| L’ETAT
DEFINITION «L’ Etat est l’ensemble des institutions (politiques, juridiques, militaires, administratives, économiques) qui organisent une société sur un territoire donné. La notion d’Etat suppose une permanence du pouvoir : en effet l’Etat n’apparaît que lorsque le pouvoir s’institutionnalise, c’est-à-dire que lorsqu’il cesse d’être incorporé dans la personne d’un chef (…) Il suppose deuxièmement la «chose publique»: si le pouvoir de l’Etat n’appartient pas à son détenteur, s’il n’est pas sa propriété personnelle, c’est qu’il définit un espace public commun à tous» : c’est ainsi que les auteurs de «Pratique de la philosophie de A à Z» (Hatier éditeur 1994 ) définissent l‘Etat. Sous la plume de L. M. Morfaux (éditeur Armand Colin 1980) l’Etat est défini: a) «ensemble organisé des institutions politiques, juridiques, policières, militaires et économiques sous un gouvernement autonome sur un territoire propre» b) peuple ainsi pratiquement organisé et constituant une nation. On pourrait penser qu’il manque à ces deux définitions la notion de temps. En réalité elle y est implicitement en effet les institutions énumérées impliquent nécessairement des coutumes et donc un passé : ces institutions économiques, politiques, judiciaires, policières et militaires existent nécessairement avant notre naissance. On trouve les mêmes composantes dans les deux définitions, mais celle donnée par le «vocabulaire pratique» d’Hatier insiste particulièrement sur la permanence d’un pouvoir institutionnalisé sur un territoire et qui n’est pas lié à la personne d’un chef, ce qu’exprime la formule « le Roi est mort vive le Roi», comme le remarquent les auteurs; mais en revanche, l’idée de nation en est absente or ces institutions n’ont de sens que pour et par la nation, c‘est-à-dire les gens auxquels elles sont destinées, qu’elles protègent et qui sont unis par elles. La fonction de l’Etat est donc essentiellement une fonction de protection : protection des individus à l’intérieur du territoire de l’Etat où il a charge de faire régner la paix par les institutions de police et de Justice ce qui nécessite une organisation administrative; mais l’Etat doit aussi assurer la protection du territoire lui-même par rapport à l’extérieur car, ainsi que l’a bien vu Hobbes, les Etats entre eux sont à l’état de nature c’est-à-dire à l’état de guerre de tous contre tous… ce que l’Histoire ne dément pas, même si aujourd’hui c’est souvent sur le plan économique que cet état de guerre se manifeste, comme en témoignent les « sanctions » économiques prises contre tel ou tel pays : c’est à ce double titre de fonction de protection que l’ Etat réclame obéissance et que le citoyen lui reconnaît le monopole de la violence. LES FORMES NON ETATIQUES DE SOCIETES HUMAINES a) le nomadisme peu favorable à l’organisation en Etat L’Histoire nous montre que l’Etat est loin d’être la seule forme d’organisation de ces sociétés; elle est peut-être même la moins répandue. L’ Etat, nous dit Jules Monnerot, est un héritage de la Grèce antique: les sociétés y étaient organisées en Etat-Cité avec leur Constitution propre, différente de l’une à l’autre comme le sont aujourd’hui les Etats d’Europe qui ont chacun leur Constitution propre. Mais d’autres types d’organisations sont possibles, existent et sont sans doute majoritaires de par le monde. Ainsi les hordes nomades ne sont pas des absences d’organisation, sans quoi elles n’eussent pas été efficaces. On les voit tomber sur les peuples sédentaires, par exemple sur les Etats-Cités de l’Asie Centrale, ou sur la Chine, à des fins de pillage; cette histoire explique d’ailleurs certaines situations actuelles des différents pays d’Asie comme les rapports de la Chine et des Ouighours ou du Tibet, ceux de la Russie contemporaine et des actuels Etats islamiques d’Asie Centrale, voire des différents Etats du Moyen Orient entre eux. Ces hordes nomades d’Asie ont vécu dans les conditions difficiles imposées par la géographie physique de leur lieu d’origine, la Sibérie; elles tombaient volontiers sur les richesses des pays sédentaires dont-elles n’ignoraient pas l’existence