RASSURER




Voilà plus de six mois que l'on entend la même comptine de nos pollitiques : "il faut rassurer les marchés". On sait que c'est en fonction de cet objectif qu' a oeuvré le Président Sarkozy pour convaincre les  partenaires de la zone euro de créer un fonds de solidarité en faveur des Etats qui ne pouvaient  - ou ne pourraient - plus emprunter qu'à des taux d'intéret prohibitifs qui aggraveraient encore leur très mauvaise situation financière. Peu importe semble-t-il que la France et l'Italie, deuxième et troisième puissances économiques de la zone, accroissent leur dette en participant à ce fonds!
Cette comptine "rassurer les marchés", si souvent répétée, nous a d'abord fait rire : les marchés seraient-ils des enfants qu'il faut rassurer? Mais dans un deuxième temps, ce refrain à dormir debout nous a paru suspect: les investisseurs seraient-ils si naïfs qu'ils aient pu prendre ainsi au  sérieux de manière hebdomadaire les engagements des politiques auxquels leur propre peuple ne croient plus? La mauvaise volonté dans dans le soutien de ce projet était évidente : signé le 21 juillet 2011, il n'était toujours pas concrètement constitué le 23 octobre. Et puis, comme le remarquait Paul Krugman dans le New York Times (supplèment au Figaro 16 IX 11), les "tenants de la morale" s'entêtaient à vouloir punir les cigales de la dette grecque alors qu'il eût été facile pour la BCE de la régler en créant de la monnaie comme la FED, banque centrale des USA, ne s'est pas gênée pour le faire afin d'éviter les faillites des banques et des assurances après la faillite de Lehman Brothers, la troisième banque des USA .
Mais la BCE est-elle vraiment la banque centrale des 17 pays de la zone euro ou la propriété de l'Allemagne dont Jean-Claude Trichet a suivi docilement les consignes, y compris en annonçant une augmentation des taux d'intérets évidemment à contre temps (Figaro économie 8 IV 11). Nous avions quelque espoir  en apprenant que le successeur de M.Trichet est un Italien car ses compatriotes ne sont pas réputés pour leur docilité aveugle. Hélas! ce financier nous vient de chez Goldman-Sachs, la grande banque américaine  qui - c'est de notoriété publique- a aidé le gouvernement grec à falsifier les comptes du pays pour remplir, apparemment, les conditions d'admission dans la zone euro.
Et d'un seul coup, lors du G20 réuni en novembre, nous voyons,  projeté à la tête du gouvernement grec, un autre financier qui occupait un poste de premier plan à la banque centrale grecque lors du passage de la drachme à l'euro... Un troisième financier, issu de la grande banque Goldman Sachs est appelé, dans la foulée en Italie pour succéder au judicieusement indocile M. Berlusconi : il y a longtemps que les affaires privées du chef du gouvernement italien nous paraissaient soulevées par la presse avec une obstination suspecte et nous pensions que dans ce domaine il était une cible un peu trop privilégiée: le silence assourdissant observé sur celles d'un de nos éminents compatriotes nous conforte dans ce jugement. Le chef du gouvernement italien conduisait la politique étrangère de son pays sans en référer à l'Organisation de Bruxelles et sa ministre anglaise des affaires étrangères, comme en témoigne la prise de participation italienne aux pétroles libyens dans l'intéret de son pays; il a également souligné l'incohérence de la politique d'immigration imposée par l'interprétation des "Droits de l'Homme" de l' Organisation de Bruxelles qui prétendait  faire assumer à l'Italie les conséquences migratoires des révolutions arabes. Bref, M. Berlusconi n'avait pas, vis à vis des dictats de l'Organisation de Bruxelles, la docilité des gouvernements français qui ont sacrifié l'essentiel de nos industries et immolent progressivement notre agriculture sur l'autel du libre échangisme.
Comme Maurice Allais nous nous gardons bien de confondre libéralisme et libre échangisme; celui-ci s'est introduit dans l'Union  Européenne, remarque-t-il, avec l'entrée de la Grande Bretagne, au début des années 70 (voir "La mondialisation, la destruction des emplois et de la croissance" p. 310 et p.453). Il nous reste encore un élément de création de richesse avec le nucléaire. Courage: les écologistes s'appliquent à en venir à bout par leur accord électoral avec les socialistes. Après "le printemps arabe" qui a perrmis d'abattre des dictateurs viellissants et qui, jusque là, paraissaient aux "occidentaux" d'honorables chefs d'Etat, va-t-on assiter à l'automne de l'Europe pour "rassurer" la finance anglo-saxonne?
