MAURICE  ALLAIS : CHOMAGE ET  MONDIALISATION




      Il est nécessaire que les jeunes aient une formation sérieuse en économie car sans cela il leur est impossible de comprendre le flux des informations économiques qui tombent des medias, même spécialisées et qui ne portent pas toujours sur l’essentiel. L’ouvrage de Maurice Allais « La mondialisation la destruction des emplois et de la croissance » ( édition Clément Juglar) ouvre sur le monde contemporain des perspectives qu’il est profitable de méditer.
La cassure de 1974
       « Le chômage au sens du B.I.T. (Bureau International du Travail) ne constitue pas actuellement en France un indicateur valable de la situation effective du sous-emploi, car il est artificiellement diminué par la politique de l’emploi » (p. 397). Cette notion de sous-emploi est en fait bien plus importante que celle de chômage pour comprendre la crise économique de notre société ; au sens du B.I.T. le chômeur se définit : « personne sans travail, disponible pour travailler et à la recherche d’un travail » ; les nombreux dispositifs, élaborés depuis 1973 au titre de la politique de l’emploi, ne fournissent guère de débouchés professionnels mais des palliatifs salariaux qui diminuent sensiblement les statistiques du chômage ; on en trouve une longue liste p.361 où figurent « emplois aidés », stages, et, paradoxalement, cessation d’activité ou préretraite dans le cadre de la théorie du « partage du travail ». Il s’agit en effet  d’un traitement statistique du chômage plutôt que d’une politique de l’emploi. Il est vrai que ni la DARES (Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques du Ministère de l’emploi et de la solidarité !), ni le commissariat général au Plan, ni la commission d’enquête sur les aides à l’emploi du 27 juin 1996 de l’Assemblée Nationale ne se sont intéressés aux causes du chômage.

       Ne sont comptés comme chômeurs ni les attributaires du RMI (revenu minimum d’insertion), ni les SDF (sans domicile fixe) non inscrits à l’ANPE qui sont très nombreux, ni ceux qui n’ont trouvé qu’un travail à temps partiel (un million trois cent mille en 1996), ni ceux qui désespérant de trouver un travail n’en cherchent même plus (environ 250 mille) : voilà pourquoi la dégradation effective de l’emploi n’est pas représentée par le graphique du chômage (p.99) mais par celui du sous emploi (p.103). Ces graphiques sont parlants :
     En  1974  le sous-emploi s’élève environ à 750 mille
     En  1997  le sous-emploi s’élève à 6 millions cinquante mille.

Tous les graphiques font apparaître une cassure en 1974, date jusqu’à laquelle il y avait préférence communautaire.


La destruction des emplois, ..., l'évidence empirique


La destruction des emplois, ..., l'évidence empirique -


Les cinq causes du chômage
       Il y a chômage parce qu’il y a destruction d’emplois avec la destruction de l’industrie à partir de 1974 : de 1955 à 1974 les effectifs dans l’industrie s’étaient accrus d’environ un million, soit cinquante mille par an ; de 1974 à 1993 ils ont décru d’un million 700 mille (soit environ 90 mille par an). Si la tendance de 1955 à 1974 s’était poursuivie, les effectifs de l’industrie auraient été de l’ordre de 7 millions 300 mille au lieu de 4 millions 160 mille. Entre 1955 et 1974 le pourcentage des emplois industriels (bâtiment et génie civil exclus) oscille entre 27-28 %  de la population active ; en 1993 il tombe à 17%, en 1997 à 16,2%.
Le chômage qui se constate en France frappe tous les pays de l’Union Européenne. « Ainsi, contrairement à l’affirmation de nombreux analystes, l’accroissement massif du chômage en France ne peut être considéré comme résultant d’effets qui lui seraient spécifiques (…) il ne peut s’expliquer que par des facteurs communs à la France et à l’Union Européenne » et n’a pas un caractère mondial : dans la même période les « tigres asiatiques » prospèrent. (p.117).
 
