LE CONTEXTE CULTUREL  

 

Pourquoi lire Platon ? Ce philosophe grec du V ème siècle avant J.C. apparaît comme le fondateur de la philosophie (ce qu'il n'est pas historiquement) : c'est le premier qui nous laisse une oeuvre conséquente. De ceux qui l'ont précédé, nous n'avons que des oeuvres fragmentaires, voire pas d'écrit du tout, ce qui est le cas de Socrate (470-399 avant  J.C.), dont Platon a été le disciple et qui , à ce titre , est considéré comme le fondateur de la philosophie .

Platon (428-347 avant J.C.) a vécu au grand siècle de la Grèce classique, particulièrement éblouissant dans l'état d'Athènes, où est né Platon et où il a fondé, tardivement, une école de philosophie qu'on appelle l'Académie car il enseignait dans un lieu appelé les Jardins d'Académos. Les contemporains de Socrate et de Platon sont ceux qui nous ont légué les racines de notre culture occidentale : l'histoire est fondée par Hérodote( 480-425 ) ; Thucydide (460-395 ),Xénophon (427-355 ), ses disciples, écriront la Guerre du Péloponèse et c'est un Grec, Polybe, esclave de Scipion, qui transmet à Rome le goût de l'histoire. Le théâtre grec qui nous est parvenu est également celui des contemporains de Socrate et de Platon ; citons seulement les grandes tragédies d'Eschyle, de Sophocle, d'Euripide mais aussi les comédies d'Aristophane, dont Molière s'inspirera pour les porter à leur perfection .Contemporains également de Socrate et de Platon, les sculpteurs Phidias (490-431) et Praxitèle (390-330 ), qui s'ingénient à libérer la sculpture de ronde-bosse  (statue par opposition aux reliefs ) des contraintes trop apparentes de la pesanteur. Et, bien sûr, on leur doit aussi des modèles architecturaux, dont ceux que nous pouvons encore admirer à  Athènes : le Parthénon et l'Erecteion .
 
Une civilisation d'une telle richesse et qui nous a si fortement influencés, par l'intermédiaire du conquérant romain, n'est pas née avec la soudaineté  du champignon : elle est elle-même l'épanouissement d'une culture multiséculaire. C'est ce qu'il ne faut jamais oublier lorsqu'on s'intéresse à « la Grèce classique », tranche de vie d'un  peuple qui aborde son déclin : la Grèce est colonisée par Philippe de Macédoine et son fils, le Grand Alexandre, dès le IIIème siècle  avant J.C. Il n'est donc pas étonnant de trouver une certaine inquiétude politique dans quelques grands textes de Platon : un de ses disciple, Aristote, ne sera-t-il pas le professeur d'Alexandre- et obligé de fuir Athènes après la mort de son élève et protecteur.
 