                                                             
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Rassurer les marchés n'est pas la tâche d'un gouvernement démocratique; son devoir est de rassurer le peuple ou plutôt d'assurer sa sécurité et sa prospérité. Ce devoir est tellement oublié aujourd'hui que la décision de M. Papandréou de faire un référendum sur le plan de rigueur exigé par l'Organisation de Bruxelles (et le G20!) a été qualifié de "coup de poignard dans le dos", sans d'ailleurs préciser dans quel dos! On voit quelle conception ceux qui veulent être les dirigeants du monde se font de la démocratie.  Parachuter si rondement trois financiers liés aux USA dans la gouvernance européenne, dont deux au poste de Premier Ministre, confirme une remarque prêtée à M. Bernanke : une crise permet de réaliser des modifications qui eussent été impossibles autrement; nous y sommes! Le 5 novembre 2011 on pouvait lire dans le journal financier "Investir":  "Les investisseurs sont convaincus que Silvio Berlusconi n'est pas l'homme de la situation pour sortir le pays de la crise financière. Une démission du Premier ministre serait donc bien perçue". Et   sur Radio Classique le 18 XI 11 un économiste se félicitait  des changements de gouvernements obtenus "par les marchés": la démocratie serait-elle chose trop sérieuse pour demander l'avis du peuple? Quant à M.Papademos, il a fait ses  études aux Etats Unis et n'est revenu en Grèce qu'en 1985 pour y occuper d'importantes fonctions, il "était ainsi gouverneur de la Banque de Grèce (1994-2002) lorsque les irrégularités dans les comptes se sont aggravées"(Direct Matin 10 XI 11) "il sera un des acteurs du passage de la dracme à l'euro avant de devenir vice président de la banque centrale européenne de 2002 à 2010" nous apprend "Le Parisien" du 11 XI 11.
C'était quand même bien le moins que les Grecs aient leur mot à dire sur le plan de rigueur élaboré par un gouvernement démocratique: tandis qu'on les jette brutalement dans les pires difficultés de la vie quotidienne, la banque américaine qui a aidé leur gouvernement à maquiller les comptes pour satisfaire aux exigences de l'Organisation de Bruxelles touche les bénéfices de l'assurance qu'elle avait prise pour elle même contre le défaut de paiement de sonclient! elle a même précipité cet encaissement  qu'elle était bien placée pour prévoir, en faisant courir la rumeur fausse que la Chine avait refusé de prêter à la Grèce, au moment où celle-ci pouvait emprunter à un taux favorable. Ainsi le financier peut encaisser le fruit de sa malhonnêteté et profiter à titre de gage  de la privatisation des autos-routes, des aéroprts et du loto grecs!  (voir "L'arnaque" J. de Maillard éd. Folio actuel P.370 à 384) Telle est la justice mondialisée de nos oligarchies aujourd'hui réunies en Gx pour se substituer aux Etats.
                                                               
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Sur la lancée de ses succès Angela Merkel reprend son cheval de bataille de la réforme des traités européens et M. Sarkozy la rejoint écrit le Figaro économie du 25 XI 11. Il y a déjà un certtain temps que nous lisons des textes en ce sens de la part des européolâtres réclamant "plus d'Europe". Rien pourtant dans les résultats de l'Organisation de Bruxelles ne justifie de nouveaux abandons de souveraineté. Au contraire! aussi on constate que "L'Europe de l'Est n'est pas pressée d'adopter l'euro" (Figaro économie du 7 X 11), et on le comprend! surtout quand nous apprenons par exemple  que " Les géants asiatiques délocalisent en Pologne"  (Figaro 25 X 11) dont "la   monnaie, le zloty, est sous évaluée par rapport à l'euro" et dans le Figaro magazine du 28 X 11 on lit  qu'une forte majorité d'Espagnols " ne croit plus aux vertus protectrices de la monnaie européenne". Mais M. Fillon y croit!