       N’en déplaise à M. Philip Gordon, voilà « la mondialisation expliquée aux Français » (Figaro du 11 X 05) : il est vain de nous affirmer que « les économies fermées sont les plus pauvres », quand le taux de croissance de notre niveau de vie s’est considérablement réduit depuis 1974, époque du premier élargissement de l’Europe du Traité de Rome, avec un changement radical de politique. « De 1950 à 1974 le taux de croissance a été environ de 3,9% par an. Ce taux n’a plus été que de 1,8% par an de 1974 à 1991, soit une diminution d’environ 50%. (…) Si la tendance de la période 1950-1974 s’était poursuivie au-delà de 1974, le PIB réel par habitant en 1991 aurait été d’environ 40% plus élevé.» (p. 128-129) « La politique commerciale de la Communauté Européenne a peu à peu dérivée vers une politique mondialiste, libre échangiste, contradictoire avec l’idée même de la constitution d’une véritable Communauté Européenne » (p.504). Associée à la dérégulation des mouvements de capitaux qui a permis une course et une spéculation aux bas salaires, cette politique n’a fait qu’engendrer instabilité et chômage.   
                                                                       

     L’analyse de Maurice Allais, (Prix Nobel de sciences économiques faut-il le rappeler ?) parvient à dégager 5 causes de chômage :
1) le chômage que M. Allais appelle chronique : il est induit dans le cadre national de la structure de protection sociale (charges sociales, minima de salaires, rigidité du marché du travail) d’où « des minima de salaires réels trop élevés au regard de la productivité du travail ».
2) Le chômage induit par le libre échange mondialiste, aggravé par un système monétaire et financier international dépourvu de tout régulateur : il résulte de la concurrence des pays à bas salaires et à capacité technologique et donc de la mise en œuvre d’une politique de libre échange mondialiste et des différences considérables de salaires réels aux cours des changes de ces pays avec les pays de l’Union Européenne ( tableau p. 331).
3) Le chômage dû à l’immigration extra communautaire qui résulte des emplois occupés par des travailleurs étrangers à l’Union Européenne et qui, autrement pourraient être assumés par des nationaux.  
4) Le chômage technologique qui est une conséquence inévitable de l’adaptation au progrès technologique ; son importance est moins grande que l’on a crue (1,4% entre 1950 et 1974)
5) Le chômage conjoncturel qui résulte de fluctuations de l’activité économique induites soit par des variations de la dépense globale d’origine monétaire, soit à des vagues alternées d’optimisme et de pessimisme de la psychologie collective.  
Ces résultats n’ont été obtenus que grâce à une recherche scientifique dont notre prix Nobel de sciences économiques s’est efforcé de montrer le développement. Nous nous contentons de donner ici les résultats de ces recherches.  
                        
       De ces 5 causes de chômage, le chômage chronique et le chômage libre échangiste sont de loin les plus importantes ; le chômage technologique a été nettement surestimé ; le chômage dû à l’immigration non communautaire s’établirait à15%.(p.185)

