POUVOIR   DE  L' ETAT  ET  POUVOIR   DES  BANQUES
 




LA SPECULATION SUR LES SALAIRES


Les délocalisations ne sont pas vraiment une nouveauté : c'est depuis longtemps déjà un procédé d'exportation. Mais l'esprit et les méthodes aujourd'hui en ont changé : avec le mondialisme activé par les spéculateurs, la délocalisation est devenue un moyen de faire baisser le coût du travail, en mettant les pays industrialisés en concurrence salariale avec ceux qui ne le sont pas, ont un niveau de vie inférieur et pas de protection sociale; nécessairement le travail y est payé à un prix très inférieur. Lors de ses voeux aux lecteurs du Figaro, le 3 janvier 2011, Serge Dassault - dont la famille est propriétaire du journal - donne un exemple clair : un salaire de 1500 euros en France correspond, pour le même travail, à un salaire de 150 euros en Chine. Et, bien sûr, si vos concurrents délocalisent, vous ne pouvez plus soutenir la différence et vous êtes obligé de faire de même. Dans ces conditions on voit bien que le slogan "travaillez plus pour gagner plus" n'a guère de sens pour les entreprises qui exportent. Les pays industrialisés ont perdu ainsi des millions d'emplois aux Etats-Unis et en Europe. Les chefs d'Etats et de gouvernement en sont totalement responsables.

Avec les délocalisations les financiers gagnent ... et laissent à la charge de l'Etat, et donc du contribuable, les problèmes sociaux posés par le chômage. A moins qu"ils  soient vraiment ignorants des réalités économiques, ce qui à un certain niveau est  peu vraisemblable, au lieu de dénoncer clairement cette situation et de chercher à y remédier comme il est de leur devoir, les politiques inventent des excuses conjoncturelles et des législations sociales de "partage du travail" et d'aides à l'emploi qui n'enraillent pas la pénurie d'emplois  créateurs de richesses ni le déclin de la nation. 
On comprend mieux la cruelle réalité du mondialisme. Maurice Allais se dit  favorable à l'Union des pays d'Europe à condition qu'elle pratique la préférence communautaire et maintienne des frontières qui la protègent de la concurrence des pays à bas salaires, ce que font la Chine, et les Etats-Unis dans une certaine mesure.
 Notre prix Nobel d'économie distingue  nettement libéralisme et libre-échangisme. Or il constate que l'Organisation de Bruxelles a évolué avec l'adhésion de l'Angleterre en 1973: c'est le libre échangisme qui a tué, entre autres, nos industries textiles, avec des importations massives chinoises. Paradoxalement d'ailleurs l'Organisation de Bruxelles a continué à pratiquer l'interdiction de "position dominante" à l'intérieur de l'Europe, ce qui nous a fait perdre Pechiney, un des fleurons de notre industrie.