puisqu’elles échangeaient aussi leurs richesses (or, fourrures, objets forgés par les « forgerons de l’Altaï», esclaves) avec de la nourriture et des objets fabriqués par les sédentaires dans les royaumes de l’ Asie Centrale. Lorsque les Grecs, des siècles avant Jésus Christ, y introduiront la monnaie, le commerce y deviendra très prospère et les Etats-Cités seront extrêmement riches. Quelle tentation pour les hordes nomades! Leurs invasions témoignent de leur organisation : le chef est un chef de guerre très obéi par une troupe disciplinée, et d’autant mieux qu’il s’est montré très efficace et que la horde a pu, sous sa direction, emporter de riches butins. Il ne s’agit donc pas de guerre de conquête mais de guerre de pillage avec d’horribles massacres dont la réputation contribue à sidérer l’adversaire et l’affaiblir, à le faire fuir préventivement ce qui rend le pillage plus facile! Cette technique de guerre est différente de celle pratiquée par les Etats influencés par la conception hellénique de l’Etat, par exemple de celle de Rome. Ainsi s’établissent des malentendus : lors de l’invasion de Rome par les barbares, les Romains sont persuadés qu’ils veulent rester et prendre le pouvoir aussi sont-ils étonnés de les voir partir. Les historiens sont aujourd’hui sceptiques au sujet de la « victoire » romaine des « Champs catalauniques »: Attila, roi des Huns, (434-453) s’est tout simplement retiré avec son immense butin, et, suivant la technique des nomades, il s’est, dans un premier temps, installé avec ses troupes derrière leur rempart de charriots, avant de se mettre définitivement, hors d’atteinte. Les ambassadeurs romains qui ont été reçus sous la tente d’Attila témoignent que cette technique guerrière fut très rentable puisqu’ ils furent impressionnés par la richesse et le raffinement des objets et des vêtements des officiers d’Attila ! Mais que le chef échoue dans ses entreprises et la horde se détourne et même se divise pour suivre un chef plus heureux; de même lorsque le chef meurt, il est fréquent que la horde se divise entre les divers successeurs, et tente fortune avec l’un ou l’autre d’entre eux : on voit bien que, dans ce contexte, la notion d’Etat est inconnue et que toute organisation de type étatique est impossible. Ce qui unit les hordes c’est un mode de vie, original par rapport au nôtre, sa discipline intérieure et, bien sûr la perspective des profits du pillage. Cette situation de société humaine sans Etat est-elle propre aux nomades sibériens en quête de pâtures pour leurs immenses troupeaux ? Il n’en est rien si on en juge par l’Histoire contemporaine de l’Afrique : après la parenthèse de la colonisation européenne (moins d’un siècle), l’O.N.U. a supervisé son organisation en Etats, décidant de garder les frontières de la colonisation pour éviter les conflits que susciteraient des contestations territoriales. On peut constater aujourd’hui qu’on est loin du succès escompté : la presse quotidienne (ne considérons que l’année en cours) ne cesse de nous parler de massacres de populations (Nigéria10 III 2010), de modification de Constitution pour prolonger le mandat c’est-à-dire le pouvoir du chef de l’Etat (Côte d’Ivoire : Le Figaro 22 II 2010 et 12 III 10), de putsch (au Niger, 1974, 1996, 1999, 2010) et/ou d’assassinats de présidents élus, l’O.N.U. ayant imposé notre conception de la démocratie qui est de compter des voix, alors que l’unité semble être celle de l’ethnie, groupe humain dirigé par un chef. Il en résulte que « bâtis à l’intérieur de frontières artificielles, les Etats post coloniaux sont trop souvent des coquilles juridiques vides ne coïncidant pas avec les patries charnelles qui fondent les véritables enracinements humains » remarque Bernard Lugan («Histoire de l’Afrique» éditions Ellipses 2009 p. 854); entre autre, écrit-il, la colonisation « a tracé des frontières, réalité inconnue et même souvent incompréhensible en Afrique. Ce faisant, elle y a perturbé les grands équilibres humains, car dans l’ancienne Afrique les territoires des peuples n’étaient pas bornés et surtout, le plus généralement, on ne sortait pas de chez