Le chômage chronique
       Il est dû au niveau élevé des charges sociales et aux rigidités du code du travail en France. Ce sont les bas salaires qui sont les plus concernés : c’est eux qui se trouvent en première ligne dans la concurrence avec les pays à bas salaires et souvent avec les pays d’immigration extra communautaire. Contre le chômage chronique, le traitement social du chômage qui se pratique en France depuis une trentaine d’années consiste essentiellement à favoriser l’embauche des jeunes en déchargeant l’employeur, sous condition, de telles ou telles charges sociales: en effet bien des emplois ne sont pas offerts à cause de la rigidités du code du travail qui oblige à conserver le salarié dans des conditions très onéreuses alors même que le travail vient à manquer. Pour favoriser l’embauche des jeunes, espérant les voir s’insérer dans le monde du travail, on a même décidé de diminuer le temps de travail des aînés, « invités » à prendre des pré- retraites. On trouve en p. 361 et 362 un catalogue de ces mesures inefficaces et onéreuses développées au cours des trente dernières années.  Seul, le contrat nouvel embauche de M de Villepin s’attaque aux rigidités du code du travail, encore ne s’agit-il que d’une mesure valable pour 2 ans, c'est-à-dire jusqu’à l’élection de 2007, ce qui n’est pas rassurant pour les employeurs : manifestement les auteurs du code du travail ont considéré le salarié du privé sur le modèle du fonctionnaire sans tenir compte du fait que les concours de recrutement dans la fonction publique doivent (en principe!) être établis à partir des besoins prévisibles de l’administration.             
       Plus les minima de salaires sont élevés, plus les importations en provenance des pays à bas salaires et à capacités technologiques sont favorisés. On voit donc que les réclamations d’augmentation salariale ne constituent pas une réponse adaptée à la crise actuelle de l’emploi : il faudrait en effet une dépréciation considérable des bas salaires dans la situation actuelle de libre échange mondialiste pour que ces salaires puissent rivaliser avec ceux des pays à très bas niveau de vie. Une telle solution n’est pas admissible et ne résoudrait rien car ces salaires ne permettraient pas de vivre dans nos pays. C’est donc bien du coté du libre échange mondialiste qu’il faut agir, non pas qu’il faille se replier sur soi mais au moins faut-il prendre au sérieux l’idée de Communauté Européenne et pratiquer la préférence communautaire qu’elle implique, naturellement en pensant à une communauté véritable.
      A noter que, « de1951 à 1973, il n’y a aucun chômage chronique. » (p.401)

Le chômage dû au libre échange mondialiste
       C’est le libre échange mondialiste qui est aujourd’hui, de loin, la cause la plus importante du chômage massif dans les pays d’Europe de l’Ouest (voir les estimations p.465 et suivantes) On omet trop de dire que l’ouverture mondiale du commerce n’est pas seulement la libre circulation des marchandises : c’est aussi, et peut-être surtout, un marché mondial des salaires où les salaires sont mis en compétition dans le monde entier ; dans cette compétition les pays à protection sociale élevée sont effectivement en infériorité. On peut s’étonner d’ailleurs que nos Centrales syndicales aient pu, dans ces conditions, faire campagne pour une Constitution « européenne » sans frontières. Espèrent-ils vraiment que les « agences de notation des entreprises », idée chère à une ancienne responsable syndicale, pourront contrôler les conditions de travail dans des pays qui ne connaissent pas même le chiffre de leur population et qui jouent à fond la mondialisation ? 
 
      Dans ce marché mondial des salaires il convient, me semble-t-il, de compter le chômage dû à l’immigration, non seulement parce qu’il fournit des emplois de faible qualification qu’un certain nombre de nos chômeurs nationaux pourraient occuper, mais parce que la main d’œuvre importée représente un coût élevé pour le pays importateur. Maurice Allais établit ce coût du travailleur immigré à quatre fois son salaire annuel, et à vingt fois s’il vient avec sa famille, pour réaliser les infra structures nécessaires (p. 87-88). L’excitation dont témoigne la législation dite « antiraciste » a surtout comme conséquence, et peut-être comme but, d’interdire toute discussion sur cet aspect qui concerne pourtant le citoyen contribuable.