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La réflexion de Platon se présente sous une forme intellectuelle extrêmement souple : il s'agit de dialogues. Platon a porté cette forme, dans certains cas, à une véritable perfection ; pas étonnant puisque, avant de s'adonner à l'écrit philosophique, il avait écrit des pièces de théâtre ( il n'en reste aucune : lui-même les a détruites). Un des personnages qu'on retrouve presque constamment  dans ses dialogues est son maître Socrate ; on a donc tendance à voir Socrate à travers Platon puisque Socrate n'a rien écrit. Mais Platon, comme tout homme de réflexion, a évolué au fil du temps ; est-ce ce qui l'a conduit, dans la suite des dialogues, à remplacer ce personnage de Socrate par « l'Etranger » ? Souci d'honnêteté intellectuelle ? Car ce Socrate des dialogues n'est-il pas un peu trop Platon pour être Socrate ?
Les personnages des dialogues de Platon ne sont pas fictifs : ce sont souvent des contemporains de Platon et de son maître Socrate ; certains sont  d'ailleurs des disciples de Socrate, comme le jeune Alcibiade, qui fera une carrière tumultueuse comme général athénien. D'autres sont des adversaires de Socrate ; tel est le cas des sophistes. On appelle ainsi des professeurs de rhétorique (art oratoire), qui vont de Cité en Cité enseigner l'art du discours aux jeunes gens de la société qui sont en mesure d'espérer le pouvoir politique. Le terme de « politique », qui connaît le succès que l'on sait, vient du mot grec « polis » qui désigne la Cité ; c'est que la Grèce antique n'est pas un Etat comme la Grèce moderne ; le régime politique y est celui de l'Etat-Cité : chaque Cité est un Etat qui a sa constitution propre .Il est évident que les sophistes qui enseignaient l'art oratoire trouvent plus facilement clientèle dans les démocraties, par exemple à Athènes. Ce sont des professeurs itinérants : ils vont de Cité en Cité, à la recherche de nouveaux clients ; les plus célèbres d'entre eux sont suivis dans leurs déplacements par leurs élèves : le début du dialogue « le Protagoras » montre bien l'atmosphère dans laquelle se déroule l'apprentissage de la rhétorique : très différente, certes, de celle de nos classes terminales, et pourtant non sans similitudes, puisqu'il s'agit de la dernière phase d'une éducation faisable alors qu'on a atteint une culture et un âge qui permettent d'aborder tous les problèmes du monde adulte comme c'est le cas en philosophie dans les classes de l'enseignement secondaire français.


NOTE  PRATIQUE

 

Les dialogues de Platon portent souvent le nom du principal personnage qui discute avec Socrate. Les références des textes à l'intérieur de chaque dialogue sont composées de numéros et de lettre ; ce système permet une grande précision, surtout lorsqu'elles sont en marge latérale comme dans les anciennes éditions Garnier. Ce sont des références internationales, ce qui rend possible d'utiliser toute édition qui vous conviendra. Pour notre part, lorsque nous utiliserons des textes, nous les reproduirons d'après d'anciennes traductions car, si Platon et sa famille ne réclament pas de droits d'auteur, il n'en va pas de même des traducteurs et de leurs éditeurs...
 

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La culture occidentale a, on le voit, ses racines dans la culture grecque classique, qui est elle-même le fruit mûri de 25 siècles, au moins, de culture. La civilisation de la mer Egée s'est d'abord développée en Crète, plus de 30 siècles av. J.C. : c'est le minoën, d'où nous sont venus les mythes de Thésée et des siens (dont Phèdre et Ariane), qui ont inspiré Racine, mais aussi le musicien anglais Purcell. L'envahisseur achéen, arrivé au 15 ème siecle av.J.C (c'est le mycénien), l'a empruntée aux Crétois et l'a diffusée, faute d'avoir su la défendre lors des invasions doriennes du 12 ème siécle av. J.C.
La philosophie, réflexion sur la vie et les choix qui y sont préférables, trouve déjà l'essentiel de ses problèmes dans les dialogues où s'opposent Socrate et les sophistes. Certes, ceux-ci enseignent l'art oratoire, mais à des jeunes gens qui en attendent un résultat pratique, l'accession au pouvoir ; c'est pourquoi on trouve, dans un des plus charmants dialogues de Platon, le Phèdre, la question : à quoi sert la parole, à dire vrai ou à convaincre ? C'est plutôt le deuxième aspect qui intéresse le jeune Phèdre, sans qu'il se dissimule ce que cela signifie : « j'ai entendu dire, mon cher Socrate, qu'il n'était pas nécessaire au futur orateur de connaître ce qui est réellement juste, mais ce qui semble juste à la multitude chargée de voter, ni ce qui est réellement bon ou beau, mais ce qui paraîtra tel ; car c'est de la vraisemblance, non de la vérité que sort la persuasion. » (Phèdre, 260) : comme on le voit, le problème politique de la démocratie est posé de longue date !  