LES POLITIQUES FACE A LA REALITE DE LA SPECULATION

Aujourd'hui, après avoir accepté cette politique suicidaire, nos "décideurs" s'émeuvent des attaques contre la zone euro : obnubilés par le réchauffement climatique éventuel pour 2050, ils n'avaient rien vu venir pour le début des années 2000 malgré la pléthore de leurs merveilleux experts nationaux et internationaux! Ils n'avaient pas conscience de la crise de la dette sur laquelle Maurice Allais les avait pourtant vigoureusement alertés, et qui se propage dans la zone euro. On n'avait pas prévu non plus l'action dévastatrice possible des agences de notation : lorsqu'elles baissent la note d'un Etat, le taux des emprunts de cet Etat augmente de sorte que, s'il est en difficultés, celles-ci s'aggravent. La Grèce en a déjà été victime, et comme par hasard, du fait de la banque Goldman-Sachs qui l'avait aidée à maquiller ses comptes, puis en avril 2011 par un mail de Citigroup.(Figaro 22 TV II)
Que sont ces agences? Sont-elles si indépendantes des banques qu'on veut bien le dire? Jean de Maillard nous dit qu'elles sont payées par les banques à la commission et seulement si l'opération est réalisée; "elles font la pluie et le beau temps sur les marchés financiers (...) la structuration des produits dérivés dépend entièrement de la façon dont ces produits sont notés. A tel point que les banques sollicitent les agences de notation comme "conseil" lors de la structuration de leurs titres, juste avant que les mêmes agences qui ont participé à leur élaboration ne leur attribuent une note" (voir "L'arnaque" p. 213 à 216 ).
 Les produits dérivés sont effectivement destinés à prévoir statistiquement  les risques que fait courir la mondialisation aux spéculateurs et à les prévenir d'où cette variété de contrats : le risque rapporte beaucoup ... à condition de savoir abandonner à temps la position risquée. Le risque doit "à la fois être le plus important possible, car c'est lui qui rénumère le banqier, et ne jamais se réaliser, sans quoi le banquier perd sa fortune (...)  dans le système qui a vu le jour au détour des années 1980 , le risque doit toujours être là, il doit y être même de plus en plus, car plus il menace, plus il rapporte" (ibidem p.105). Les produits dérivés sont conçus pour déjouer les risques tout en en profitant financièrement, en se dégageant d'une position risquée, et en passant d'un contrat (sawp) à l'autre, au fil des perspectives que laisse prévoir l'information sur les marchés. Ce sont bien des joueurs de casino qui mènent ainsi l'économie mondiale, mais ils sont trop puissants pour qu'on se permette de parler d'adiction! et l'emploi de millions de gens en dépend!
Ainsi les agences de notation peuvent rendre de grands services aux spéculateurs ... y compris en précipitant les situations difficiles de ceux qu'elles notent, ce qui fait monter le prix des assurances risques (CDS) de même que les taux d'intérêts des emprunts de ceux qu'elles stigmatisent. Si elles aboutissent à une faillite, il y aura des bénéficiaires pour rafler les restes. Leur notation peut ainsi être la corde au cou des entrerprises ou même des Etats  dont les banques prêteuses espèrent devenir les héritières, en  réclamant de se payer sur leurs biens par le biais de privatisations.
"Bruxelles veut museler les agences de notation" peut-on lire (Figaro économie 12 VII 2011) : prise de conscience tardive! Le Parlement européen (Figaro 7 VII 11) veut encadrer les ventes à découvert et a voté l'interdiction de CDS "à nu", c'est-à-dire sans détenir le titre d'Etat sous-jacent (de la même manière qu'on pouvait vendre les hypothèques titrisées des subprimes!). De plus  "les autorités financières internationales s'apprêtent à créer des catégories de banques soumises à de fortes contraintes de sécurité" et "l'appartenance à telle ou telle catégorie déterminera le matelas de capitaux dont chacune devra se prévaloir" (Figaro 24 VI 2011). Que vaudront ces mesures ? La première mesure n'est peut-être pas réaliste, internet permettant d'acheter hors d'Europe, voire dans les "paradis fiscaux, réglementaires et juridiques" tous les CDS que l'on veut. Classer les banque en catégories assurant que certaines aient des fonds propres à suffisance ne nous garantit peut-être pas tellement non plus : quand on sait que la première banque américaine ne serait pas dans la première catégorie, on peut craindre que celle-ci soit simplement pénalisante car c'est bien la liberté prise par les banques qui leur a permis de s'enrichir considérablement : les banques de catégorie A ne risquent-elles pas de disparaître purement et simplement ou de se provincialiser tandis que les autres conserveront cette liberté de mouvement qui leur a si bien réussi  en leur ouvrant une mondialisation incontrôlable? Les règles des fameuses "autorités financières internationales" réunies à Bâle peuvent ne pas être acceptées par l'un ou l'autre pays : il n'est pas sûr que les Etats-Unis accepteront Bâle III. 