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 La politique mondialiste de l’Organisation de Bruxelles
      La dérive mondialiste de l’organisation de Bruxelles échappait sans doute à l’attention des peuples européens en 1999. Aujourd’hui elle est incontestable : c’est un fidèle collaborateur de Jacques Delors à Bruxelles, Pascal Lamy, qui vient d’être nommé à la tête de l’Organisation mondiale du Commerce et, lorsque le Président de la République Française interpelle vigoureusement celui de la Commission européenne à propos des fermetures et licenciements de Hewlett- Packard en Europe, il ne fait jamais que souligner son impuissance à exercer la souveraineté nationale qui lui a été démocratiquement confiée. La réponse de M. Barroso « vous sciez la branche sur laquelle vous êtes assis » nous laisse perplexes.
        Lorsque Maurice Allais parle de préférence communautaire en 1999, nous percevons, lisant son livre en 2005, que cette expression s’est vidée de son sens à coups d’élargissement. Il s’exprimait alors dans le cadre déjà élargi de l’Europe des quinze. Constatant les difficultés économiques considérables connues par l’Allemagne dans sa réunification, il prévoyait qu’une longue préparation serait nécessaire pour l’élargissement aux pays de l’Europe de l’Est dont les niveaux de salaires et de vie sont très inférieurs aux nôtres. Cette préparation n’a pas eu lieu et la précipitation a engendré des tensions telles que le budget européen présenté par la présidence anglaise cet été n’a pas été accepté. Quant à l’intégration de la Turquie à « l’Europe » il la considère comme tout à fait déraisonnable ; et il n’est pas le seul, si l’on en juge par les résultats du referendum dont les politiques semblent décidés à ne pas tenir compte.
      De nombreux articles paraissent aujourd’hui dans la presse nationale nous expliquant que cet élargissement de l’ « Europe » aux peuples turcophones, considérés comme turcs par Ankara, et à d’autres ensuite, est en quelque sorte dans le sens de l’histoire économique ; et parmi les doctes qui nous enseignent ainsi se trouvent les ressortissants d’un pays qui n’est pas impliqué  dans la monnaie unique et a refusé les accords de Schengen : on reconnaît là l’humour britannique! Nous sommes aussi chapitrés, depuis le referendum, par des personnalités d’outre Atlantique et traités d’égoïstes par des hommes politiques d’Europe de l’Est. C’est tout à fait mal venu lorsqu’on connaît le coût de ce qu’on appelle « politique de l’emploi » : « Le total des dépenses en 1997 s’élève à 358 milliards de francs. Si on ajoute à cette dépense celle correspondant aux exonérations des cotisations d’allocations familiales et à la réduction dégressive des cotisations de sécurité sociale sur les bas salaires le montant global des dépenses s’élève à 365 milliards de francs en 1997 » sans compter les pertes résultant du fait que 3 millions 200mille chômeurs n’ont pu contribuer au produit intérieur brut, ce qui représente environ 250 milliards. (p.382). Le mondialisme n’est pas pour rien dans l’endettement considérable de la France ! Il est plutôt irréaliste de parler d’égoïsme national. 
 
Le fondement théorique du mondialisme

      Cette ouverture à l’infini des « frontières » est, nous dit Maurice Allais, une application de la théorie des coûts comparés dû à l’économiste Ricardo, en 1817 : comparant les coûts de deux produits échangés entre deux pays, par exemple le drap et le vin entre l’Angleterre et le Portugal, il constate que les coûts se stabilisent de manière favorable dans le sens de la spécialisation. Constatation intéressante sans doute, mais qu’on ne peut étendre sans précaution à tout l’univers et à tous les produits. « En dernière analyse la justification de la politique de libre-échange mondialiste de l’O.M.C. se fonde dans ses principes sur la théorie des coûts comparés (…) De cette théorie faut-il conclure qu’un libre échange généralisé à l’échelle mondiale doive être considéré comme avantageux et souhaitable ? (…) Tout d’abord le modèle considéré par la théorie des coûts comparés repose sur une hypothèse essentielle, à savoir que la structure des coûts comparatifs (c'est-à-dire des fonctions de production) reste invariable au cours du temps. En fait il n’en est ainsi en général que dans le cas des ressources naturelles. Ainsi  par rapport à l’Europe occidentale, les pays producteurs de pétrole disposent d’un avantage comparatif qui restera le même dans un avenir prévisible. De même les produits tropicaux ont un avantage comparatif qui ne saurait disparaître. Par contre, dans le domaine industriel, aucun avantage comparatif ne saurait être considéré comme permanent. Chaque pays aspire légitimement à rendre ses industries plus efficaces, et il est souhaitable qu’il puisse y réussir. Il résulte de là que la diminution ou la disparition de certaines activités dans un pays développé en raison des avantages comparatifs d’aujourd’hui pourront se révéler demain fondamentalement désavantageuses dès lors que ces avantages comparatifs disparaîtront et qu’il faudra alors rétablir ces activités » (p.228-229) Maurice Allais cite pour la France le cas de la sidérurgie, du textile et de la construction navale, entre autres.

