LE  RECUL  DU  FRANÇAIS


Le lien entre langue et politique


Le Parisien du 25 octobre 04 raconte une étonnante histoire : « C’était il y a quelques semaines, en salle de presse de la Commission européenne. A la tribune une Française. Fonctionnaire à la direction générale des affaires économiques et financières, elle entame un discours entièrement formaté …en anglais. Problème : ce jour-là son auditoire n’est composé que de journalistes français. « Pourquoi ne nous parlez-vous pas en français ? »(…) Réponse de l’intéressée : « Mon discours  a été préparé en anglais et je n’ai pas de traduction en français ». Et de poursuivre … en anglais ». On reste perplexe : un discours « formaté » ( ?) en langue  étrangère, que notre compatriote prononce sans arriver à le traduire dans sa langue maternelle ? On en est presque heureux de l’absence de journalistes non français mais on se demande si c’est un hasard.
 
Proust remarque que lorsqu’on est admis dans un milieu qui nous semblait inaccessible c’est peut-être que ce milieu a dégénéré : cette réflexion devrait hanter notre personnel politique obligé de se mettre à l’anglais pour se faire entendre à Bruxelles : sans se référer à l’époque où l’Europe parlait français, lorsque l’Europe des 6 s’est constituée, le français y était prédominant. L’élargissement à l’Angleterre, qui ne fait pas partie de la zone euro et a refusé les accords de Schengen, a changé la donne. Comme quoi ceux qui nous disent « hors l’euroland point d’existence » manquent quelque peu de perspicacité.

A vrai dire la baisse de l’usage du français en Europe même tient à la baisse de la qualité de notre classe politique : elle est obligée de se mettre à l’anglais parce qu’elle ne s’est pas mise à la hauteur politique qu’exige notre époque. « Le recul du français à Bruxelles est impressionnant » constate le journal ; un constat de même ordre a été fait au moment de la répartition des postes de commissaires européens, le recul de la France étant alors attribué par la gauche à « l’arrogance du chef de l’Etat » ; mais « le Monde », qui citait ainsi M. Moscovici (18 VIII 04), notait un recul identique de l’Allemagne, sans indiquer le rapport commun entre les deux chefs d’Etat, à savoir une politique socialiste qui enfonce économiquement les deux pays.

Pour le rapport Thélot, l’anglais n’ « est pas simplement la langue des nations particulièrement influentes. Il est devenu la langue des échanges internationaux ». Ceci sans rapport avec cela ? C’est par pur hasard que l’Europe a parlé latin, puis français, puis anglais ? Quand un Etat impose le financement de la recherche scientifique au secteur privé, celui de l’assurance, faute d’être capable de l’insérer correctement dans son budget, on ne peut vraiment pas dire que son personnel politique est à la hauteur des nécessités du XXIème siècle. Le rapport Thélot qui veut rendre l’anglais obligatoire à 8 ans témoigne de ce que les perspectives pour les jeunes Français ne sont pas vraiment ambitieuses !   

Qu’on le veuille ou non, l’avance ou le recul du français est l’instrument non falsifiable de la classe politique en possession d’Etat.

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