soi pour immédiatement entrer chez le voisin. Entre les cœurs nucléaires territoriaux existaient en effet de véritables zones tampons, mouvantes, n’appartenant ni aux uns ni aux autres. Dans certains cas ces espaces pouvaient être parcourus par les uns et par les autres» (ibidem p.859). Ce mode de séparation des groupes humains témoigne bien évidemment d’une conception d’occupation de l’espace très différente de la conception qui régit la notion européenne d’Etat, d’autant que ces zones-tampon, in fine «étaient le domaine des esprits dans lequel nul ne s’aventurait » ajoute Bernard Lugan : l’absence de frontières ne signifie donc pas que ces peuples n’avaient pas besoin de frontières parce qu’ils vivaient en bonne intelligence; bien plus, on peut penser même qu’ il n’y avait pas entre eux le minimum d’harmonie nécessaire pour établir des conventions concernant l’étendue du territoire de chacun, d’autant que les ethnies n’excluaient pas de se déplacer sur le territoire du continent de part et d’autre de Sahara. b) Le regroupement ethnique est-il une question de délimitation de territoire? Manifestement non puisque les frontières et les obligations qu’elles impliquent sont contestées aussi l’Afrique connaît aujourd’hui de réelles difficultés : les frontières issues de la décolonisation ont coupé des ethnies qui se trouvent réparties entre deux, voire entre plusieurs Etats. Inversement des peuples très divers se trouvent réunis dans le même Etat; or les ethnies sont-elles-mêmes subdivisées en tribus et en clans multiples qui ont eu leur propre histoire, ont évolué différemment comme en témoigne l’extraordinaire diversité des langues dans les Etats africains. Il est difficile de constituer un Etat avec des peuples aux langues multiples, aux mœurs diverses et des antagonismes qui soudent chacun de ces groupes humains contre d’autres mais ne les incitent pas à vivre en bonne intelligence, ou au moins en paix comme c’était le cas durant la colonisation, avec tels autres peuples qui se trouvent compris à l’intérieur des frontières imposées, par exemple des tribus victimes de l’esclavage avec d’autres qui ont contribué à cette chasse à l’homme; d’où les révoltes du Biafra, du sud soudanais, les malaises du Tchad (p. 859), d‘où les fréquentes et parfois longues interventions d’une armée mandatée par l’O.N.U. (par exemple depuis dix ans en République démocratique du Congo) pour remplir le rôle de maintien de l’ordre qui a été celui des puissances coloniales européennes et qui est de la responsabilité normale de l’Etat; ces interventions des forces de l’O.N.U. ou la présence d’observateurs mandatés par elle lors des élections signifient qu’on reconnaît au moins implicitement l’échec de la formule imposée. Dans la situation actuelle, en cas de conflit, une ethnie fait appel à ceux des siens qui vivent dans un Etat voisin; elle trouve normal de s’y réfugier et s’y intégrer ou d’y refaire ses forces… en attendant le moment favorable pour repartir à l’assaut de ceux qui les ont obligés à fuir, tandis que l’ethnie massacreuse à qui elle échappe proteste, à la manière européenne, contre l’Etat voisin qui protège et aide celle qui a dû fuir : en somme chaque ethnie alors se place sur l’échiquier qui lui est favorable, ce qui rend tout arbitrage dérisoire. Le mode d’existence en Afrique est moins l’Etat que l’ethnie c’est dire que le territoire importe moins que l’unité du groupe humain. Beaucoup d’ethnies ne se stabilisent pas sur un territoire, or celles qui ne sont pas stables, lorsqu’elles vont d’un territoire à l’autre, poussent très souvent celle qui y était installée; c’est même une tactique en usage pour s’octroyer un territoire, et qui n’est pas propre à l’Afrique. La même chose s’est produite en Indonésie, Etat de 14.000 îles et 300 ethnies, lorsqu’une population en a poussée une autre qui réclamait son indépendance, pour accéder aux puits de pétrole qui y avaient été découverts comme ce fut le cas au Timor oriental. Il n’est pas toujours facile de savoir dans ces cas de conflit si le déclencheur est ethnique, religieux, ou tout simplement l’appât de richesses