       « Même lorsqu’il y a des avantages comparatifs de caractère permanent il peut être tout à fait contre indiqué de laisser s’établir les spécialisations qui seraient entraînées par une politique généralisée de libre échange » ; il cite comme exemple le domaine de l’agriculture dans lequel «  le libre échange n’aurait d’autre effet que de faire disparaître presque totalement l’agriculture de l’Union Européenne en raison des avantages comparatifs de caractère permanent détenus actuellement par des pays comme les Etats-Unis, la Nouvelle Zélande, l’Australie ou l’Argentine. Une telle disparition peut être considérée comme non souhaitable du point de vue sociologique et politique, et elle est en tout cas de nature  compromettre l’indépendance de l’Union Européenne en matière alimentaire ». La même remarque vaut pour la production de riz au Japon par rapport aux Etats-Unis, mais aussi pour un grand nombre de pays du Tiers Monde : « Une spécialisation excessive ne peut que compromettre leur auto suffisance alimentaire et leur développement industriel futur. »
       Cette théorie simpliste et naïve du libre échange mondialiste « néglige complètement les coûts externes et les coûts de transition et ne tient aucun compte des coûts psychologiques, bien supérieurs aux coûts monétaires, subis par tous ceux que la libéralisation des échange conduit au chômage et à la détresse » (p.231). Les coûts de transition concernent les investissements industriels perdus d’une part et la requalification des salariés qui perdent le bénéfice de leur spécialisation lorsqu’une industrie disparaît.
      La théorie des coûts comparés a conduit à affirmer que « le fonctionnement libre et spontané des marchés conduit à une allocation optimale des ressources » or dit Maurice Allais « il n’y a pas une situation d’efficacité maximale mais une infinité de telles situations » et il ne revient pas à la théorie économique de dire celle qui doit être considérée comme préférable. « Ce choix ne peut être effectué qu’en fonction de considérations éthiques et politiques relatives à la répartition des revenus et à l’organisation de la société », compte tenu d’ailleurs, non seulement des situations des individus de l’époque où l’on est, « mais également de celles des générations futures » (p.225). On reconnaît bien là le disciple de l’économiste Pareto qui refusait de trancher entre protectionnisme et libéralisme constatant que ni l’un, ni l’autre n’avaient jamais été pratiqués à l’état pur et que l’Allemagne était prospère avec le protectionnisme  au dix neuvième siècle quand l’Angleterre l’était avec le libre échange ; il est vrai, ajoutait-il, qu’à cette époque elle était en avance sur le reste de l’Europe ; remarque à méditer : c’est évidemment le pays le plus avancé qui veut imposer le libre échange.

 Les dégâts causés par une gestion quantitative et non humaniste     
      Depuis 30 ans on a une politique de palliatifs à l’emploi qui décourage les jeunes dès qu’ils s’en aperçoivent : dès l’école certains ont vu dans le redoublement une manière de soulager les statistiques du chômage au point de dire à leurs professeurs qu’en redoublant ils leur créaient des emplois. La politique d’assistance les désaccoutume du travail et l’idée d’efficacité leur devient étrangère. Trente ans d’une telle politique c’est presque une vie professionnelle condamnée d’avance, mais au jour le jour, avec ses conséquences : l’impossibilité de fonder et d’assumer une famille. L’Organisation des Nations Unies (O.N.U.) affirme que l’immigration est nécessaire pour combler le déficit démographique de l’Europe (Figaro du 7 X 05) et en assumer les retraites en 2050 (sur ce problème voir le Figaro économie du 5 X 05). En réalité cet effondrement est largement tributaire du chômage et de la désindustrialisation : la cassure de 1974 s’est manifestée aussi sur le plan démographique,  le taux de croissance de la population totale a été de 0,96 % de 1950 à 1974, il n’a été que 0,49 % de 1974 à1991, soit une baisse de près de 50% en moins de 20 ans. Les Européens sont inquiets pour leurs enfants d’un avenir dont les atouts sont systématiquement bradés par le marché mondial des salaires, alors que les générations antérieures avaient pu espérer la promotion de leurs enfants. Nous avons trouvé Maurice Allais bien plus sensible au problème social de l’Europe que l’ancien Président de la Commission Européenne dans ses « Mémoires » (Plon éditeur).

