AUTODAFES


          Fallait-il brûler le livre de Luc Ferry ? Je n’en sais rien : je n’ai pas réussi à m’en procurer un exemplaire gratuit…et refuse de le payer.  Certains pontes des universités se sont indignés de cet autodafé. Libre à eux, mais on eût aimé que leur indignation se manifestât plutôt, par exemple, devant l’indigence des programmes de Lettres et surtout, vis-à-vis de l’insécurité qu’affrontent trop souvent professeurs et élèves, ces derniers dès l’école élémentaire.
 
         Les grèves d’enseignants en mai et juin ont été souvent confuses, en grande partie par la faute des syndicats, qui profitent de l’occasion pour manifester leur existence, alors que ni les conditions d’exercice dans les classes hétérogènes du collège unique, ni l’insécurité dans bien des établissements de forte immigration n’ont jamais attiré leur attention. Peur de la loi Gayssot ou volonté immigrationniste ?  Il s’agit pourtant bien là de questions professionnelles, qui sont au premier chef la raison d’être des syndicats !

        La régionalisation a des conséquences graves dans la vie de beaucoup d’enseignants, surtout jeunes. Les interviews parues dans le Parisien du 19 mai 2003 sont réalistes : une jeune femme titulaire en zone de remplacement dans la Seine-et-Marne, espérait engranger des points (de « zone sensible », vraisemblablement) pour « redescendre » dans son académie de Grenoble, et  « l’an prochain ce statut va disparaître »… Depuis les années 60, l’administration n’a cessé de tricher avec le statut de la fonction publique, bloquant les professeurs, entre autres par des jeux de barème administratif, de telle sorte que s’amenuisait l’espoir de regagner une région, une académie, une ville, comme cela semble pouvoir se faire à partir du statut de fonctionnaire dans le cadre d’un concours national.  Aujourd’hui se pratique une mutation en deux temps, 1er temps dans l’académie demandée, puis dans un établissement (Perpignan ou Mende ?) ; ce système ne favorise que…les syndicats rendus ainsi indispensables. Une régionalisation qui gèlerait un titulaire dans un poste est nécessairement perçue comme une tricherie. Europe oblige ?

       La suppression massive de postes de surveillants a également été une bourde car ceux-ci (s’ils font effectivement de la surveillance et non des écritures !) sont un facteur de sécurité. Mais cela permet au gouvernement de ne pas supprimer de postes de fonctionnaires, conformément au vœu des syndicats, car les surveillants n’ont pas statut de fonctionnaires. Grosse subtilité ! Toutes ces subtilités montrent à quel point « la France d’en haut » est coupée de la France dite « d’en bas ». Je crois volontiers cette enseignante en classe maternelle de Seine-St Denis, qui affirme : « je me sens incapable de travailler encore vingt ans et demi dans ces conditions, auprès d’enfants en difficulté ». Cette lassitude on l’entend s’exprimer de la maternelle à l’université, en passant par les classes préparatoires : cela signifie bien quelque chose ! Il fallait un ministre bien inconscient de cette situation pour adresser innocemment aux enseignants un livre « à ceux qui aiment l’école ». Les ministres écrivent trop aux enseignants : le premier a commencé par une lettre, puis ce fut un magazine sur « l’Ecole du XXIème siècle, et maintenant un livre !Peut-être croient-ils, avec leur  complexe de « France d’en Haut » honorer les enseignants ; en fait, ceux-ci ne croient plus aux boniments pour améliorer l’école ; bien plus l’enlisement de celle-ci est constamment venu des initiatives du Ministère, à la fois dans la gestion des personnels et surtout dans les innovations pédagogiques !
Un enseignant qui connaît vraiment son métier n’a pas besoin, pour s’adapter à ses élèves, des conseils de ceux qui n’enseignent pas. Il suffirait qu’on ne lui impose  pas des conditions d’exercice impossibles ! Bien des établissements scolaires, quant à ce qu’on leur demande, semblent relever davantage du Ministère de l’Intérieur que de celui de l’Education Nationale : avec plus de 80.000 actes de violence qui devraient relever de la Justice (selon Luc Ferry lui-même), peut-on encore oser parler de « crise de l’école » ?  Ne s’agirait-il pas plutôt d’un très mauvais pilotage de la France ?
 

 

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