dans « L’erreur européenne », étude publiée chez Grasset en1998 ; la théorie des zones monétaires optimales existe depuis longtemps, écrit-il, et il démontre que « l’ensemble des pays européens (…) ne constituent pas entre eux une zone  monétaire unique, « naturelle » ou « optimale », aussi prévoit-il que « la constitution d’une monnaie unique y provoquera des retards de croissance récurrents et y abaissera en conséquence le niveau de vie par rapport à ce qu’il pourrait être sous un régime de change flexible et de politique monétaires indépendantes.» (p.130)  « Il n’y a plus de correction possible que par la disparition ou la création d’entreprises, et entre temps par les transferts qu’opèrent les finances publiques » (p.139) : Jean-Jacques Rosa a décrit en 1998 le scénario auquel nous assistons aujourd’hui.

 Selon  Michel Rocard « L’ Union Européenne doit interdire les OPA sur son territoire à tout groupe dont 20% de l’activité ou plus viennent d’ailleurs.» … à moins d’admettre comme   M. Joachim Biterlich, ancien conseiller du Chancelier Kohl, que « Chacun défend ses intérêts qui ne sont plus les intérêts de l’Europe », reconnaissant explicitement que le marché intérieur, celui de Jacques Delors, n’existe pas vraiment. (Radio B.F.M. 2 II 06 7H20). On peut craindre que la France n’habite pas la même Europe que ses voisins car nos politiciens n’ont pas encore réfléchi sur l’incompatibilité de leur système constructiviste et l’ouverture de l’Europe à la mondialisation depuis 1974! L’agitation de notre personnel politique à chaque fois que nos entreprises sont confrontées à des prédateurs apparaît comme une réponse  dérisoire et d’ailleurs passagère.

L’incohérence des politiciens français

Tout se passe comme si, depuis une trentaine d’années, les politiciens français, toutes tendances confondues, s’efforçaient de faire la démonstration expérimentale du bien-fondé de la critique du constructivisme par Hayek : on peut dire qu’ils n’ont cessé de prendre des mesures pour corriger les effets imprévus de leurs mesures précédentes (en particulier dans la législation du travail), conjugués aux effets de la mondialisation du marché depuis 1974. Le résultat n’est pas brillant : le chômage des jeunes, en France, est de onze ans, avons-nous entendu sur une radio d’économie (fin janvier ou début février 2006), contre cinq ans en Allemagne.  Pour éviter le chômage des « seniors » (50 ans !) quand les grandes entreprises licencient, on les met en préretraite allégeant les statistiques du chômage et alourdissant le financement des retraites! Dans l’intervalle combien de périodes de chômage, en moyenne ? Ce n’est pas ainsi que notre pays peut maintenir son niveau de vie, pas ainsi non plus que nos ancêtres ont conquis le nôtre.
 
Même incohérence en matière d’immigration : ainsi un numerus clausus excessif a interdit l’entrée en faculté de médecine à de nombreux jeunes gens, en même temps qu’on faisait appel à des médecins africains dans les hôpitaux … tout en envoyant des médecins français en Afrique et l’on prévoit qu’on manquera de médecins dans certaines spécialités. Politique totalement incohérente. Et la proposition d’immigration « choisie » de M.Sarkozy qui veut ouvrir la France à « des jeunes étrangers de haut niveau », reste, si l’on peut dire, sur la même ligne : le Ministre de l’Intérieur ignorerait-il que les élèves issus de nos Grandes Ecoles s’en vont dans les pays anglo-saxons (donc hors euro), où ils sont embauchés très facilement et à de bonnes conditions ? Ainsi l’investissement des Français dans leurs grandes Ecoles est-il gaspillé. « En dépit de l’ampleur des transferts sociaux, les résultats français sont décevants. A moins qu’ils ne le soient, comme je le crois, à cause de l’ampleur même d’un effort de redistribution marqué du sceau d’une politique de facilité dont tous les partis de gouvernement portent la responsabilité » écrit Edouard Balladur dans le Figaro (27 I 2006) sous le titre  « La fracture sociale dix ans après » ; « il s’agit – ajoute-t-il- de prendre conscience de l’absurdité d’une situation où notre pays importe de la main-d’œuvre non qualifiée et, à son corps défendant, exporte sa main-d’œuvre la plus qualifiée ». Perçue de manière myope, la solidarité, étroitement fiscale du système constructiviste, est mortelle à moyen terme puisqu’elle fait fuir ainsi ceux qui sont susceptibles de créer du travail.
  