      La circulation des marchandises n’est pas l’essentiel, si elle aboutit à la liquidation des valeurs culturelles en Occident, mais aussi dans les pays extra communautaires… puisqu’il y en a encore. L’accélération de l’immigration permet à des pays, aujourd’hui nombreux à l’O.N.U. du fait de la décolonisation, de résoudre sans frais les problèmes alimentaires de leurs populations : « l’argent transféré par les travailleurs immigrés à leurs proches s’élevait en 2004 à 450 milliards de dollars environ, soit une somme trois fois supérieure à celle allouée par l’aide au développement » (Figaro 7 X 05). Il est d’ailleurs évident que, dans ces conditions, toute assimilation par le pays d’accueil est impossible et ne peut être souhaitée par les pays exportateurs de main d’oeuvre; il y a destruction du tissus social proprement européen mais aussi des cultures étrangères. Or, « bien que l’opinion ne s’en rende généralement pas compte, l’Europe occidentale est d’ores et déjà économiquement surpeuplée » (p.581). Maurice Allais fustige un système d’allocations familiales prévu pour « enrayer autant que possible l’insuffisance de la natalité française » et qui « étendu aux travailleurs étrangers et à leurs familles, en général prolifiques, est dénué de tout sens commun. On ne saurait faire mieux pour attirer artificiellement les étrangers en France » (p.78) ; à la charge du contribuable, cette politique joue à contre sens de ses intentions et déprime « profondément les salaires réels français correspondant aux travaux les plus pénibles. » (p.77) Une politique de l’emploi et de l’industrie moins malthusienne pour l’Europe pourrait changer la courbe démographique en Occident et permettre d’assumer les retraites en 2050. Les prévisions que l’on fait à ce sujet aujourd’hui témoignent-elles d’une intention cachée ? En 2005 qui peut prétendre que les dés sont jetés pour 2050 ?                    

Choisir entre l’Union Européenne et la politique de l’Organisation de Bruxelles

       « La mondialisation : la destruction des emplois et de la croissance » a le mérite de nous faire mieux comprendre l’actualité économique, mais aussi politique, sociale et financière qui est la nôtre au quotidien : il y a longtemps déjà que les baisses statistiques proclamées du chômage n’impressionnent plus le public car il sent qu’il ne s’agit pas de retournement de la situation. Effectivement si le chômage est dû massivement au libre échangisme mondial, les palliatifs nationaux pris dans le cadre de l’Organisation de Bruxelles ne peuvent renverser la tendance. Aussi faut-il  réfléchir sur un avenir européen qui n’est pas joué si nous désirons l’infléchir.
       Maurice Allais ne conteste pas l’intérêt pour nous de l’Europe, au contraire. Mais encore faut-il qu’il y ait une véritable Communauté Européenne capable de se défendre contre les désordres extérieurs, dont le désordre monétaire, susceptibles de la déstabiliser. Cette règle nous dit-il vaut d’ailleurs pour toutes les Communautés : « En réalité, pour toute organisation régionale, le choix n’est pas entre l’absence de toute protection et un protectionnisme isolant totalement l’économie de l’extérieur. Il est dans la recherche d’un système qui puisse permettre de bénéficier d’une concurrence effective et des avantages de nombreux échanges avec l’extérieur, mais qui puisse également protéger l’économie communautaire contre tous les désordres et les dysfonctionnements qui caractérisent chaque jour l’économie mondiale » (p237).
       Il ne s’agit donc pas de faire de l’Europe une forteresse et Maurice Allais rappelle que la Communauté européenne est plus importatrice qu’exportatrice de produits agricoles (p598) ; l’objectif d’une protection contingentaire « serait d’assurer que pour chaque produit ou groupe de produits un pourcentage minimal de la consommation communautaire soit assuré par la production communautaire. La valeur moyenne de ce pourcentage pourrait être de l’ordre de 80% (…) Un niveau moyen d’ouverture de 20% (rapport de la valeur globale des importations au produit national brut) pour l’Union Européenne serait très supérieur au taux d’ouverture des Etats-Unis inférieur à 15% » (p.505 et 506)