 Cependant en matières économiques ce n'est pas la foi qui sauve, c'est une analyse réaliste des faits. Dans un article du New York Times, (supplément au Figaro du 25 XI 11) Paul Krugman en rappelle quelques uns qui font réfléchir: "le Japon est plus endetté que l'Italie mais le taux d'intérêt sur ses obligations à long terme n'est que d'environ 1% contre 7% pour Rome. Les perspectives budgétaires de la Grande Bretagne semblent pires que celles de l'Espagne mais Londres peut emprunter à un peu plus de 2% tandis que Madrid paie près de 6%". Ainsi "le facteur qui détermine les taux d'intérêt n'est pas le niveau de la dette publique mais le fait de savoir si la monnaie dans laquelle un gouvernement emprunte est la sienne." Effectivement l'euro soumis aux conditions imposées par l'Allemagne est sa monnaie, pas celle des pays de l'arc méditerranéen.                    
Il en résulte, continue l'économiste, qu' "en adoptant l'euro, l'Espagne et l'Italie se sont réduits au statut des pays du Tiers-monde obligés d'emprunter en devises étrangères" qui ne peuvent bien évidemment s'adapter à l'économie du pays en question. Rigueur budgétaire ou non, ça ne peut pas fonctionner correctement. Le cas de la Grèce est emblématique: en entrant dans la zone euro, elle acceptait une monnaie trop forte pour conserver l'avantage que lui donnait la drachme sur le plan touristique, un des points forts de son économie; on l'a bien vu lorsqu'on a appris que nos ministres avaient pris leurs vacances de l'autre coté de la Méditerranée où le change est favorable aux porteurs d'euros. 
En acceptant des plans de rigueur, on s'aligne sur ce qu'a fait l'Allemagne lors de sa réunification, la monnaie de cacahouète de l'Est a été considérée comme égale à la monnaie de l'Allemagne de l'Ouest:on ne doit pas se sentir obligé par ce scénario accepté par les voisins de l'Allemagne et très mal vécu par les Allemand de l'Ouest qui subissaient de ce fait un plan de rigueur. La publicité faite aujourd'hui aux plans de rigueur est tout à fait absurde et nuisible: la croissance, et donc l'emploi, ne sont jamais sortis de plan de rigueur, surtout dans un pays comme la  France qui n'exporte pas ainsi que l'a dit un de nos ministres - sans doute parce que les multinationales d'origine française sont, comme les autres qui utilisent les paradis fiscaux, exonérées des contraintes drastiques de la législation française.  
Dans un article intitulé "Economie: les technocrates ont tout faux" Paul Krugman parle moins des technocrates que des idéologues qui ont repris les idées de Jean Monnet (1888-1979) et se sont efforcés de les réaliser, "rêve d'une Europe unie que l'élite du continent trouvait tellement séduisante qu'elle n'a retenu aucune objection pratique" (New-York Times supplément au Figaro du 25 XI 11); cette remarque caractérise bien la partie "Mémoires" de Jacques Delors consacrée à la mise en place de la monnaie unique: il se montre très satisfait du "Paquet Delors" sensé conduire la Grèce au niveau de l'économie allemande, alors qu'elles sont si dissemblables... Président de la Commission Européenne, il voit fort lucidement l'attitude des Etats européens: l'Angleterre et son refus de s'arrimer au continent; elle n'entre dans l'Union Européenne que pour accéder à son marché mais en refuse la politique agricole commune (la PAC)  contraire aux intérêts du Common Wealth, et lésant sans hésiter l'agriculture française. Il voit bien'Allemagne obnubilée par le souci de préserver samonnaie... Déjà! Observations judicieuses qui valent toujours et dont il n'a pas tenu compte.