Constructivisme et hétérotélie

Dans le domaine de l’action il y a toujours de l’inconnu constate Hayek, car dans une société il existe deux types de règles : les règles contraignantes du droit et les règles de l’ordre
spontané, règles « auto générées », qu’Hayek qualifie joliment « d’ordre mûri par le temps »  « Droit, législation et liberté » tome I p.45) ; il faut entendre par là le temps long des peuples et le temps individuel, c’est-à-dire l’expérience individuelle. Ainsi l’activité de la société est-elle le fruit d’une multitude d’activités imprévisibles qui résultent de la manière dont chacun dispose de ses connaissances pour obtenir les satisfactions qui lui importent. Telles sont les règles qui ont régi l’activité économique en Occident  depuis l’Antiquité jusqu’au XIXème siècle, où l’on s’est avisé de gérer la société scientifiquement (ibidem p.63), mais une telle gestion est impossible du fait qu’il y a nécessairement ignorance de la multiplicité infinie des actions qui concourent à l’activité économique. L’interventionnisme s’efforce d’atteindre un but précis mais perturbe ainsi l’ordre spontané du marché et sacrifie, en toute ignorance, des possibilités imprévisibles : Hayek constate que « ce qui rend précieuse la liberté est qu’elle ouvre des occasions d’entreprendre des actions que l’on ne pouvait prévoir, ni prédire, [aussi] nous nous rendons rarement compte de ce que nous perdons du fait d’une restriction de liberté sur un point particulier (… ),  nous n’aurons jamais conscience de la totalité de ce que coûte le résultat obtenu par de telles immixtions» (p.67) En réalité on peut en avoir une idée, à la longue, si on a un point de comparaison : c’est ainsi que les pays communistes sont aujourd’hui amenés à modifier à toute allure le système dont leurs gouvernants constatent qu’il met leur pays en état d’infériorité économique.

Cette ignorance de l’infinité des rapports réels de causes à conséquences dans les actions humaines donne lieu à ce que Jules Monnerot appelle « l’hétérotélie » et dont il décrit les cas de figures possibles dans « Intelligence de la politique » (Gauthier-Villars éditeur 1977) : il y a, écrit-il, un univers des faits et un univers des pensées et non coïncidence des lois ou procédés qui président à la formation des pensées, et des lois et procédés qui président à la production des évènements. « Les deux modes de génération sont hétérogènes »  (tome I p.4) d’où l’hétérotélie : l’homme vise un but (en grec télos) et en atteint un autre (hétéros) qu’il ne visait pas. Et c’est pourquoi le « révolutionnaire subjectif » explique Monnerot, reprenant le vocabulaire de Hegel, se sent toujours trahi : « Son idée est trahie par l’actualisation. Il éprouve des poussées hostiles contre « les autres ». Ce sont eux qui ont gâchés l’idée : « Les hommes sont méchants ». Des êtres perfides ou des fripons s’opposent au bonheur universel, et la destruction des « fripons » s’impose de plus en plus au « révolutionnaire subjectif » comme condition de ce bonheur » (ibidem p.32). Le postulat constructiviste qui prétend imposer à l’avenir une vision idéale à partir de l’immédiat, est lourd de conséquences humaines comme en témoigne l’histoire des révolutions.

Un cas particulier d’hétérotélie est « l’énantiodromie » (« Intelligence de la politique » tome I partie II) : l’auteur de l’action atteint le but opposé à celui qu’il recherchait. Un exemple classique est celui de François Ier recevant le roi d’Angleterre au Camp du Drap d’or : loin de l’impressionner comme il le souhaitait, il l’a inquiété ! Nous pouvons tous trouver dans notre propre existence des exemples d’hétérotélie et d’énantiodromie. Il n’en manque pas non plus en politique et le constructivisme y est particulièrement sujet, lui qui agit toujours sur le détail de l’existence de la société, et généralement à court terme, c’est-à-dire, dans les démocraties, à terme électoral.
 
C’est l’intrusion de l’inconnu qui a conduit à l’effondrement des économies communistes ; mais elle est aussi, chez nous, par exemple, à l’origine du problème des retraites que l’on avait, paraît-il, si bien réglé dès l’après-guerre : les prévisions d’alors sont caduques aujourd’hui, comme le savent la plupart des actifs, jeunes ou moins jeunes ; la lourde politique fiscale et les errements de l’Education Nationale ont amené la majorité invisible des Français à désespérer  pour leurs enfants d’un ascenseur social ( d’ailleurs aujourd’hui réservé aux minorités visibles selon le principe de discrimination positive), d’où une baisse démographique qui a déjoué les prévisions sur lesquelles était fondé le calcul des retraites. Dans l’entretien qu’il accorde au « Figaro économie » (14 X 2005), le Ministre délégué aux relations du travail avoue bien ingénument l’ignorance dans laquelle la politique constructiviste prend ses décisions : à propos des seniors, dont on combat aujourd’hui les mises à la retraite anticipées, ne dit-il pas « nous rompons enfin avec une croyance vieille de trente ans.» On saisit dans une telle remarque un grave inconvénient du constructivisme : il lui faut des décennies pour prendre conscience de ses erreurs et souvent autant pour les corriger. Un particulier pour ses propres affaires réagit nécessairement plus rapidement s’il ne veut pas être ruiné. Mais le politicien, et ses bureaux ont le temps ! Ainsi  il paraît normal aux ministres de disposer de la vie de leurs contemporains sur des croyances qu’ils pourront reconnaître infondées, dans trente ou cinquante ans, sans souci des préjudices engendrés : leur carrière à eux n’en sera pas affectée.
 