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Présentés par le disciple de Socrate, les sophistes risquent de n'avoir pas bonne presse et, à travers cette remarque de Phèdre, on voit venir une définition du sophiste qui apparaît dans un autre dialogue : c'est un « trafiquant des denrées dont l'âme se nourrit », en prenant  le terme « trafiquant »dans son sens le plus péjoratif : celui qui altère la marchandise sans s'inquiéter des préjudices que cela peut causer au consommateur.
Mais il ne faut pas en rester à cette vision des sophistes, ainsi présentés par un adversaire : il y a chez eux une théorie de la connaissance dont Platon lui-même n'a pu nier l'intérêt : nous connaissons grâce à nos sens, constatent-ils, or ceux-ci sont subjectifs ; ainsi,  « le sucre est sucré pour Socrate bien portant, amer pour Socrate malade », exemple ressassé, mais nous pouvons en trouver d'autres à l'infini : par exemple, la perception des couleurs par le daltonien ; il ne perçoit pas le rouge mais que perçoit-il lorsqu'il vous dit que sa couleur préférée est « ça », en vous montrant l'orange, mélange de rouge et de jaune ? De même, celui qui affirme « il fait froid » devrait dire :« j'ai froid » car on peut avoir chaud quand un autre a froid. Bref les études scientifiques de la perception (à voir ultérieurement) donnent souvent raison aux sophistes.

Ainsi, comme nous le voyons, le problème de notre connaissance humaine est posé dans les termes qui sont toujours les nôtres dès le Vème siècle av. J.C. Non seulement les sophistes dans leur ensemble soulignent la subjectivité de la connaissance sensorielle, mais c'est dès le VI ème siécle av. J.C. qu'apparaît une réflexion essentielle sur le temps : Héraclite d'Ephèse qui observe l'évolution de la société grecque de son temps en perçoit les changements sur le plan moral et politique : les Etats-Ciés se transforment sur le plan économique, ce qui remet en cause le statut social-religieux qui servait de fondement à des sociétés essentiellement agricoles (voir sur ce point Fustel de Coulanges, La Cité antique, éditions Champs Flammarion)
 
Ce changement conduit Héraclite à une réflexion imagée : « On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve » ; de fait il n'y a pas que l'eau, les rives, le lit du fleuve qui changent, mais chacun de nous au fil du temps.

Alors si la perception est subjective et si, au fil du temps, en fonction de l'expérience acquise, tout homme change dans ses appréciations, ses jugements, une connaissance vraie est-elle possible pour l'homme ? Le problème ainsi posé par la Grèce antique est toujours le nôtre, en gros dans les mêmes termes, lors même que la science a considérablement progressé ces deux derniers siècles.

Au fil du temps quelques solutions ont été proposées : celle de Platon, celle de Descartes qui n'est pas sans ressemblance. Il y a aussi la remise en question de ces solutions : celle de Platon par Aristote qui fut son élève pendant dix-huit ans ; il a pris son temps pour réfléchir... L'élève de terminale n'est qu'au début de sa réflexion philosophique, souhaitons qu'il n'en reste pas là : il a toute sa vie pour réfléchir à sa vie et pour la choisir en fonction de sa réflexion. Sa situation d'élève est une situation heureuse car c'est un moment où rien ne le presse de s'engager, il peut suspendre son jugement comme il ne lui sera plus possible de le faire bien souvent dans la vie active. Qu'il en profite, mais qu'il le fasse avec sérieux : un tel moment risque de ne plus revenir.

Quant aux adultes, bacheliers ou non, qui n'ont jamais lu Platon, ils trouveront sûrement quelque plaisir à reprendre une réflexion personnelle à partir de ce philosophe.
 
 

BIBLIOGRAPHIE SUR LA CULTURE GREQUE

(pour information)
 

Fustel de Coulanges : La Cité antique, collection Champs Flammarion
Glotz : La Cité égéenne, éditions Renaissance du livre
Chamoux : La civilisation grecque, éditions Arthaud

Cette bibliographie n'est pas nécessaire pour aborder l'oeuvre de Platon. Elle s'adresse à qui veut comprendre l'histoire de la culture dont l'occident a héritée.

 

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