TROIS CANDIDATS « PLAN LANGEVIN-WALLON »

 

Ils nous disent la même chose !

Ségolène Royal nous dit : j’instaurerai pour les professeurs les 35 heures dans les établissements scolaires.

Nicolas Sarkozy nous dit : les établissements pourront consacrer 25% de leur budget à leur projet pédagogique (Figaro du 16 III 07)

François Bayrou nous dit : je gouvernerai avec les syndicats

 

35 heures dans l’établissement ? Rappelons que les horaires dans l’enseignement secondaire sont établis sur la base d’une heure de cours équivalant à 3 heures de travail, compte tenu du temps de préparation des cours et du temps de correction : 35 heures dans l’établissement cela signifie qu’il n’y a plus de préparation ni de correction. Le temps de travail d’un professeur, pour Ségolène Royal, c’est le temps « devant les élèves », comme pour une vendeuse c’est le temps dans le magasin, ou pour un candidat le temps devant les caméras …

 

25% du budget de l’établissement pour le projet pédagogique ? cela signifie que la dotation de l’établissement ne sera plus consacré qu’à 75% à l’étude du programme scolaire national. Les deux propositions se rejoignent car elles présument, l’une et l’autre, que ce n’est pas le programme qui est en soi formateur, mais que ce sont les méthodes : tel est bien le point de vue du plan Langevin Wallon qui ne considère les diverses disciplines que comme occasions d’éprouver les goûts et aptitude de l’élève et de « susciter leur intérêt » ( voir l’édition du plan en rubrique « Théorie pédagogique », chap.5 « programme »). Comme le disait feu Edgar Faure, ministre de l’Education Nationale post 68, « il faut que l’élève apprenne à apprendre » ; le professeur devient donc une sorte de moniteur qui donne des indications à la demande de l’élève : c’est ce qu’on appelle les méthodes actives ; M. Allègre a traduit « mettre l’élève au centre ». Ces méthodes présupposent que l’élève est naturellement curieux  et qu’il apprend volontiers si ce qu’il apprend est en rapport avec ses aptitudes; la théorie est séduisante mais on a vu des élèves, des enfants, même très doués, qui préfèrent jouer plutôt qu’apprendre ! et sont plus tenaces dans le jeu que dans la recherche intellectuelle. Peut-être même y a-t-il des adultes qui leur ressemblent … Or les méthodes dites « actives » sont bien celles préconisées par le plan Langevin-Wallon (chapitres 2 et 5) qui d’ailleurs ne parle plus de cours et reconnaît qu’avec de telles méthodes pluri disciplinaires, (comme doivent être les projets d’établissement), il ne peut y avoir d’emploi du temps précis par matière enseignée, ce qui condamne la notion même de programme (voir chap. 5, rubriques « programme » « horaire »). On peut prévoir qu’avec de telles méthodes les écarts entre établissements scolaires iront en s’accroissant : les milieux les plus cultivés iront beaucoup plus vite que nos malheureuses cités de banlieue et seront plus attentifs à la valeur des sujets choisis ; il est difficile de faire pire alors qu’on nous parle d’égalité et de discrimination « positive ».

 

       Dans sa volonté de réaliser le plan Langevin Wallon, la Haute administration du ministère a déplacé son centre d’intérêt des programmes (et de leur cohérence tout au long du cursus scolaire), aux méthodes d’enseignement, c’est pourquoi les jeunes ont d’immenses lacunes en orthographe et dans la connaissance de notre patrimoine : en littérature, en Histoire, en géographie et, si j’en crois M. Laurent Laforgue, médaille Field de mathématiques, en sciences exactes. L’enseignement du Français est tout à fait représentatif de cette inversion de préoccupation : on a interdit l’enseignement traditionnel de la grammaire qu’on a remplacé par celui de la linguistique, d’où les fautes d’orthographe qui émaillent les écrits de toute une génération, candidats à l’enseignement du français compris. Les tests effectués en début d’année scolaire portent moins sur les connaissances des élèves que sur le maniement du vocabulaire de la nouvelle pédagogie, autrement dit, ils ne contrôlent pas les connaissances des élèves mais la docilité des professeurs à utiliser les méthodes aujourd’hui imposées par le ministère car c’est par simple changement de vocabulaire qu’on a pu ainsi supprimer l’enseignement de la grammaire et y substituer un enseignement de « linguistique » dont on voit les conséquences dans l’orthographe de nos malheureux écoliers… et étudiants : telle est l’égalité des chances actuellement réalisée par nos experts en pédagogie que nos jeunes sont fins prêts pour un retour aux « arts premiers » !  Il ne faut guère s’étonner qu’avec ce nouveau bagage intellectuel beaucoup de jeunes diplômés soient au chômage, d’autant que les dites méthodes actives ne les ont pas habitués à travailler d’une manière disciplinée : le papillonnage horaire n’est apprécié ni d’un client, ni d’un patron.

