LE MALTHUSIANISME  PROGRAMME

Les retraites Raffarin

Source:  Une réforme pour l'avenir des retraites -

    

       Il est bien intéressant le graphique du petit document explicatif qui accompagnait la lettre de M. Raffarin, premier ministre du Président Chirac, datée du 10 VI 2003 ; intéressants aussi les commentaires qui l'accompagnent.

       Commençons par le graphique : il est très parlant ; on peut même dire qu'il en dit long : pourquoi en 2040 n'y aurait-il qu'un retraité pour un actif ? Les enfants qui naissent aujourd'hui seront cet actif qui aura entre 30 et 40 ans ; comment et pourquoi n'y en aurait-il pas plus s'il y a une politique familiale intelligente ? On sait bien que les femmes aimeraient avoir un ou deux enfants de plus mais se résignent à l'enfant unique ou à deux enfants pour des raisons économiques ;  il y a eu un baby-boom, entre autre, parce que la politique familiale l'a permis ; notons par exemple que les logements sociaux étaient réservés, après la guerre, aux jeunes couples mariés ; aujourd'hui les malheureux sont en compétition avec les familles polygames venues de tous les pays pauvres : ils sont battus d'avance ! Les droits de succession sont si excessifs en France que les héritiers sont souvent obligés de vendre le patrimoine familial pour les payer et ne peuvent même pas habiter la maison ou l'appartement légué par leurs parents.
Les enfants du baby-boom qui vont prendre leur retraite sont punis de la discontinuité de la politique familiale de nos gouvernements : c'est elle qui nous a fait passer de 4 actifs pour 1 retraité à 2 actifs entre 1960 et 2000. La rupture, nous dit Pierre Chaunu, a eu lieu en 1964-1965 : la France a simultanément «supprimé son excellente politique familiale » et développé une politique d'encouragement à la contraception (cf.  La Femme et Dieu chapitre X - Fayard éditeur).
La loi a été votée en 1973, essentiellement par l'opposition d'alors. Jean Foyer, ancien ministre de la santé avant cette date, a retracé briévement, sur Radio Courtoisie le 2 février 2004, l'essentiel de la longue histoire d'une campagne mondiale faveur de l'avortement.

Pierre Chaunu cite J. C. Guillebaud, journaliste et essayiste : « On est étonné par la quasi immédiateté avec laquelle les changements d'alors se concrétisent sur le plan législatif. La plupart des réformes (contraception, avortement, mariage, divorce, etc.) qui bouleversent la donnée sociale et familiale sont introduites à ce moment là, en l'espace de quelques années » (ibidem p. 211).
Le résultat est là aujourd'hui, avec le problème des retraites ! Et bien sûr rien n'est inéluctable pour 2040 : renoncer à cette politique malthusienne aurait des effets dans moins de vingt ans.


       Pour qui sait lire,  le passage d'un actif à un retraité en 2040 est donc très révélateur des projets gouvernementaux en matière de démographie française, voire européenne. On sait (voir le Figaro du 16 IX 03, par exemple) que le NON des Suédois à l'euro est largement dû aux femmes qui ont eu peur, à juste titre, de perdre les avantages que la Suède a enfin décidés en faveur des femmes pour qu'elles puissent élever leurs enfants dans de bonnes conditions même si elles travaillent. Une enquête de ce même journal sur « les femmes des Quinze », pouvait, presque un an avant (8 octobre 2002) le laisser pressentir : « Si je compare à la France où j'ai vécu quelques années, c'est beaucoup plus facile d'avoir des enfants en Suède » explique une femme de 43 ans, maître de conférence à Stockholm et mère de trois enfants. Ce NON nous rassure sur le sort de l'Europe : la nature humaine n'y a pas changé malgré l'énorme propagande qui s'est appesantie ces dernières années contre la natalité et les facilités données à l'avortement, prétendument remboursé pour résoudre le cas dramatique des jeunes filles violées (propagande médiatique pour la loi Veil). Deux cent mille viols par an en France ? Brrr...mais que fait le Ministère de l'Intérieur ? En 1990 il y avait déjà plus de 176000 avortements en France (cf. Pierre Chaunu ibidem p. 416), la propagande hédoniste qui tient lieu de morale sexuelle aujourd'hui ne pouvait en faire baisser le nombre ; qu'on le veuille ou non, la publicité du «droit à l'avortement » fait passer l'avortement parmi les moyens «normaux » de contraception.


       Si on prévoit un actif pour un retraité en 2040, c'est qu'on ne veut pas qu'il y ait plus d'actifs c'est-à-dire qu'on fera tout pour qu'il n'y en ait pas plus. Qui dirige cette politique malthusienne établie, semble-t-il, depuis les années 70 - si on s'en réfère au graphique ? Et qui prétend continuer de nous l'imposer ?

       Considérant ainsi l'avenir démographique comme allant de soi, le texte du document gouvernemental que nous analysons envisage deux raisons majeures à la difficulté que va connaître dès 2006 le régime par répartition : «  l'arrivée à l'âge de la retraite des nombreuses générations d'après-guerre et l'allongement continu de près d'un mois et demi  chaque année de l'espérance de vie » ; sur ce deuxième point les gouvernements semblent pouvoir s'arroger un satisfecit, mais compte tenu de l'évolution malheureuse de nos hôpitaux trahie par les lamentables conséquences de la canicule, la quasi liquidation de la recherche en pharmacie qui sera tuée par le développement des génériques (cf. éditorial du Figaro 24 X 01 et Figaro économie 23 IX 02 et 6 XI 02 par exemple), le numerus clausus imbécile imposé depuis trop longtemps aux facultés de médecine (dénoncé entre autre par J.P. Chevènement cf. Figaro entreprise 6 X 03), les prédictions d'allongement de la vie à ce rythme sont douteuses.

       « En 2008 le point sera fait. En fonction de la situation économique, financière et démographique, la durée de cotisation devrait augmenter progressivement, d'un trimestre par an à partir de 2009 pour atteindre 41 ans en 2012 ». Cette prévision paraît vraisemblable, celle pour 2040 relève de la seule volonté malthusienne de notre gouvernement qu'elle révèle d'ailleurs ; d'autres prévisions relèvent du futur incertain, telle l'affirmation : « le pouvoir d'achat des retraités sera garanti grâce à des valorisations chaque année en fonction de l'évolution des prix dans le secteur privé comme dans la fonction publique ». Est-ce vraisemblable dans un pays qui s'appauvrit «exportant ses cerveaux et important des estomacs », suivant la frappante expression de Jean Ferré sur Radio Courtoisie. Les hommes politiques utilisent le futur avec une grande désinvolture : la grammaire avec eux participe trop souvent de la désinformation ; tel est le cas pour les différentes améliorations annoncées au titre de la « justice sociale » et de l'offre de « plus de liberté » dont on ne voit pas sur quelle amélioration elles reposent, tant en matière économique qu'en matière de politique immédiate d'aide à la famille et donc de restauration de conditions démographiques favorables.

       La remontée démographique effectuée par la Suède, grâce à une modification radicale de la politique familiale très appréciée des Suédoises, montre que le document que nous analysons a occulté une « raison majeure » de ce qu'il appelle les « évolutions inéluctables » : une politique anti-familiale n'est pas inéluctable. Merci aux Suédoises.
       


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