BUDGETS DE L' EDUCATION NATIONALE


A quelle logique obéissent le budget de l'éducation nationale et les concours de recrutement de ce ministère ?
" Société civile ", publication de l'I.F.R.A.P. (institut français de recherche sur les administrations publiques) fait la remarque suivante dans son numéro d'octobre 2002 : " La suppression de 2000 postes (-0,2%), si elle est faite, n'est certainement pas une catastrophe pour une administration déjà pléthorique d'autant plus que, sur la même période (1990-2000) , le nombre d'élèves a baissé d'environ 200.000. Et cette baisse passera à 700.000 d'ici à 2007 !
" Car, déjà en 1999, un Rapport du Sénat sur " la gestion des personnels des écoles et des établissements du second degré " soutenait que 10.000 enseignants seraient en surnombre (leur coût correspond à 3 milliards de francs), que plus de 40.000 titulaires sont sans affectation stable et que le nombre précis des personnels en détachement et en mise à disposition est impossible à comptabiliser ".
Le 24 janvier 2001 Le Figaro annonçait une augmentation des postes d'enseignants du secondaire (capes, agrégation) jusqu'à 11% après plusieurs années de baisse " Au total l'Etat recrutera 23.465 enseignants en 2001)
Le 26 septembre 2002 le Figaro Economie annonçait de nouvelles créations de postes. L'article de Marielle Court constatait : " Avec 62 ,8 milliards d'euros, le budget de la jeunesse et de l'éducation nationale (scolaire et enseignement supérieur à l'exclusion de la recherche) est le plus important de tous. Il affiche cette année une hausse de 2,1%. Mais celle-ci est due pour l'essentiel à l'évolution de la masse salariale (89,4% du montant total). Car cette année les ministres Luc Ferry et Xavier Darcos ont été moins généreusement servis que leurs prédécesseurs Jack Lang et Luc Mélanchon ".
S'il s'agit d'une course entre les deux équipes politiques, on préfèrerait qu'elle concerne plutôt la qualité de l'enseignement ! On en est loin. D'ailleurs ne pleurons pas pour le nouveau tandem, il obtient nous dit-on des créations d'emplois " même si ces derniers ont souvent exigé d'âpres négociations avec Bercy " : 1000 dans le primaire " pour faire face à la hausse démographique programmée à la rentrée 2003 " et pour l'ensemble du premier et second degré 1200 emplois nouveaux de personnel non enseignant. Dans le supérieur 500 d'enseignants et 700 de non enseignants ; 154 en outre pour l'enseignement privé sous contrat.
Le 16 janvier 2003 la presse annonce la stabilité du nombre de postes offerts aux concours de recrutement du premier et second degrés : 30.000 ; mais le Figaro du 3 avril titre " La cour des comptes fait la leçon à l' Education. -Budget et nombre d'enseignants en hausse malgré la diminution de la population scolaire " et relève " dans le second degré l'obsession d'assurer la présence d'un professeur devant tous les élèves conduit (écrit la cour des comptes) à privilégier la gestion des moyens d'enseignement au détriment d'une analyse plus qualitative ". De plus la gestion des enseignants manque de souplesse : 50% seulement des professeurs affectés aux remplacements sont effectivement utilisés. Un pourcentage d'autant plus inquiétant que l'embauche d'enseignants contractuels ou vacataires s'est considérablement accrue ces dernières années ".

Cette situation est une conséquence de la régionalisation du personnel largement effectuée en catimini : les suppléants, fussent-ils issus de concours nationaux sont affectés à une académie qui ne leur convient pas nécessairement ; certains de ces remplaçants sont des professeurs chevronnés qui ne répugneraient pas à quitter cette académie pour une ville qui leur est chère dans une autre académie mais, avec l'actuel système de mutation, comme " nouveaux entrants " ils craignent d'avoir un long purgatoire avant d'atteindre, s'ils le peuvent jamais, le poste de leur choix. Le système actuel de mutation en deux temps les fige donc, par crainte de pire, dans l'académie où ils sont. Ainsi s'explique le surnombre dans certaines académies recherchées (Paris par exemple) tandis que d'autres, au réseau de communication difficile, recrutent des vacataires pour faire face aux besoins : voilà l'origine de cette rigidité que constate la cour des comptes.
On peut être reconnaissant à Maurice Allais de prendre en compte le sous emploi à coté du chômage dans son livre " La mondialisation, la destruction des emplois et de la croissance " (édition Clément Juglar). L' Etat en l'occurrence donne un bien mauvais exemple lorsqu'il utilise des professeurs très qualifiés un trimestre sur une année scolaire et même moins encore, ou lorsqu'il leur donne des tâches qui n'ont pas grand-chose avoir avec leur qualification. Déqualifier pour mieux régner ? Les seuls gagnants à ce système sont les syndicats car la cotisation devient une sorte de péage nécessaire pour obtenir, quelque jour, une mutation qu'on peut attendre indéfiniment. De quoi les protéger contre la désaffection !

En septembre 2003, " Société civile " remarque : " depuis 1997 la population scolaire est en baisse de 150.000 élèves, celle du personnel étant en hausse de 132.000 employés (dont 56.000 aide éducateurs). Pendant la même période le budget de l'éducation nationale est passé de 90 milliards à 103 milliards d'euros (+ 13 milliards) en 2003. D'ailleurs, de 1974 à 2002, la dépense d'éducation a connu un taux de croissance annuel moyen de 2,5%, supérieur à celui du P.I.B. (en hausse de 2,1% par an sur la même période) ".
Cette gestion surréaliste aboutira bien évidemment d'ici peu au blocage des concours de recrutement qui risquent d'être fermés pour longtemps aux générations à venir. On fait pour l'enseignement les mêmes sottises qui ont été faites à partir de 1968 pour les études médicales : ayant ouvert les facultés de médecine sans considérations des débouchés possibles on a d'abord paupérisé la profession, puis on a établi un numerus clausus qui l'a interdite à bien des jeunes gens, quitte à arriver sous peu à une pénurie de médecins. Bien que la classe politique n'ait pas sensiblement changé depuis 1968, grande période de recrutement, elle refait la même erreur, n'ayant " rien oublié ni rien appris ". Son rôle n'est-il pas pourtant la gestion à moyen et long terme ?

 

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