naturelles, d’autant que les « rebelles » peuvent alors avoir été manipulés par des intérêts étrangers («Indonésie, la nouvelle donne» Philippe Raggi édition L‘Harmattan 2000 p.60 sq.) : ce cas de figure devient fréquent en Afrique où l’on découvre de plus en plus de richesses minières, pétrole et uranium par exemple, et où les nouveaux intervenants ne sont pas nécessairement désintéressés. c) L’ethnie n’est pas la race Ainsi il apparaît que ce sont les populations, en tant qu’existantes qui sont la véritable unité politique. Il reste à savoir comment se forment ces unités. Par ethnie. Mais par ce mot, on entend trop souvent race et le racisme apparaît comme lié à l’ethnie. La réalité est moins claire que cette interprétation semble le suggérer : nous avons été frappés par le fait que les auteurs, qu’ils traitent de l’Asie ou de l’Afrique, mettent en garde contre une telle interprétation de l’ethnie. Dès les premières pages de son « Histoire des Turcs « (édition Fayard 1984), Jean-Paul Roux insiste sur l’idée que c’est la langue qui caractérise le fait turc et non pas la race : «La seule définition qu’on puisse retenir, écrit-il, est linguistique. Est Turc qui parle la langue turque» (p.20); et il insiste: «les Turcs sont de tendance exogame et choisissent leurs épouses chez des non-Turcs parce qu’ils se mêlent à toutes les ethnies qu’ils rencontrent, parce que leur langue est douée d’une étonnante force d’attraction et que des masses d’hommes l’adopteront, il n’est plus possible de retenir un trait physique comme caractéristique.» Et de remarquer: «les archéologues ont cherché à localiser le peuplement turc le plus ancien dans des régions où les tombes contiennent des crânes exclusivement brachycéphales» alors que dès avant l’ère chrétienne «on mentionne comme turc le peuple kirghiz composé d’hommes blonds, de haute taille, aux yeux bleus», sans doute des Indo-Européens turquisés. Inversement, constate-t-il, l’abandon de la langue turque est un indice de déturquisation. On trouve chez Bernard Lugan des remarques très semblables à propos des ethnies africaines: «L’ethnie est un groupe humain considéré dans les seules particularités culturelles qui unissent ses membres. C’est une communauté linguistique établie en théorie sur son territoire traditionnel. L’ethnie ne se définit ni par la race, ni par le morphotype, mais d’abord par la langue»; et de prendre des exemples: «Ainsi au Rwanda et au Burundi, les ancêtres des actuels Tutsi se sont jadis «bantuisés» en adoptant une langue bantu et en perdant l’usage de la leur qui appartenait au groupe Nil-Sahara. Mais en devenant des locuteurs bantouphones, ils ne se sont pas pour autant transformés morphotypiquement en Hutu. Quant aux nombreux métissages, ils n’ont fait disparaître ni les Tutsi, ni les Hutu.» Autre exemple, les Zulu, une des multiples petites tribus de l’ethnie bantouphone des Nguni, «au XVIIIe siècle, par le fer et par le feu, ils incorporèrent nombre de tribus du même ensemble, ce qui fut d’ autant plus aisé que tous parlaient la même langue et adhéraient au même système de valeurs» ( « Histoire de l’Afrique » p.35) Ainsi l’ethnie apparaît comme une unité culturelle, qui fut peut-être à un certain moment de son histoire, proche de son origine vraisemblablement, une unité raciale. A travers l’aventure d’un peuple nomade et qui dans certains cas se stabilise, Jean- Paul Roux signale des attitudes ou des rites qui évoquent clairement ce que Pareto appelle la «persistance des agrégats», par exemple dans les noms relevant du totémisme ou la construction de tombes magnifiques comme celle du Taj Mahal qui ne répondent à la pratique mortuaire de l’Islam : cela indique clairement le caractère culturel de l’ethnie. EMPIRE ET ETAT Dans le grand tourbillon des hordes qui déferlent sur l’Asie Centrale, on voit se créer et se disloquer d’immenses Empires. Située entre la civilisation méditerranéenne et la civilisation chinoise, l’ Asie Centrale, de peuplement iranien, profite d’un courant commercial dynamique auquel d’ailleurs les Grecs participent activement bien avant l’épopée d’Alexandre le Grand; elle crée