 

       Avons-nous oublié M. Bayrou ? Mais non : lui qui veut gouverner avec les syndicats, il sait bien que le plan Langevin-Wallon est poussé par les syndicats marxistes depuis le Libération. C’est lui qui, Ministre de l’Education Nationale d’une nouvelle majorité, a réalisé la mise en place des « I.U.F.M. », institut de formation des Maîtres prévus par le chapitre 3 du plan Langevin-Wallon, et que la gauche n’avait eu que le temps de voter ; ces instituts, pétris de pédagogisme, n’enseignent pas à enseigner, ils enseignent à « apprendre à apprendre », car cela seul s’enseigne, semble-t-il ! foin de la compétence dans la discipline puisque l’élève doit découvrir par lui-même ! M. Bayrou ne peut ignorer ce que « gouverner avec les syndicats » veut dire et son repli dans la défense du latin et du grec en témoigne : n’avait-il pas, étant ministre, reçu en grande pompe Mme de Romilly, académicienne venue plaider la cause des Humanités … mais son activité ministérielle s’en était tenu là, en ce qui concerne le latin et le grec. Et  pourquoi gouverner avec les syndicats alors qu’il existe une chambre des députés qui représentent la Nation, tandis que les syndicats ne représentent que les salariés, et seulement 7% d’entre eux ?

 

       Lorsqu’on apprend que, dans un collège, un élève de 19 ans agresse un professeur, on se demande ce que ce jeune homme pouvait bien faire en 3ème à un âge qui n’est pas prématuré pour le bac. Parbleu ! le collège unique n’est-il pas obligatoire (plan Langevin Wallon ch. 1) ! Et puis il a ses chances d’arriver au baccalauréat, prévu pour 80% d’une classe d’âge (même référence). Conscients de la baisse de niveau ainsi programmé, les auteurs avaient prévu que le baccalauréat ne donnerait pas accès à l’enseignement supérieur (ch. 1, 2 et 5 ), en somme un petit certificat d’études un peu tardif…

 

       Depuis 30 ans la réforme Giscard- Haby (son ministre de l’Education Nationale) a fait dégringoler la place intellectuelle de la France dans le monde. Les promesses de certains candidats à sa succession n’ont aucune chance de nous la rendre ; n’étaient-ils pas d’ailleurs parmi les princes des majorités qui se sont succédées depuis ? Plutôt qu’aux syndicats, dont ce n’est pas la fonction, il faut donner le pouvoir aux parents, que l’éducation et l’avenir de leurs enfants concernent au premier chef, par exemple en leur rendant l’argent payé par le contribuable pour qu’ils puissent choisir librement l’école de leurs enfants : si l’on en juge par le choix que font les apparatchiks, gourous de la pédagogie compris, on verra assez rapidement remonter le niveau scolaire et sans doute aussi refleurir les Humanités. Le classement même des lycées que vient de fournir le ministère (Mars 2007) en donne l’indication : quand ils le peuvent, les parents inscrivent leurs enfants dans des établissements, privés ou publics,  exigeants, ceux qui usent, nous dit-on, d’une « sélection drastique », c’est-à-dire ne pratiquent pas le passage automatique en seconde ! En restituant aux parents l’argent prélevé par l’Etat  pour l’enseignement de leur enfant, on verrait revenir le niveau intellectuel qui a honoré la France tant qu’elle n’a pas été livrée aux pédagogues et à leurs «chercheurs » : « l’égalité des chances » ne serait plus une partie de dés pipés comme c’est le cas aujourd’hui.         




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