REVALORISATION du TRAVAIL

 Mission : revalorisation

 La presse du 16 août 2007 nous apprend que M. Xavier Bertrand, ministre du travail, va avoir … du travail : il aura,  entre autre, à réhabiliter la valeur travail ce qui est « la condition du redressement économique », d’après la lettre de mission qu’il a reçue : cela passe, y est-il écrit avec un certain bon sens, par la « liberté de travailler plus pour gagner plus » ; mais  il va falloir au ministre une sacrée dose de pédagogie pour faire comprendre cette vérité élémentaire aux syndicats ! ceux-ci, qui représentent en France 7% environ des salariés, ont tant œuvré pour le « partage du travail » que notre pays partage aujourd’hui largement son travail avec … des pays qui,  bien sûr, ne partagent pas le coût du chômage français avec le contribuable français. Il est vrai que les salariés représentés par les syndicats français sont, pour l’essentiel, des salariés du secteur monopolistique, celui de l’Etat, qui sont peu concernés par la concurrence.

 

Une donnée manquante de la mission : baisser sérieusement les impôts

     Mais il y a deux autres mesures de bon sens qui, à notre connaissance, ne figurent pas dans la lettre de mission reçue par M. Xavier Bertrand : la première, travailler plus pour soi-même et moins pour « l’Etat », dont la notion devient d’ailleurs de plus en plus floue : est-il normal de travailler plus de 6 mois par an - jusqu’au 16 Juillet en cette année 2007- pour les divers appareils re-distributeurs nationaux, régionaux, départementaux et communaux, sans parler de l’Europe ? Et qu’apportent vraiment ces appareils de redistribution à ceux qui travaillent,  pour justifier cette amputation exorbitante de leur pouvoir d’achat ? Ils apportent infiniment plus à ceux qui ne travaillent pas (et sont en âge de le faire !) ce qui, évidemment, n’est pas un moyen d’encourager le travail ! il n’est d’ailleurs pas normal que dans un pays où le chômage est endémique depuis quatre décennies, on importe massivement une main d’œuvre étrangère.

 

Deuxième donnée manquante : ne plus dévaloriser le travail scolaire

     La meilleure manière d’encourager le travail serait d’en prendre le goût dès l’école. Là nous sommes loin du compte ! Depuis qu’un ministre, devenu tardivement père de famille, s’est indigné des exercices à la maison pour les enfants de l’école élémentaire, le travail n’a cessé d’être dévalorisé dans l’enseignement .Le président de l’université Paris IV (Sorbonne) signale un taux d’échec de 70% en première année de faculté : « Certains bacheliers sont incapables de s’exprimer correctement, de manier une idée théorique (…) C’est l’aboutissement d’un laxisme généralisée qui débute dès la maternelle» (Figaro 30 VIII 07). N’a-t-on pas quasiment supprimé l’étude du latin et du grec pour fabriquer une section littéraire qui ne demande pas d’effort... et qui se trouve  tellement déconsidérée que les parents ne veulent plus y inscrire leurs enfants ; ils vont donc se rabattre sur la section sciences économiques et sociales, en ignorant que le niveau demandé en mathématique est insuffisant pour faire des sciences économiques dans le supérieur ! Et sans compter que les sciences économiques et « sociales » exigent des connaissances en histoire, grand laboratoire de sciences sociales, et que de telles connaissances, dans le secondaire, ont été laminées, ce qui laisse le champ libre aux idéologies.

 

L’école aujourd’hui créatrice d’inadaptation au travail

     Tout importe à l’école, sauf le travail : « l’épanouissement », la bonne volonté, le souci de compenser les « handicaps sociaux culturels » mais pas les résultats ; ainsi les facteurs subjectifs, plus ou moins supposés, sont pris en compte mais pas la réalité concrète manifeste des connaissances. Aussi les professeurs doivent-ils se battre pour obtenir que les devoirs soient remis à la date indiquée ; lors des examens, les réunions de coordination culpabilisent systématiquement le malheureux correcteur qui a la plus mauvaise moyenne parmi les examinateurs réunis dans chaque salle de réunion (il ne devrait pas y avoir de moyenne moins bonne ?), et les surveillants n’osent plus voir les téléphones portables lors des examens blancs de peur d’être désavoués par leur administration. C’est dire  que le travail scolaire est découragé au point qu’il est impossible d’orienter les élèves, et de transmettre notre culture, ce qui d’ailleurs ne semble plus importer au pouvoir administratif qui gouverne en fait l’Education Nationale !

