SNCF en coquetterie avec la législation "sociale"          





« L’entreprise publique rémunère d’anciens agents grâce à une société offshore basée à l’Ile de Man. Ce système permet de cumuler une retraite en France et un salaire à l’étranger » résume le Figaro économie du 21 juin 2007. (Cette nouvelle ne figurait pas dans le journal gratuit Métro du même jour) . Il n’est pas illégal, sous certaines conditions , de cumuler retraite et activité rémunérée. « Le système devient illégal quand la deuxième source de revenu n’est pas déclarée. Ce qui est le cas » (même référence) Cette situation est considérée comme « opaque » et porteuse de risque « pour des économies réduites » : 53.000 euros alors que la société offshore, filiale de la SNCF a réalisé 17,1 millions de chiffre d’affaire ! Par ce système, le conducteur retraité de TGV ajoute 6600 euros net de revenu mensuel aux 2000 euros de sa retraite. « Malgré « les risques économiques », les « risques d’image » et les « risques juridiques », les responsables de l’audit estiment que la meilleure solution est de préserver un système qui a démontré son efficacité » (même référence).

 

       Et ils ont raison : quels imbéciles maintiennent la législation qui permet aux agents de conduite de la SNCF de prendre leur retraite à 50 ans ? Qui peut prétendre leur interdire de tripler leur revenu, grâce à leur compétence, alors qu’ « ils sont en pleine force de l’âge » ? Bien sûr que c’est la loi qu’il faut changer : elle se justifiait pour chauffeurs et conducteurs des machines à vapeur, exposés à la fois à l’intense chaleur du foyer et au froid qu’il leur fallait subir simultanément durant des trajets où ils devaient rester penchés à l’extérieur pour voir les signaux : ces machines qui existaient encore dans les années 50 et peut-être même 60 ne pouvaient être fermées. Comment peut-on appliquer aux conducteurs des radieuses motrices actuelles, la législation élaborée pour les rudes conditions des machines à vapeur ?

      Les syndicats maison ignoraient-ils l’adaptation pragmatique de leur employeur ? Ils sont d’habitude bien informés… Pourquoi ce silence ? Seraient-ils crispés sur le refus de remettre en cause une législation archaïque ? Ou craignent-ils de ne pouvoir limiter la remise en cause à d’autres salariés mis abusivement en retraite, voire en préretraite, au moment même où l’on pleurniche sur la nécessité de prolonger le travail des seniors ?

 

      A la lecture du commentaire  des élections législatives par la presse de gauche, on est frappé par son insistance à prôner la rénovation des partis qu’ils soutiennent, alors même qu’ils en présentent la défaite électorale comme une quasi victoire : « La gauche condamnée à changer » titre Libération (19 VI 07) et l’éditorial de Laurent Joffrin précise « surtout ne pas rester enfermé dans la suicidaire défense du statu quo » : on ne saurait mieux juger la politique des syndicats de gauche figés dans l’attitude mentale qu’ils avaient au 19ème siècle.  A  l’évidence la presse de gauche voit venir son nécessaire aggiornamento, elle qui ne survit que grâce aux sponsors du CAC 40 qui investissent à qui mieux-mieux dans tous les gros médias : journaux, radios, télévision.

      La tartufferie idéologique est devenue si peu crédible que les débuts d’une « refondation » risquent de se dérouler comme les débuts de la destalinisation et entraîner les nombreux appareils de gauche, partis, syndicats, associations bénévoles subventionnées dans une chute accélérée. On comprend l’hésitation ! 

      Certes, en enseignant l’économie dans les lycées à travers l’idéologie et les conflits sociaux du 19ème siècle, on peut s’assurer une clientèle électorale comme en témoignent les élections de 2007 : opération bien conduite, assortie d’une campagne sans précédent pour pousser les jeunes à s’inscrire (voir par exemple « Métro » du 22 XII 06 ). Mais résoudre, pour son parti, un problème électoral n’est pas résoudre le problème économique français: « Le Monde », avec la simplicité de style qui le caractérise, le reconnaît : « Au terme de ce cycle électoral, plusieurs questions restent ouvertes. Les socialistes sauront-ils engager la réflexion indispensable sur leur propre logiciel politique afin de l’adapter aux contraintes de l’époque ? » (19 VI O7)  Le style alambiqué permet de ne pas préciser la nature de ces contraintes. En lisant la presse économique on prend conscience que ni les politiques, ni les syndicats n’ont été capables de penser la mondialisation dans laquelle ils ont jeté la France, via l’Europe de Bruxelles dont ils ont signé les traités bien légèrement. Espérons qu’ils ne continueront pas ! Quelle prospérité serait la nôtre s’ils avaient protégé les intérêts des entreprises françaises comme ils ont protégé ceux de quelques monopoles, par exemple ceux de la Française des jeux (voir Le Figaro du 9 X 06) ! Nous n’aurions pas connu alors les délocalisations et le chômage qui sévit en France aujourd’hui.

      « Le PS se donne un an pour comprendre l’échec de Royal » titrait (p.7) Le Figaro du 23 VI 07, sans marquer le lien, implicite, que le même numéro donne à percevoir avec la visite du Président vietnamien à Washington : celui-ci y pose en concurrent de son homologue chinois pour attirer les investissements américains et vante la compétitivité de la main d’œuvre vietnamienne ; on ne peut plus guère compter sur les systèmes socialistes pour défendre les travailleurs ! Réflexion bien longue et bien tardive d’ailleurs sur « l’échec de Royal » : traversant la France le jour de l’élection présidentielle, on entendait l’un dire « si elle passe, je serai obligé de vendre mon hôtel », un autre « j’en ai assez de travailler pour ceux qui ne font rien !» Ce n’est pas « l’échec de Royal » : c’est la gauche qui fait peur avec son parti-pris de redistribution dont le monde du travail tout entier fait les frais ainsi que Pareto l’avait prévu. Ce n’est pas non plus le « style» de M.Sarkozy qui séduit : il n’a été que le bénéficiaire de la bipolarisation, comme habituellement son parti. Si la classe politique - avec sa clientèle d’associations plus ou moins bénévoles - ne vivait pas dans une bulle bien protégée, elle ne l’ignorerait pas ; (mais l’ignore-t-elle ?). L’écart de participation entre l’élection présidentielle et les législatives témoigne à la fois de la peur qu’inspire le socialisme à ceux qui en font les frais depuis bientôt quarante ans et de la méfiance qu’inspirent les politiciens de droite qui, depuis Giscard d’Estaing, font la politique de la gauche pour agrandir leur électorat. Il est difficile de croire que les média s’y trompent : quand on lit leurs analyses et sondages il est bon de se rappeler que leurs sponsors appartiennent au gotha du monde des affaires. Très curieusement cet aspect des réalités semble échapper à nos marxistes.

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