      Ce sont les multinationales qui poussent à la mondialisation libre échangiste : « Le fait est que dans le monde entier seuls quelques petits groupes et tout particulièrement les dirigeants des multinationales bénéficient de la mondialisation des économies. Ces groupes bénéficient d’immenses moyens financiers et par personnes interposées ils dominent tous les médias, presse, radio et télévision » (p.316). Le graphique concernant l’évolution de la croissance dément « la légende soigneusement entretenue de toute part que la mondialisation a suscité une extraordinaire croissance. La réalité est que non seulement le taux de croissance a été réduit de plus de moitié, mais que le sous-emploi a augmenté démesurément, que l’inégalité s’est considérablement accrue (…) Les groupes dirigeants de l’économie sont devenus de plus en plus riches alors que les pauvres sont devenus de plus en plus pauvres. » (p.308) ; en quatre ans en France le nombre de salaires payés au SMIG (minimum) a augmenté de 50%  (étude du ministère de l’emploi du 23 août 1999) ; aux Etats-Unis « le rapport de la rémunération moyenne après impôt d’un président de société à celle d’un ouvrier d’usine est passé de 42 en 1980 à 416 en 1998 » (p.316). Voilà un bon indice du profit que les multinationales tirent de la mondialisation, entre autre la mondialisation des salaires mais aussi de la délocalisation des investissements de l’épargne !           
          

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      L’économiste est scandalisé par la carence de l’Organisation de Bruxelles en matière de statistiques : « Il n’y a actuellement aucun annuaire statistique européen véritable (…) .Cette carence compromet gravement toute analyse économique appropriée. (…) Depuis vingt-cinq ans la Commission de Bruxelles (…) n’a pas fait ce qu’elle aurait dû faire et ce qu’elle seule pouvait faire » (p. 242-243). Bien sûr cela explique des incohérences telles que les décisions contradictoires, prises ou envisagées cet été 2005, sur l’importation des textiles chinois. Mais d’une certaine manière, c’est très cohérent : pourquoi des études statistiques sur l’économie des différents pays de l’Union si l’Organisation de Bruxelles se perçoit comme instrument de la mondialisation ? Dans cette optique la frénésie d’élargissement se comprend bien mieux. Ceci explique cela.
      L’étude faite par Maurice Allais crée un certain malaise : on a le sentiment que ce qu’on a appelé « la politique de l’emploi », en France, a été une machine à gommer les dégâts causés par la politique de libre échange mondialiste conduite par « l’Organisation de Bruxelles ». On n’est guère plus rassuré par la volonté affirmée par le président de la Commission de Bruxelles d’instaurer une taxe sur les produits de consommation pour faire du « social »  (Figaro Economie 21 X 2005): cela signifie bien qu’il n’envisage pas la diminution du chômage en Europe, sans compter le ridicule d’une taxe à la consommation causée par le choix d’un système économique créateur de produits bon marché ! 
    
      La question se pose donc de savoir si « l’Organisation de Bruxelles » est encore une organisation régionale ou si elle n’a pas changé de nature.

  

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