LE RAPPORT BANQUE-ETAT

Nous assistons en fait à un renversement de situation du rapport entre les banques et l'Etat : lorsque les banques font ou risquent de faire faillite, l'Etat vole à leur secours et les renfloue pour ne pas paralyser l'activité économique; lorsque les banques sont prospères, elles font noter les Etats par les agences de notation. Ainsi, en l'absence de référence à l'étalon or, les Etats se trouvent soumis à une autre référence, instaurée par les banques, celles des agences de notation. De ces faillites annoncées comme possibles, (et les rumeurs rapportent!) les banques espèrent, bien entendu, recueillir les richesses comme on le voit pour la Grèce: elles comptent bien faire leur marché dans leurs dépouilles... Et les agences de notation auront leur commission?
Il est bien possible que lorsque le Président Nixon a décorrélé le dollar de la valeur or, il ne pouvait faire autrement, la FED ayant déjà émis trop de dollars pour pouvoir les rembouser en or le cas échéant (rappelons que c'était l'époque de "la guerre froide" qui a coûté cher aux Etats-Unis). Mais, sans ce décrochage entre le dollar et l'or, les banques n'auraient pas pu faire des dollars ex nihilo : l'Etat n'aurait pu l'admettre. La pratique de la titrisation des "subprimes", et autres crédits consentis à des gens insolvables et diffusés dans le monde en les titrisant  est une des formes de la mondialisation : eût-elle été acceptée par l'Etat s'il avait conservé la discipline qu'implique la référence de la monnaie à un étalon? Mais les choses s'étaient déjà gâtées : Jean de Maillard remarque que, si l'immobilier a été ainsi dangereusement favorisé, c'est en tant qu'activité fermement installée sur le territoire national, car les délocalisations des industries ayant déjà produit un chômage important, et les nouvelles technologies n'employant que 4% de la main d'oeuvre, le bâtiment seul a permis de créer des emplois sur place. En somme c'était la politique sociale des Etats-Unis pour répondre au problème du chômage créé par les délocalisations, au point que des fraudes considérables ont été tolérées comme en témoignent les exemples donnés par J. de Maillard. Les nouveaux propriétaires ont été encouragés à emprunter sur l'hypothèque de leur maison qui ne cessait d'être valorisée comme l'ensemble de l'immobilier ...jusqu'à ce que la bulle immobilière éclate et les mette à la rue.


LA GOUVERNANCE MEDIATIQUE


La puissance financière n'a pas d'obligation envers les citoyens. Elle ignore même cette notion de citoyen : de l'Etat, elle ne reconnaît que la valeur de sa monnaie et celle de ses richesses si elle peut en tirer parti;  l'Etat lui est un moyen d'obtenir des législations favorables à ses desseins, comme il l'est pour tout groupe de pression à cela près que c'est un groupe de pression qui a investi dans les média et donc qui joue un rôle considérable pour influencer l'opinion. Par exemple le surgissement soudain des discussions sur le réchauffement climatique donne lieu à des législations sur l'économie d'énergie qui est source de dépenses pour les consommateurs, et donc créent des emplois dans de nouveaux secteurs comme celui des éoliennes : on fournit ainsi des emplois par investissement interne; si la nouvelle orientation n'est pas valable, les banques n'y perdront rien : c'est le consommateur et le contribuable qui en feront les frais. Le présupposé du réchauffement climatique donne d'ailleurs lieu à une bourse où se paient et s'échangent, dans les pays tempérés, des droits d'émettre du CO2. Ainsi nos entreprises-sont elles pénalisées tandis que les pays les plus pollueurs s'exonérent de tels droits : sauver la planète est-ce vraiment l'idée et fera-t-il moins chaud à Catamarca (Argentine 47° en 2009. Figaro 2 IV 10) parce que l'Europe dégagera moins de CO2? 

 Il est évident que pour influencer ainsi l'opinion il faut s'être assuré du concours du personnel politique à servir cette gouvernance financière mondiale  mais, étant donnée l'importance des medias dans le système électoral, ce n'est pas trop difficile. Aujourd'hui d'ailleurs le personnel politique est devenu très différent de ce qu'il a été : élus et ministres, chef d'Etat même font plus figure de vedettes de spectacle que d'hommes d'Etat. Entre les hommes politiques s'instaure une véritable course aux "feux de la rampe". Et plus ils sont haut dans la hiérarchie, plus ils ont d'espoir d'être sélectionnés dans la sphère de gouvernance mondialiste, ce qui est une belle promotion de carrière! Avec de tels espoirs la gouvernance financière mondiale ne peut être gênée: elle fabrique médiatiquement les hommes politiques, ils disparaissent dès qu'elle ne les soutient plus. Est-ce à dire que notre époque n'est plus celle des hommes d'Etat? La Turquie, à notre connaissance, dément une telle assertion : si le parti du premier Ministre s'y maintient pour la troisième fois aux législatives, avec une quasi majorité absolue c'est parce que le peuple turc se reconnaît en lui  et que son niveau de vie augmente : plus de 8% de croissance en 2011. Nous sommes loin du compte en France depuis trois décennies au moins. Et les images répétées de nos élus sur les écrans ne peuvent nous le faire oublier! 