       La fausse bienveillance institutionnalisée, qui consiste à valoriser tout ce que fait un enfant, et à l’« encourager » ainsi d’autant plus qu’il en fait moins, a éloigné une génération des réalités du monde du travail et développe chez elle une sorte de mentalité magique d’autant plus handicapante que la concurrence est aujourd’hui planétaire. Ponctualité et travail bien fait sont des atouts essentiels dans cette concurrence : la robe de mariée ne peut être fournie 8 jours après la noce … ni les avions des mois après la date prévue par contrat !  Dans les transports publics, autrefois si ponctuels, le respect de l’heure est devenu aléatoire, au  point qu’un dédommagement des voyageurs est prévu par les chemins de fer en fonction du temps de retard.     

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     Les conséquences de la dévalorisation scolaire du travail sont doubles : d’une part l’effondrement intellectuel de la France (à qui profite ce crime ?), d’autre part l’habitude de ne plus percevoir la valeur réelle du travail et de la confondre avec celle de « l’activité » : ce n’est plus le travail qui est une valeur, c’est « se bouger », comme on dit aujourd’hui ;  au nom de la « compréhension », n’importe quoi est considéré comme louable, témoignant du désir de bien faire, bref de « l’épanouissement ». Il y a là une infantilisation abusive de la pédagogie car  travailler implique une vue dans le temps qui fait défaut chez le très jeune enfant et caractérise son activité. La valeur travail ne peut s’accommoder de cette bienveillance anachronique qui engendre un laxisme étranger à notre culture, aussi l’école doit-elle poser des niveaux d’exigence accessible à chacun (et non à tous)  par son travail, comme ce fut le cas au long de l’histoire de notre civilisation. L’occident européen n’a pas bénéficié de ces largesses naturelles dont ont été pourvus certains pays d’Afrique par exemple ; notre civilisation, élaborée au cours de plus de trois millénaires, ne nous a valu la prospérité que le monde nous envie, que sur la base d’un travail opiniâtre et intelligent. Voilà M.M. les Ministres la valeur qu’il vous faut restaurer. Bon courage : nos ancêtres en avaient. Bourgeois, artisans, fonctionnaires, paysans, ils travaillaient, il n’y a pas longtemps encore, avec une conscience qu’on aimerait retrouver et d’abord dans la classe politique :  quelle commission peut rétablir le pouvoir du Parlement si les élus, soumis au chantage à l’investiture, acceptent de ne plus contrôler ni l’exécution du budget, ni les administrations, ce qui est leur travail !

 

Seule l’éducation enracine les valeurs                                                                        

       S’il veut vraiment restaurer la valeur travail, M. Bertrand devra s’assurer la collaboration du collègue de l’Education nationale car le travail n’aurait pas été une valeur pour nos aïeux s’il n’avait été considéré que du seul point de vue financier. Les récompenses financières ne suffisent pas à valoriser le travail d’autant qu’elles peuvent valoriser aussi bien d’autres choses ! Les décisions contradictoires de ceux qui occupent passagèrement les palais nationaux ne créent pas les valeurs d’un peuple : hier le politique enseignait qu’il était moral de partager le travail, aujourd’hui qu’il est bon de travailler plus pour gagner plus … tandis que « Bruxelles » subventionne l’inertie, sur une base politique souvent obscure ; aujourd’hui un ministère de l’emploi, hier un ministère du loisir créé au bénéfice d’un leader syndical …  Il est évident que ni le travail, ni aucune autre valeur ne peut être fondée sur les aléas du pouvoir politique ; seule, l’éducation peut enraciner des valeurs. Il ne faut pas confondre valeur et incitation ; seules les valeurs sont pérennes.

 

L’égalitarisme paresseux destructeur de nos valeurs

      Que le travail individuel profite économiquement à la nation comme le rappelle la lettre de mission, ce n’est pas un scoop : c’est une vérité élémentaire imposée par les faits, et particulièrement par l’échec de tout système socialiste, comme le prévoyait Pareto. Mais « travailler plus pour gagner plus » est d’abord  une de ces nombreuses manifestations de la liberté  personnelle qui permet d’être fier de soi et de donner très généralement un sens à sa vie individuelle et à l’avenir, familial et national. C’est la conscience du travail bien fait, et non la perspective seule du gain, qui doit être restaurée : si dans nos établissements publics l’élève doué ou celui qui simplement désire travailler se fait traiter de « fayot » par ses camarades, c’est bien parce qu’un égalitarisme paresseux affiche depuis longtemps son mépris de toute conscience professionnelle dont l’apprentissage doit se faire dès l’école.  La promotion sociale a été favorisée sous les IIIème et IVème Républiques par le respect des dons individuels et l’incitation à l’effort personnel, plus que par le goût du lucre : longtemps on a salué chez nous des réussites qui n’étaient pas celles de l’argent (Pasteur, Saint- Exupéry, Proust …)  L’égalitarisme paresseux a si bien cassé l’ascenseur social que, depuis 1968, il est difficile de savoir à quoi correspond le terme d’élite.    






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