COMPLICATION  ELECTORALE



       Les jeunes qui ont accédé pour la première fois à l'isoloir auront pu être étonnés des modalités compliquées des élections : listes étonnamment copieuses de noms de candidats dont on ne donne généralement pas la profession, vote pour des départements autres que le sien, répartition des sièges sans rapport mathématique évident avec le nombre de voix obtenues, régions gouvernées par la gauche avec un nombre de voix de droite supérieure à 50%.
      
       Il va falloir qu'ils s'habituent : c'est l'exception culturelle française. Si on s'en rapporte à Taine («les origines de la France contemporaine » édition Bouquin) la tradition de ce qu'il faut bien appeler la manipulation des scrutins remonte aux fondations même de la République ; les Pères fondateurs qui avaient peur de perdre la majorité ont été jusqu'à décider que l'Assemblée élue, selon la Constitution de 1793  pour un an, ne serait renouvelée que par tiers. Siéyes en donne d'ailleurs une justification qui fait froid dans le dos : la peur constante d'avoir à rendre des comptes à la justice si la Révolution s'achève (voir dans Taine, opus cité, livre V, « la fin du gouvernement révolutionnaire »), confirmée par la remarque d'un Conventionnel à un nouvel élu : donnez-nous une garantie car « nos têtes sont en jeu » (tome II p.329)     
       Certes aujourd'hui aucune menace judiciaire de ce type ne saurait peser, mais le procédé qui consiste à modifier les modalités du scrutin perdure. Avec le succès que l'on voit... bel exemple d'énantiodromie.
La clarté n'est pas encore la marque de la démocratie française


Suite ...

@ Les humanités en ligne@


Valid HTML 4.01!