POLITIQUE  BUDGETAIRE


Le citoyen qui veut s’informer sur la gestion des finances de la France se trouve évidemment devant un maquis d’impôts, de taxes frappant les uns, épargnant les autres, mais aussi de dégrèvements voire de subventions à telle ou telle catégorie de la population. Pourtant, si on le regarde de près, le système français actuel de gestion, dans son principe, est assez simple. L’examen de ce qui se passe pour la taxe professionnelle est emblématique : il est question de supprimer cette taxe dont le produit est dévolu aux régions ; il ne fallait pas moins qu’une commission de sages pour résoudre ce problème de quadrature du cercle. En effet cette taxe  frappe de grandes entreprises « à forte intensité capitalistique… signal négatif en terme d’attractivité », ce qui est évidemment fâcheux quand on prétend attirer des entreprises pour lutter contre le chômage !... comment « réduire significativement les cotisations à la charge des sociétés industrielles … aujourd’hui redevables de la moitié de la T.P. alors que ce secteur ne représente qu’un tiers de la valeur ajoutée de l’économie française »  : si on veut la supprimer ou la diminuer, en gardant le produit qu’elle rapporte ( !), il faut donc la reporter (en changeant de nom de préférence ?) sur d’autres ; d’où les 11 scénarios de « Bercy » qui montrent que les onze solutions sont toutes catastrophiques pour les entreprises et, de ce fait, pour l’emploi. Fallait-il vraiment soumettre le problème aux ordinateurs pour savoir que toute charge supplémentaire imposée aux entreprises aurait ce résultat ?

Il y a un scénario que « Bercy » n’a pas mis à l’épreuve et que suggère Pierre Méhaignerie (Figaro du 18 X 04) en présentant une alternative que le gouvernement n’envisage pas : « qui paiera à la place des industriels ou dans quelles dépenses publiques tailler ? »  « That is the question » dirait Shakespeare, mais qui, au gouvernement et dans les régions, veut tailler dans les dépenses publiques ? C’est pourtant le scénario qui aurait l’agrément des contribuables qui voient se multiplier les dépenses au niveau national et en région où chaque ville de quelque importance encombre la circulation avec des travaux de tramway dont la nécessité n’est pas évidente. 

  
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Certes, il vrai que la taxe professionnelle finance les régions qui héritent de charges dont l’Etat s’est débarrassé au nom de la régionalisation. On devrait avoir au moins l’équivalent en baisse dans les impôts nationaux ; or il n’en est rien : les impôts locaux augmentent, les impôts nationaux et les charges (C.S.G. C.R.D.S. et assurances) ne baissent pas. Il est évident que ceux qui disposent des impôts ne veulent pas en voir baisser la manne ; dans ces conditions aucun impôt ne peut disparaître, ce qui est examiné c’est seulement une nouvelle répartition  « moins injuste », c'est-à-dire moins  calamiteuse ou … moins voyante.

En période de chômage, la taxe professionnelle est d’une particulière bêtise puisqu’elle frappe l’investissement. Créée en 1975, sous un gouvernement Chirac, elle a donc été modifiée à différentes reprises pour ne pas trop pénaliser l’investissement (1979) et l’emploi (en 1982 la part des salaires utilisée dans le calcul de la base est réduite d’environ 20% et leur prise en compte annulée en 1999). Ainsi notre Etat gestionnaire qui prétend créer des mesures incitatives à l’emploi est constamment contraint de défaire d’autres mesures qu’il a prises, peut être même dans un but annoncé identique ; cela ne témoigne pas de sa capacité de gérer le long terme, mais en revanche handicape sérieusement les entreprises qui doivent, elles, intégrer dans leur gestion les données fiscales chaotiques. Par exemple, ayant investi un million d’euros pour doubler la taille de son usine en 2002, un industriel voit passer sa taxe professionnelle de 25.000 euros en 2002 à 57.500 euros en 2004. « Pour une P.M.E. de 40 personnes et 3,7 millions de chiffre d’affaire, c’est beaucoup » dit le chef d’entreprise (Figaro Entreprise 12 I 04) et de remarquer que si la taxe professionnelle disparaît «  c’est de la marge et du bénéfice en plus. L’Etat va récupérer ce qu’il perd avec l’impôt sur les sociétés ».         