des villes prospères, Etats-Cités des oasis de haute civilisation sur lesquelles s’abattent les hordes barbares venues de Sibérie. On peut comprendre que des peuples s’efforcent d’échapper à la famine qui les menace dans leur rude pays, où il leur est même parfois impossible de nourrir leurs nombreux troupeaux dont leur vie dépend (entre 15et 25 têtes de bétail par personne). Il est pour nous, aujourd’hui, intellectuellement et a posteriori, plus difficile d’admettre la construction à grand fracas de ces empires démesurés et éphémères : Alexandre le Grand meurt cinq ans après avoir mis fin à ses immenses conquêtes que se partageront ses généraux plus préoccupés de conserver une place active sur la façade maritime de leur fief respectif que de respecter la prospérité des royaumes de leurs anciens collègues au grand dam des populations (sur le partage et la désagrégation de cet empire voir « Histoire économique et sociale du monde hellénistique » de Rostovtseff coll. Bouquin); quant à Tamerlan qui envahit les Indes en 1398, il reste 15 jours à Dehli qui a subi un long siège, la remet à un officier afghan et revient à Samarkand. L’histoire de l’Asie apparaît comme un théâtre d’Empires qui durent une, deux ou trois générations, parfois un siècle ou deux, et se disloquent au hasard d’une défaite ou au décès d’un chef dont les héritiers, au mieux, se partagent les dépouilles sans s’entre tuer. C’est un vrai tournis de batailles, de pillages, d’incendies, de destructions et d’Empires. Des parents vendent leurs jeunes enfants pour en faire les mercenaires qui assureront le pouvoir d’un souverain Arabe de Bagdad sur l’Egypte, par exemple … jusqu’au jour où le chef de ces Mamelouks se trouvera assez fort pour exercer le pouvoir pour son propre compte. Pour actifs que soient tous ces peuples, les individus pèsent peu dans cette histoire dynamique, grandiose et absurde. Nous touchons là la différence entre Empire et Etat : liés à un chef ,les Empires ne sont pas de vrais Etats, ils n’unissent pas des Etats mais au mieux les recouvrent en quelque sorte; et les plus durables sont ceux qui ne perturbent pas les peuples qui y vivent. Ainsi les Perses, groupe de tribus iraniennes venu de l’ouest, s’installant dans le nord du golfe Arabo- Persique vers 700 avant Jésus Christ, affrontent d’abord sans succès les Mèdes, maîtres du premier empire d’Iran, mais ils les vainquent vers 675- 640; les Mèdes vaincus rentrent sous leur souveraineté « ou plutôt, s’unissent aux Perses et à leur empire succède tout naturellement celui des nouveaux venus, les Achéménides». Avec Cyrus II le Grand (vers 559-530 avant J.C.) les conquêtes se poursuivent vers Babylone et l’Oxus (Amou-Daria qui se jette dans la mer d’Aral): ainsi en unifiant des peuples iraniens jusque là séparés, les Achéménides créent-ils une nation, la nation iranienne, une des plus vieilles nations du monde. Mais avec cet appui, Cambyse II (530-522) va conquérir des terres non iraniennes : l’Egypte, la Lybie, la Cyrénaïque, l’Ethiopie, Darius Ier s’efforce de maîtriser les Cités grecques, Athènes le tenant toutefois en échec ( Première guerre médique), et conquiert la Thrace et la Macédoine. C’est de Macédoine d’ailleurs que part le vainqueur du dernier Empereur Perse, Alexandre, fils et héritier du roi de Macédoine. Une première victoire sur Darius III lui ouvre la voie de l’Egypte, une deuxième celle de l’Asie mineure; ayant définitivement battu Darius en Mésopotamie, il s’en considère l’héritier! La monarchie Perse lui avait «préparé la voie, écrit Jean-Paul Roux, ayant «habitué les peuples à l’existence d’un empire et il n’y avait plus qu’à changer de titulaire. Chacun vivant selon sa loi, sinon à sa guise, nul ne se souciait vraiment de qui serait son maître»; les Achéménides avaient compris que l’empire devait «respecter les particularismes de ses sujets, leur langue, leur religion, leur art, leurs institutions» («L’Asie Centrale» p.71); Alexandre retient la leçon, et bien plus tard, en Europe, l’Empire Ottoman procèdera de même, dans une certaine mesure, en laissant régler les conflits entre particuliers à l’échelon