LE  DESORDRE  PROGRAMME


        Que les syndicats de l'enseignement se soient mobilisés contre la suppression des postes qui concernent les matières à option, ils sont dans leur rôle. Qu'ils soient modérément suivis est quand même significatif : les professeurs comme l'administration savent bien que c'est la multiplicité des options qui rend les emplois du temps des élèves tellement  extravagants pédagogiquement. Quand un lycée propose une dizaine d'options, il faut imaginer toutes les combinaisons possibles qui permettront de s'y inscrire, qu'elles que soient leur section de première ou terminale et les langues courantes choisies en langue I, II,voire III ; mais quand il en propose vingt... !
Ainsi y a-t-il cours sans discontinuer de 8 heures à 18 heures et l'on imagine bien que les cours en option à 8 heures risquent d'être souvent désertés, que ceux dispensés entre 12-13 ou 13-14 concernent des élèves sur leur faim...ou trop hâtivement repus, et, après 17 heures des élèves fatigués, parfois aussi exaspérés par les heures creuses qu'il leur aura fallu passer au lycée pour arriver à la désirée option. On a pu même se demander si cette multiplication des options ne correspondait pas à une politique d'implantation forcée des élèves et des professeurs à l'école telle que la souhaitent ces pédagogues collectivistes qui veulent transférer l'éducation de la famille à l'école. On peut faire la même analyse pour les « itinéraires de découverte » (I.D.D.) et autres travaux personnels encadrés (T.P.E.) qui par rapport à l'enseignement d'un cours constituent une perte de temps intellectuel avérée. Rien n'empêcherait un élève désireux de se cultiver de le faire en dehors des cours et non au détriment de ceux-ci et sa liberté serait évidemment totale.

       Naturellement ces constatations ne signifient pas que notre position ait changé en ce qui concerne le latin et le grec (cf dans la rubrique programme, l'étude : « Du latin et du grec ») ; bien au contraire car les déclasser en les fourrant dans une liste hétéroclite d'options c'est détruire cet enseignement littéraire classique qui structure la pensée occidentale et transmet notre culture pluri millénaire (voir « l'étude lire Platon » 1ére séquence « le contexte culturel »). Ainsi a-t-on supprimé la section littéraire véritable qui a fait le rayonnement culturel de notre pays. Il ne fallait donc pas reléguer en options orales facultatives ces deux langues de civilisations dont nous sommes héritiers et les mettre sur le même plan que  le bambara, l'hébreu, l'arabe, le grec moderne tandis que l'éducation physique, avec ses multiples options intérieures (dont le ping-pong) compte au baccalauréat...à l'écrit !
       Parmi les professeurs sans poste, rémunérés à attendre chez eux  un éventuel remplacement ou comme gratte-papier dans des bureaux ou surnuméraires dans les services de documentation, nous aimerions savoir quel est le pourcentage de professeurs de lettres classiques ; combien aussi ont déserté pour passer en philosophie tant les méthodes et les directives imposées en lettres leur paraissent  contraires à la culture littéraire et à la pédagogie. On aimerait aussi savoir, tant qu'on y est, quelle loi ou circulaire a mis fin à la liberté pédagogique caractéristique de l'enseignement secondaire. Et puis aussi... combien de jeunes professeurs quittent l'enseignement dans les diverses académies et quelles sont les disciplines les plus concernées par cette fuite des cerveaux.

       Les manipulations des sections du baccalauréat, des coefficients et des options témoignent des manoeuvres qu'il faut faire pour arriver à l'objectif  de 80% d'une classe d'âge au baccalauréat. Elles sont payées par l'effondrement intellectuel aujourd'hui constatable et le dégoût des jeunes pour une école où il s'agit d'obtenir des points et non plus une culture et une formation de l'esprit. A travers le système d'options on ne fournit plus aux élèves qu'un savoir éclaté qui est sensé valoir pour lui-même, en tant que contenu mais qui n'a aucun intérêt pour la formation de l'esprit ; c'est pourquoi aujourd'hui on apprend les langues européennes au mépris de leur littérature : il paraît que si on a travaillé sur Shakespeare ou Wordsworth on est incapable de demander son chemin à Londres. C'est avec ce genre de sophisme qu'on a évacué de l'enseignement tout ce qui est culturel.  

       Assez réussis parce qu'ils sont organisés par des professionnels de l'agit-prop, les défilés dans la rue ne sont pas les manifestations les plus significatives de la crise de notre enseignement ainsi qu'en témoignerait une telle étude. Est-ce pour remercier certains syndicats d'avoir fait son travail que le gouvernement envisage de les faire payer par le contribuable ? 


 

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