La fausse sécurité

Le constructivisme ne peut pas compter sur le progrès puisque le progrès naît des inventions et que celles-ci ne sont pas prévisibles, ainsi que le remarque Popper ; le progrès mettrait d’ailleurs rapidement le  constructivisme en échec dans ses prévisions, s’il ne s’en défendait par la bureaucratie qui n’a jamais favorisé l’esprit d’invention. Mais le régime lui-même se trouvera en échec, et malheureusement avec lui le pays, s’il ne parvient pas à s’isoler totalement des pays qui progressent ce qui est aujourd’hui impossible: c’est ce qui arrive aux pays communistes. La politique française, fondée sur la redistribution des richesses par l’impôt, au détriment de la création de richesses, est donc normalement mise à mal par l’ouverture des frontières à la mondialisation, qu’elle a acceptée sans la prévoir : « sans une expansion forte et durable, il est vain, aujourd’hui comme hier, d’espérer réduire vraiment la fracture sociale» écrit encore, fort justement, Edouard Balladur (même article). Et d’où peut venir cette expansion ? 

Longtemps les Français se sont satisfaits d’un constructivisme qui semblait leur assurer la sécurité. Mais aujourd’hui il s’avère aussi incompatible avec l’ouverture des frontières, brusquement pratiquée, qu’il est réfractaire au progrès. On s’étonnerait de ce que les politiques ne s’en soient pas aperçus si on ne savait pour quelle raison le Président Mitterrand était si favorable au Traité de Maastricht et à l’euro ; Jacques Delors, dans ses Mémoires nous en informe : après les trois dévaluations en trois ans qui ont résulté de son merveilleux programme, le Président craignait d’avoir à liquider l’or de la Banque de France « Les Français ne me le pardonneraient jamais », a-t-il dit (p.163). C’est évidemment un argument qu’on n’a guère entendu durant la campagne électorale! 

L’O.P.A. sur Arcelor se situe bien dans ce contexte. Ne s’agit-il pas de cette grande entreprise qui a transféré son siège hors de France la semaine qui a suivi le vote de la loi sur le temps de travail ramené à 35 heures hebdomadaires ?  Dispositif qui, rappelons-le, était destiné à assurer « le partage du travail » afin qu’il y en ait pour tous : c’était bien du constructivisme à l’état pur ;  on voit aujourd’hui ce que vaut de cette analyse … Quelques économistes, comme Christian Saint Etienne, considèrent que les mesures d’assouplissement du code du travail « vont dans le bon sens ». Il est vrai que ce code a besoin d’être assoupli, ne protégeant plus que les salariés du secteur public, qui n’en ont guère besoin (tant que le secteur privé sera à même de le payer puisque le secteur public ne dégage pas d’argent !), et bloquant le recrutement dans le secteur privé. Mais lorsque chaque semaine, si ce n’est chaque jour, on apprend la fermeture d’un de nos sites industriels, on hésite à croire que l’idée de fabriquer des C.V. anonymes soit vraiment la mesure qui permettra de résoudre le problème de l’exclusion.


*
*  *

 
Un exemple

« Société Civile », le mensuel de l’Institut Français de Recherche sur l’Administration Publique (i.F.R.A.P.) a interrogé un jeune diplômé sur ses recherches d’emploi (N°52 Novembre 2005) :   
« Naïvement  je pensais qu’avec une licence en droit et mon diplôme de Science Po, je n’aurais pas de difficulté à trouver du travail (…) J’ai envoyé des dizaines de CV et des lettres de motivations, mais aucune réponse ou, dans le meilleur des cas, une réponse négative. J’ai passé une année à chercher et à postuler tous les jours, mais je n’ai rien trouvé. »
A l’ANPE « j’ai été reçu très gentiment par une dame qui m’a tout aussi gentiment expliqué que, vu mon niveau de diplôme, je ne trouverai aucun poste qui me corresponde à l’ANPE »
« Je suis parti au Canada. J’ai trouvé un emploi à la chambre de commerce. J’ai postulé ; le lendemain ils ont accusé réception de ma candidature. Une semaine après j’ai eu un entretien téléphonique, puis un second. Deux semaines après j’étais pris. Surpris de tant d’amabilité et de facilité, j’ai cru que j’avais eu de la chance. Mais une fois sur place, j’ai rencontré des gens pour qui ça c’était passé de la même façon »
Voilà  comment fonctionne une société sans précarité.



_________________________






Suite ...

@Les humanités en ligne@

Valid HTML 4.01!