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Pourquoi un système qui semblait avoir fonctionné pendant longtemps est-il en train de s’enrayer ? Si les entreprises acceptaient charges sur charges sans trop rechigner, c’est qu’elles pouvaient les inclure dans leurs prix : en définitive c’était le client qui payait à l’intérieur des frontières, et les dévaluations du franc accroissaient leur compétitivité à l’extérieur. Actuellement les industries françaises n’étant plus protégées à l’intérieur, puisque les frontières ont disparu, elles ne peuvent plus réagir avec bonhomie ! Elles doivent s’adapter aux frontières quasi inexistantes de l’Europe et l’un des procédés est effectivement la délocalisation ; la dévaluation n’est pas non plus à la portée d’un gouvernement lié à l’euro et qui ne dispose plus de la possibilité de dévaluer.

Ce qui est remarquable c’est le retard de la réflexion dans la classe politique par rapport aux industriels : le chef du groupe l’U.M.P. annonçait, à la fin de la session parlementaire du printemps 2004, que son parti allait réunir une commission sur les délocalisations : visiblement cette conséquence du traité de Maastricht est longtemps passée inaperçue dans la classe politique qui nous dirige. Seul, peut-être, F. Mitterand eut une vue à plus long terme sur les conséquences de sa politique : si l’on en croit M. Delors (Mémoires p.163, Plon éditeur), il voyait dans l’euro le seul moyen d’éviter de liquider l’or de la banque de France pour défendre le franc.

En effet cette fuite dans l’euro a évité de nouvelles dévaluations :n’y en a-t-il pas eu trois dans les trois années pendant lesquelles M.Delors a été ministre des finances du premier gouvernement de M. Mitterand ; cela n’a pas réveillé la classe politique qui continue son système d’imposition comme si notre économie, elle, continuait d’être protégée par des frontières : c’est ainsi qu’elle croit à une politique fiscale d’incitation au retour des entreprises délocalisées ; dans quel impôt nouveau, dans quel nouvel emprunt prendra-t-on l’argent nécessaire à ce retour ? Quelle confiance peut inspirer à des entrepreneurs une législation instable, modifiée contre vents et promesses ?


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Comme on le voit nos gouvernants restent prisonniers de vieux schémas, n’ayant pas réussi à intégrer mentalement les évolutions qu’ils ont eux-mêmes initiées. Il y a quelque chose de surréaliste dans ce qu’il est convenu d’appeler « le dialogue social » : gouvernement et syndicats discutent entre eux comme si les frontières protégeaient encore les emplois et les « acquis sociaux » dans notre pays ; les uns et les autres ont pourtant été délocalisés depuis longtemps et la France, dans ces domaines, est à la pointe de cette délocalisation mondiale qu’on appelle immigration. Pourtant le gouvernement continue de privilégier le dialogue avec les syndicats dits « représentatifs » (8,5% des salariés !). En pleine mondialisation, ce sont nos deux grands monopoles nationaux qui décident de notre avenir : le monopole de fait des partis dits de gouvernement et le monopole syndical légalement créé dans l’immédiat après-guerre : l’un, s’inclinant devant l’autre, légifère sur les charges que nous devrons supporter, particuliers et entreprises privées, puisque les entreprises publiques sont accablées d’emprunt ou de déficit bien qu’elles n’aient pas provisionné les retraites de leurs salariés. C’est ainsi, comme l’écrit le Figaro Economie (18 X 04), que sur les « plans sociaux, Raffarin cède pour se rallier aux     
syndicats ». Cette obstination politique peut-elle même raisonnablement permettre de provisionner les retraites du secteur public ? Qui donc a peint le tandem de l’aveugle et du paralytique ?

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