  Depuis plus d'un siècle de démocratie , les partis politiques français s'accrochent à des idéologies et ce souci de paraître avoir des idées les conduit à ne jamais être pragmatiques:ils sont sensés préparer un avenir inexorable qu'il vaut mieux s'efforcer d'accélérer: l'idéologie européiste a ainsi succédé au communisme et au socialisme sans qu'ils aient jamais tiré de leçon des démentis de l'Histoire. C'est d'ailleurs ainsi qu'ils continuent d'utiliser le même vocabulaire pour flétrir leurs adversaires que le vocabulaire soviétique d'URSS: passéistes, nationaliste frileux, voire égoisme nationaliste (voir Henri Bogdan "L'histoire des peuples de l'ex l'URSS" éd. Poche) Parce que Jean Monnet analysant la forte situation des USA estime que l'Europe pourrait avoir la même si elle réalise son union politique, on s'est efforcé de nous obliger à réaliser cet objectif à travers le succès proclamé préventivement de l'euro et, aujourd'hui, à travers ses crises. Or, remarque Paul Ktugman," à l'inverse des Etats américains, les Européens n'appartenaient pas à une seule nation, avec un budget fédéral et un marché du travail uni par une langue commune": on est loin de ce contexte en Europe  et l'esprit même de la réforme prévue porte indubitablement la marque de l'Allemagne: droit de surveillance des Etats sous l'égide de l'Organisation de Bruxelles et sanctions si nécessaire.
Vue simple et même simpliste de la réalité et peu séduisante! "Un père Fouettard à la commission"titre le Figaro magazine (28 X 11) "Le Premier ministre néerlandais n'en démord pas: l'U.E. doit se doter d'un commissaire à la discipline budgétaire chargé de veiller à ce que les Etats qui utilisent l'euro respectent les critères financiers contenus dans les textes" Certes il est normal de respecter ses engagements, encore faut-il se demander d'abord s'ils sont raisonnables : les critères valables pour une nation et pas pour toutes les autre ne sont pas raisonnables. Bien que n'appartenant pas à la zone euro il y a rébellion des eurosceptiques dans la majorité de Cameron, contre sa politique européenne et le Premier ministre " a été contraint de promettre aux mutinés que dans le cadre du futur traité européen exigé par l'Allemagne, Londres récupèrerait des pouvoirs qui étaient dévolus à Bruxelles". On voit bien cette constance de l'Histoire quand bien même on prétend la forcer, ainsi que le voit Paul Krugman: la différence est considérable entre les USA et l'Europe qui ne s'est pas fondée récemment  et dont on ne peut gommer artificiellement l'existence des nations très diverses, sans langues ni législations communes, qui n'ont aucune raison d'accepter d'être dominées par les exigences de l'une d'elle si ce n'est une association tardive, à base idéologique très conjoncturelle et donc fragile.   
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Il y a cepeendant un autre aspect de la situation difficile à élucider qui n'est pas idéologique, c'est l'aspect financier. Il est grave que les transactions internationales  en 2008 aient "représenté 676.000 milliards de dollars, c'est seize fois plus que le PIB mondial, cette année là de 43.000 milliards de dollars" explique Pascal de Lima au Cabinet Altran ( La Croix 26 X 11) la journaliste, Marie Dancer, d'ajouter: "une partie de ces transactions est strictement réglementée -c'est le cas des obligations d'Etat. Mais 90% du total demeurent opaques et échappent ainsi à tout contrôle. Source: Banque des règlements internationaux, la banque centrale des banques centrales". Si nos banques nationales sont aujourd'hui en difficulté et perdent de la valeur sur le marché c'est à cause des obligations d'Etat qu'elles sont forcées de prendre, donc à cause du secteur non opaque  de la finance mondiale. On ne peut s'empêcher de penser que leurs difficultés actuelles sont susceptibles de faire l'affaire de ceux qui détiennent des fonds opaques quelque peu erratiques, prêts à se poser dans des banques fiables: la faillite de Lehman Brothers n'a pas fait pleurer ses concurentes qui ont pu en récupérer les dépouilles...On peut se féliciter que Bercy traque la fraude fiscale pour récupérer quelques milliards d'euro mais qu'est-ce que cela signifie quand la finance mondiale représente seize fois le PIB mondial c'est-à-dire l'économie réelle? Et réclamant une discipline budgétaire dans le cadre de 10% de la circulation financière mondiale non opaque, on ne règle en rien le problème que les 90% opaques représentent. La vision idéologique européenne est prise dans un contexte qui, lui, n'est pas idéologique. Quelle influence cela peut-il avoir sur notre situation? 

   


Novembre 2011




 
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