local, autant que faire se pouvait. Ainsi l’Empire n’est pas un Etat : installé par la force armée, le souverain est étranger aux peuples qu’il domine. Alexandre fait œuvre impériale en reprenant la politique de ses prédécesseurs : il continue d’aménager les voies de communication entre les villes « car il avait conscience que (…) devenues points de fixation (elles) pouvaient tendre à se dissocier d’un ensemble qu’il voulait cohérent et qu’il savait composite » (L‘Asie Centrale); il s’efforce d’en accroître le peuplement grec, entre autre en favorisant le métissage mais le dernier Etat grec, celui de Bactres ( Balkh dans le nord de l’actuel Afghanistan), n’en sera pas moins éphémère (III et II siècle av J.C.). Nous voyons donc, bien marquée, la différence entre l’Empire et l’Etat, lorsque le souverain veut bien s’y investir et comprend la grande diversité du peuplement d’un immense territoire unifié seulement par la conquête : ne pouvant lui donner l’unité humaine d’un peuple, il essaie au moins de l’aménager sur le plan matériel en fournissant des facilités de communication qui peuvent aider à une future union des peuples; mais il n’a guère de prise sur les populations, natives ou importées, il ne leur impose pas un droit unique. Ainsi c’est la population qui fait l’Etat quand elle est fixée sur un territoire et assez homogène pour se sentir solidaire et accepter les mêmes lois. Dans d’autres cas, comme celui des Mamelouks, armée de mercenaires Turcs qui gouverne l’Afrique du Nord et l’Egypte pour le compte du Sultan Arabe, l’Empire se contente de prélever le tribut qui doit être envoyé à Damas, (ou, après 750, à Bagdad, où s‘installe la nouvelle dynastie de califes) : cela suppose surtout une armée efficace … dont le chef finit par garder le tribut, puis renverser le souverain en titre … processus qui s’est reproduit assez couramment dans ce type de situation : pour reprendre l’expression de J.P. Roux, simple changement de titulaire! En Egypte, (comme en Mésopotamie), la population fixée par le fleuve, en cultive les rives pour survivre et elle les défend contre les envahisseurs Berbères qui cherchent à s’y replier lorsque la sécheresse menace trop leurs oasis. Il arrive que le souverain qui s’impose sur cette population veille à sa prospérité; il arrive aussi qu’il ne la considère que comme source immédiate d’impôts. L’Empire ne résulte donc que d’un rapport de forces, lorsque ceux qui exercent le pouvoir dans l’Etat ne sont pas capables d’assurer la sécurité de leur peuple par rapport à d’autres ou lorsqu‘il n’y a pas d‘Etat, mais seulement tribus. Le fondateur de l’Empire espère que l’empire perdurera, sinon il n’essaierait pas d’en améliorer les voies de communication, comme l’a fait Alexandre ou comme l’ont fait les Romains. Mais la dislocation des Empires montre que lorsque l’unification est artificielle sur le plan humain, elle est éphémère : c’est donc autre chose qui fonde les Etats. On a pu croire parfois que la religion permettait cette unification; il n’en est rien si on en juge par les Guerres de Religion qui ont secoué l’Europe chrétienne avant qu’elle accepte la liberté religieuse individuelle, ce que l’héritage culturel grec de liberté de réflexion personnelle a évidemment favorisé. Les conflits à l’intérieur même des Etats musulmans où l’Islam est vécu de diverses manières, traduisent des diversités liées à l’histoire des diverses communautés humaines à l’intérieur de ces Etats. Toute religion peut être vécue très différemment suivant les peuples qui la pratiquent, mais elle ne peut les unifier lorsqu’elle apparaît comme la forme de prise en main d’une communauté par une autre: les conflits de la chrétienté entre les patriarcats de Constantinople et Alexandrie en témoignent déjà; ceux qui divisent l’Islam après la mort du Prophète le confirment. LA NATION FONDEMENT DE L’ETAT Les ethnies, qui se décomposent et se recomposent selon les occasions, ne sont pas un terreau favorable à l’unité d’un Etat car l’Etat repose sur l’identité d’un peuple. Le sociologue Jules Monnerot (1908-1995) remarque que le « démos » (peuple en grec) exige toujours