MONDIALISME ET DEMOCRATIE 


Notre feuille d'impôt relève de l'Etat mais nous ne savons pas vraiment comment nos impôts sont dépensés. Le numéro hors série "Le livre Noir de l'Europe"(décembre 2009) publié par "Contribuables associés" ne confirme pas la modestie que Michel Barnier (Figaro Débats 7 VII 11) attribue au train de vie de l'Organisation de Bruxelles et l'on peut s'inquiéter que quelques 3000 groupes d'influence (lobbies) soient installés à demeure auprès d'elle. Des échelons au dessus, celui de l'ONU et des multiples organisations mondialistes, UNESCO, OCDE,FMI, etc, nous savons peu de leur financement ni de la manière dont elles sélectionnent leur personnel bien qu'elles prétendent s'ingérer dans l'organisation de notre existence, sans compter quantité d'organisations "non gouvernementales" (ONG), dont nous soupçonnons qu'elles ne vivent pas de l'air du temps. Or dans le mondialisme elles sont très actives comme l'a remarqué Huntington ("Qui sommes-nous" ) et comme nous avons pu l'apprendre par la presse lorsqu'elles ont manifesté leur déception après le sommet de Copenhage, les financements espérés ayant été balayés par la crise.

Quel est aujourd'hui le rapport entre l'homme et le pouvoir? Nous sommes dans une situation étrange avec un Etat qui n'est plus protecteur de la Nation comme il est normal dans les sociétés issues de la tradition gréco-latine, mais qui demeure cependant percepteur et législateur et prétend même orienter les moeurs. Si nos moeurs ne conviennent pas à nos élus, peuvent-ils nous représenter? Représentent-ils  leurs concitoyens ou l'Organisation financière mondiale? Ils glissent indûment du pouvoir de gouvernement national régi par le contrat social à la gouvernance mondiale auto-proclamée par les financiers à laquelle ils livrent les peuples.
La question de l'immigration sur ce point est à considérer. L'Europe, nous dit Maurice Allais est un continent surpeuplé qui n'a pas besoin de travailleurs immigrés et, ajouterons-nous, si sa population est viellissante alors qu'ailleurs les populations sont jeunes c'est que sa médecine est performante... ce que les immigrés savent bien! Nous sommes scandalisés lorsque la Banque européenne d'investissement (BEI) se plaint que l'argent envoyé par les immigrés chez eux est mal utilisé. Pensez donc! il est destiné à des investissements non productifs : "45% de l'argent des sommes envoyées par les travailleurs marocains en Espagne sont destinées à la consommation. Pour leur part les Tunisiens résidant en France consacrent 34% de leur pécule à leur logement. Seuls 9,7% sont dédiés à l'investissement productif" (Figaro économie 16 mars 2006); car faire vivre  sa famille ou payer son logement ne serait pas productif!  Aussi le vice- président de la BEI propose-t-il : "les banques des pays d'émigration qui recevraient des transferts de fonds importants pourraient se voir faciliter l'émission de titres obligataires garantis (!)par ces fonds. Ainsi les établissements financiers se refinanceraient à moindre coût sur les marchés des capitaux"; bref ce qui est productif c'est de travailler pour les banques! On a vraiment changé le sens des mots et surtout des valeurs.
En décrochant le dollar de la référence à l'or le Président Nixon a brisé les règles qui régissent le rapport entre l'Etat et les citoyens en ouvrant la porte à une anarchie dont les pouvoirs financiers ont profité. Le savait-il? Avant la présidence de Nixon, Kennedy, semble-t-il, y avait réfléchi. Les banques qui fabriquent des dollars ex nihilo partagent avec la FED un monopole de l'Etat. A vrai dire elles en usurpent la signature et dans une certaine mesure les fonctions, qu'elles prétendent élargir à la gouvernance mondiale. Mais si la réciprocité d'obligations qui lient les citoyens et l'Etat est rompue, elle n'a aucune raison de s'étendre à une gouvernance mondiale anonyme et sans contrôle. Que le fossé se creuse aujourd'hui entre les politiques et ceux qu'ils sont censés représenter est un signal très fort. La qualité de citoyen exige des sacrifices que la gouvernance mondiale financière, qui essaie d'ailleurs de dissoudre la notion même de nation et toute réalité historique, ne peut moralement exiger. Très curieusement, après que les Etats-Unis aient été vainqueurs de l'Union Soviétique, le problème posé par Marx devient plus aigu : le pouvoir financier peut-il acheter les Etats et avec eux commander les peuples? Aucun doute n'est permis : s'il le peut, il le fera. Comme l'a bien vu Maurice Allais, ce ne sont pas les valeurs humanistes qui le retiendront, même si, médiatiquement, il est encore nécessaire, et même rentable, d'affirmer le contraire. 
                                                                      
Juillet 2011



 
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