CONFERENCE DE PRESSE DU PREMIER MINISTRE




Le premier Ministre a consacré sa conférence de presse, débuts  décembre à l’Education Nationale : pour lui les émeutes en banlieue se ramènent à un problème pédagogique. On s’étonne donc qu’on ait envoyé sur le terrain, policiers et pompiers pendant 3 semaines et, considérant l’accueil qui leur a été fait, on s’interroge sur la manière dont les enseignants s’en sortent.

Après l’ensemble des ministres de l’Education Nationale depuis la réforme Giscard-Haby, M. de Villepin déclare la guerre à l’échec scolaire (Figaro du 2 XII 05) car les émeutes en banlieue, c’est évident, ne sont que l’effet de l’échec scolaire. Aussi le Premier Ministre fera-t-il « vérifier » dès la fin du C.E. 1 (cours élémentaire 1) la maîtrise de la lecture et de l’écriture. Comme il demande des propositions concrètes, nous lui proposons de jeter un coup d’œil sur les manuels scolaires : il pourrait se demander si c’est en enseignant le français avec la méthode globale (Hatier), l’orthographe des S.M.S. ( L’Ecole des Loisirs) ou le « verlan » (Bordas) que les enfants peuvent apprendre à lire à l’école élémentaire.

Le Premier Ministre propose la suspension des allocations familiales pour sanctionner l’absentéisme scolaire : ignore-t-il que cette mesure a été abandonnée il y a quelques années parce que le personnel administratif concerné refusait de l’appliquer ? En outre les parents ne sont-ils pas fondés à refuser la scolarisation pour leurs enfants à qui on apprend à « détourner un proverbe (…) : Il faut battre le fer tant qu’il est chaud : Il faut battre sa mère tant qu’elle est jeune » ( ouvrage recommandé par l’Education nationale pour les petits du CM1 : Les sorcières sont N.R.V. éditions L’Ecole des Loisirs)… Et l’on pleurnichera ensuite dans la sphère politique et médiatique sur l’absence de repères chez les jeunes !

Et suivant une déjà vieille tradition, M. de Villepin décrète « l’égalité des chances, grande cause nationale pour 2006 », se posant ainsi moins en héritier de Charles de Gaulle que de Giscard et de René Haby à qui l’on doit ce slogan qui a lancé la « réforme du système éducatif » dont le Premier Ministre conteste aujourd’hui les résultats. La proposition de « concentrer » les moyens là où « les difficultés sont les plus lourdes » témoigne, hélas, de l’ignorance du dossier par le Premier Ministre qui montre qu’il ne sait pas le coût abyssal de l’enseignement dans ces banlieues … pour les résultats que l’on voit et d’autres, heureusement, il est vrai.

La discrimination positive, qui n’est que l’autre nom de « l’égalité des chances », existe déjà depuis plusieurs années, par exemple à Sciences Po, et cela n’a pas empêché les émeutes de banlieues. Faudra-t-il faire entrer à Sciences Po tous les bacheliers de banlieues pour qu’il n’y ait plus d’émeutes et doit-on penser que, si M. de Villepin n’avait pas été Premier Ministre, il aurait brûlé des voitures ?

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      Cette « grande conférence de presse » ressemble à beaucoup d’autres, dues aux différents Ministres de l’Education. On pourrait s’étonner qu’elle soit tenue par un  Premier Ministre. Il s’agit visiblement de nous faire prendre des émeutes ethniques pour de simples échecs pédagogiques : c’est une conférence de presse fumigène.  

      L’objectif de cette conférence de presse et des commentaires de la classe politico-médiatique que nous entendons depuis un mois ce sont les élections de 2007. Il ne faut donc pas s’étonner des commentaires politiques et syndicaux, bien résumés dans le même numéro du Figaro : « L’U.M.P. se félicite, la gauche parle de mesurettes » ; chacun joue son personnage comme dans les farces de la « comedia del arte», montrant ainsi que la classe politique n’a pas pris la mesure de la situation : le Président du groupe majoritaire à l’Assemblée nationale se « félicite des réponses concrètes, efficaces et ciblées apportées par le Premier Ministre », le porte-parole de l’opposition parle d’un « paquet cadeau dans lequel il n’y a rien » ; c’est généralement ce que dit l’opposition qui ne dispose pas de la possibilité de faire des « paquets cadeau », et sans que le contribuable partage cet avis.
      Dans l’entretien accordé le 18 XI 05 au Figaro, le Ministre à la promotion de l’égalité des chances, M. Azouz Begag, donne la clé de cette politique: ces jeunes « vont peser sur le marché électoral » en 2007. On voit mal le Général de Gaulle s’exprimer en terme de « marché électoral » ! Mais, lui, a su partir quand il a été désavoué. Il y a bien sûr une autre solution pour la classe politique, celle préconisée ironiquement par Brecht : « quand le peuple vote mal, on change de peuple.»
   
       Seul le commentaire de M. Fillon va un peu plus loin, sans d’ailleurs que cela contredise notre analyse: « La vérité, c’est que derrière la vulgate gaulliste sur la rencontre d’un homme et d’un peuple, il y a un système qui permet à quelques uns de verrouiller le pouvoir comme dans un système quasi monarchique.» (Figaro 2 XII 05) Analyse qui confirme l’apostrophe exaspérée de M. Méhaignerie l’été dernier : j’en ai assez de cette monarchie absolue où la fille du Président exerce le pouvoir. Pareto, dans son « Traité de sociologie générale » (voir notre «  rubrique éducation civique ») expose les dangers du blocage de la circulation des élites, ce qu’elles font habituellement lorsqu’elles deviennent séniles (voir « Traité de sociologie § 2178, 2179, 2228 entre autres) : notre classe politique fait penser à ces politiques de Byzance qui se disputaient le pouvoir à la veille de la chute de Constantinople.  


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