le complément d’un qualificatif, démos athénien par exemple. « Il n’y a pas de démos en général. Et une cité, une polis, quelque fut son régime (…) ne légiférait que pour les siens. Les procédures de naturalisation étaient rares »; le peuple « c’est le corps même de la cité, le corps civique ou politeuma, l’ensemble de ceux qui jouissent des droits civiques, c’est-à-dire que ce que, nous, nous appelons citoyenneté et ce que nous, nous appelons nationalité, ne sont pas dissociables. » (Désintox p.55-56) Les autres habitants, par exemple les étrangers domiciliés, jouissent d’un certain nombre de droits, peuvent s’enrichir, mais ont un certain nombre d’obligations qui leur sont propres. L’Etat ayant pour rôle d’établir et de faire respecter les lois, cette fonction devient impossible si les populations ne perçoivent leur unité que sous la forme d’ethnies, ayant leurs propres coutumes et valeurs. On le voit bien avec l’histoire contemporaine de l’Afrique: l’Etat étant pouvoir suprême, les ethnies les plus nombreuse s’en disputent la maîtrise. L’histoire de la Cote d’Ivoire est significative sur ce point: le premier chef de l’Etat, Houphouët-Boigny, partageait la conception française héritée de la Révolution, de la stricte égalité des hommes, mais il avait aussi conscience de la réalité africaine qui, fondée sur le primat de l’ethnie, n’a pas grand rapport avec cette conception; lui-même, étant d’une ethnie du sud, prit un premier ministre d’une ethnie du nord; ce système, appuyé sur le Parti unique, a fonctionné assez bien pendant trente ans. Son successeur a pris un premier ministre de la même ethnie que lui, du sud, et les conflits ont commencé. Ils durent toujours. L’exemple mérite qu’on y réfléchisse. Il n’est pas possible de promulguer des lois valables pour une trentaine d’ethnies, d’ailleurs généralement subdivisées en tribus et clans et de les imposer comme « naturellement ». Comment ce problème peut-il être réglé? C’est celui qu’on trouve en Gaule au moment des invasions barbares. Dans un premier temps c’est l’armée romaine qui, par la force impose une certaine unité; cependant au moment de la décadence de l’Empire Romain cette unité paraît d’autant plus compromise que Rome a embauché des troupes barbares pour assurer l’ordre en les installant sur la frontière du Rhin par laquelle d’autres barbares menacent l’Empire. (La Chine en son temps a procédé de même avec les Ouighours). Si Clovis (465?- 511), admirateur de l’administration romaine, prend à cœur, la tâche de protéger la frontière; Théodoric, chef de guerre Wisigoth, perçoit très différemment la situation : il traverse la Gaule en passant en force du Rhin à Bordeaux; il impose l’arianisme à un peuple christianisé qui, comme son clergé, le refuse. Théodoric longtemps semble gagner sur toute la ligne: il arrive même à faire reconnaître son autorité par l’Empereur qui est en Orient mais les peuples l’acceptent mal et son empire s’effondre assez rapidement, tandis que Clovis, conseillé par le clergé qui jouit d’un grand prestige, a pu s’assurer la confiance du peuple, il réussit à maintenir sa lignée, et peut être considéré à l’origine de l’unité politique de la France. En fait cela ne se passera pas si rapidement : avec les Carolingiens, il y a de nouveau formation d’un empire par guerre, conflit lors des héritages et l’immense empire de Charlemagne se disloque: comme l’écrit Albert Mallet « les peuples réunis dans cet Etat n’avaient entre eux rien de commun (…) ils étaient à des degrés très différents de civilisation; ils ne parlaient pas la même langue »: ces critères, nous les avons déjà rencontrés pour l‘Afrique et pour l’Asie Centrale. La France doit beaucoup à la patience des Rois Capétiens qui ont favorisé l’harmonisation des peuples en ne les bousculant pas et en acceptant (peut-être ne pouvaient-ils faire autrement!) d’en laisser la gestion directe aux seigneurs locaux; Machiavel (1469-1527) évalue à sa juste efficacité cette pratique qui permet aux populations de rester dans la familiarité du pouvoir (Le Prince ch. II). La constitution des sociétés en ethnies est particulièrement défavorable