Le 15 janvier 2010

QUELLE NATION REPRESENTE-T-IL?



 
       Aucune, si on en croit M. Besson donnant récemment les conclusions préétablies du débat sur l’identité :
« La France n’est ni un peuple, ni une langue, ni un territoire, ni une religion, c’est un conglomérat de peuples qui veulent vivre ensemble. Il n’y a pas de Français de souche, il n’y a qu’une France du métissage ». Citant ces paroles, Ivan Rioufol s’interroge dans son bloc-notes du Figaro (8 I 10) : le ministre « est-il certain d’avoir bien entendu les Français et de parler en leur nom ? » questions qui ne se posent évidemment pas pour M. Besson : la France n’étant pas un peuple, comment pourrait-il l’entendre ? Ministre de l’immigration (en avons-nous besoin ?), à la différence des immigrés, il ne sait pas qu’il y a un territoire de la France…
       Si la France n’est pas un peuple, que signifient les réclamation de « régularisation » c’est-à-dire de cartes d’identité françaises, par les associations prétendues caritatives ? Nous ne sommes pas contre les régularisations, mais c’est évidemment au pays d’origine de les faire car c’est à lui de dire l’identité exacte de ses ressortissants. Il est anormal qu’un jury d’assises soit appelé à juger « X. soi disant Djamel H.  né le… à B…  (nom d’une ville ou d’un village africain)». Aucune justice ne peut être rendue sérieusement dans de telles conditions car cet homme qui s’est fait prendre pour une faute assez lourde pour relever des assises, peut en avoir commis bien d’autres : le profil d’ « identité » que nous venons de tracer est sûrement idéal pour la mafia. Peut-on encore considérer en acceptant de telles « identités » que notre pays est un état de droit ?    
 
       Ce que M. Besson décrit c’est la France désirée par le mondialisme financier dont les vedettes médiatisées chez nous participent pour leur plus grand profit ; aussi y vont-elles de leur déclarations indignées, généreuses et rentables, en faveur de « clandestins » bien installés sous les feux de la rampe.
       Si M. Besson est sincère – ce n’est hélas pas impossible – il témoigne d’une ignorance aussi grave des immigrés que des Français et se déconsidère autant auprès des uns que des autres : ignorerait-il que les Berbères ont défilé, il n’y a pas si longtemps au cri de « l’Algérie n’est pas Arabe » (il n’est d’ailleurs qu’à regarder une carte !) ; ils ont accepté l’Islam, pas les Arabes en qui ils voient des envahisseurs. Un de mes élèves maghrébins me disait fièrement « Dans mon village nous avons tous les yeux bleus » : quelle considération peut-il avoir pour ce ministre qui croit lui plaire en parlant de « France du métissage » ?

       M. Besson semble avoir fait sa culture historique et anthropologique dans les déclarations médiatisées de Coluche. Il eût été bien inspiré de faire montre d’esprit critique par rapport à ses sources. M. Pierre Lassieur dans son étude « L’immigration de Jules César à nos jours » précise dès le premier chapitre les vagues successives d’immigration. La première série est celle des grandes invasions connues dès l’époque de l’Empire Romain et il nous indique qu’elles se concluent ainsi : « La Gaule est devenue la France, et les Balkans une poudrière » et, ajouterons-nous, le sont encore comme en témoigne la malencontreuse guerre du Kosovo.
« L’immigration provoquée par la dépopulation liée à la peste et à le guerre de Cent ans est la seule de quelque importance entre l’an mil (fin des grandes invasions) et le 19ème siècle soit durant neuf cents ans » (p.24)
       Raconter que la France est « un conglomérat de peuples qui veulent vivre ensemble » c’est montrer d’abord qu’on ne connaît rien aux banlieues dites « sensibles » ( ?) car bien des Français (et pas mal d’autres !) aimeraient bien ne pas y vivre ; c’est ensuite parler de manière incohérente car s’il n’y a pas de peuples, comment pourraient-ils vouloir vivre ensemble ? A moins que la France seule ne soit pas un peuple, mais alors pourquoi un gouvernement français, un Président de la République française, une justice rendue au nom de Peuple Français ? Si la France n’est pas un peuple nous n’avons aucun contrat social avec le pouvoir sensé nous représenter : il ne représente donc rien. Il s’agirait simplement d’un pouvoir assis sur la force.

       Le discours tenu par M. Besson à la Courneuve a tout du discours électoraliste dont on sait qu’il s’efforce de caresser l’électeur dans le sens du poil. Hélas ! Quelle méconnaissance de son public ! Un tel discours n’a pu que faire rigoler ceux à qui il s’adresse et qui n’ont pu y voir que la pusillanimité démagogique de ceux qui sont chargés d’exercer le pouvoir dans cette France qui n’aurait « ni peuple, ni langue, ni territoire, ni religion » : on pousse difficilement plus loin la négation de la réalité française. Une telle attitude d’un représentant du pouvoir, officiellement français, est une invitation aux pires surenchères et c’est là que la responsabilité du Ministre est grave : ce n’est pas en dévalorisant l’image de notre pays qu’il incitera à l’assimilation. Bien au contraire : il présente et représente la France comme un pays abdiquant sa personnalité, un pays où on peut faire n’importe quoi, y compris des réveillons à incendies de voitures. De tels discours ne peuvent que favoriser le développement de la voyoucratie. Alger se plaint des « bi nationaux » et ça ne nous étonne pas : le laxisme supposé assimilateur ne produit que des marginaux de toute civilisation. Un professeur qui parle à une classe de Seine-St Denis comme fait M. Besson n’a aucune chance de tenir sa classe : on ne cherche à s’assimiler qu’à ce qu’on estime.

       Nous avons accordé l’hypothèse de la bonne foi à M. Besson parce que, dans son discours, nous avons reconnu l’anthropologie de la philosophie française des Lumières : cette anthropologie, issue d’un cartésianisme caricaturé qui nierait les différences culturelles, est fausse ; c’est une anthropologie constructiviste des salons bourgeois de la noblesse de robe au 18ème siècle ; elle se distrayait en réfléchissant sur ce qu’elle connaissait : la France ou plutôt certains milieux huppés français, l’Angleterre qu’elle croyait connaître, rien du reste du monde dont la connaissance a permis de créer l’ethnologie et a renouvelé l’anthropologie. Il serait temps que la France des droits de l’homme s’instruise, sauf à vouloir servir de marche- pied à la mondialisation financière qui ignore l’existence des cultures, étant préoccupée d’une toute autre richesse… même si certains dans notre super classe politique sont désireux d’intégrer la super classe mondiale dont Samuel P. Huntington nous dit qu’elle recrute au
point de devoir doubler entre 2000 et 2010.   
                                                                   

                                                           
      
       


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