à la formation d’un Etat : s’il n’y a pas de nation, l’institution d’un Etat s’avère impossible. C’est donc la nation qui fait un Etat sur son territoire. « Quand nous disons « France », écrit Monnerot, il ne s’agit pas seulement d’un pays mais de manières de vivre, de sentir, de voir, de réagir et d’agir, qui, cimentées par la longue durée, ont acquis comme une existence propre, une qualité distinctive. Ce type d’état psychologique vécu lie entre eux les hommes d’une cité ou d’une nation historique. Elle les lie en fonction même de l’histoire avec ses mythes historiques, ses grandeurs et ses malheurs qui ne sont qu’à eux. Il s’agit d’un alliage fort de sentiments résistant au temps; plus durables que l’individu, ils sont transmis par la culture dont ils sont partie intégrante. Ils se colorent avec les générations mais ils ne sont pas à l’échelle des individus. » (Désintox p.33-34); il s’agit de ce que Pareto appelle « la persistance des agrégats » ( voir « Pareto » en rubrique sociologie). S’il appartient à Pareto d’avoir inventé le terme, remarquons que la réalité à laquelle il se réfère se trouve déjà dans « Le Prince » de Machiavel (en particulier ch. II, III et V) C’est sur cette base « des anciennes coutumes et des moeurs », écrit le penseur Florentin, qu’il y a une véritable identité ce qui permet à l’Etat d’exister, au Politique de bénéficier de la confiance nécessaire pour obtenir obéissance et même sacrifices. C’est ce qui fait d’un peuple ce peuple et non un autre, « un peuple défini comme l’était le démos athénien, qui se considérait dans sa continuité comme l’auteur collectif des lois auxquelles il se soumettait » ( Monnerot « Désintox » p.55). La situation des ethnies qui ont chacune leur manière de vivre et de se concevoir rend impossible l’acceptation d’une législation de bien commun et donc l’Etat comme unité. LA CONCEPTION GRECQUE DE L’ETAT Sans cette identité de la nation, ce qu’on appelle Etat ne serait même pas un corps sans âme, mais une machine administrative. C’est le sentiment d’appartenance à une communauté solidaire dans son histoire, dans sa vie actuelle et dans son avenir qui soude les citoyens entre eux, et les amène à accepter et même désirer un pouvoir politique : ils ne sont pas sujets de ceux qui exercent le pouvoir parce que ce pouvoir est le leur. Il n’y a Etat que parce qu’il y a personnalité et donc indépendance de la nation, ce que souligne fortement Aristote. On ne trouve cette personnalité stable, ni dans l’ethnie qui ne peut se prolonger mentalement dans un temps réel mais seulement dans un temps mythique, ni dans l’empire qui, pour le chef, se prolonge mentalement dans un temps qui n’existera pas. Platon dans son grand dialogue « la République Livre II» s’interroge sur la raison d’être de l’Etat. Il est fondé, selon lui, sur le fait que l’homme n’a pas intérêt à fabriquer lui-même tout ce dont il a besoin, cela lui demanderait un temps et des efforts considérables d’autant qu’on ne peut être également doué pour tout; la division du travail nécessaire à la survie de chacun dans les meilleures conditions impose donc la vie organisée en société. Dans un premier temps (369-372) Socrate propose ainsi la constitution d’une cité saine, dont le type de vie est très frugal; elle comporte déjà un certain nombre de professions car il est exclu, avec le principe de division du travail, que l’artisan ou le cultivateur fabrique les instruments dont il a besoin et perde son temps à aller au marché vendre ses produits pour obtenir l’argent nécessaire à l’achat de ce qu’il ne produit pas; il faut même des marins pour importer les matières premières nécessaires à certaines professions, et donc produire plus qu’il n’est besoin à la cité puisqu’il lui faut exporter pour pouvoir importer. La Cité, c’est-à-dire l’Etat, qui connaît une vie économique très simple est déjà assez peuplée, mais si elle admet le confort, voire le luxe (372e ), il lui faudra s’accroître. Mais cette croissance ne doit pas être excessive afin que la Cité garde son unité (423b) Aristote se fait de l’Etat une idée moins utilitaire que Platon ; le rôle de l’Etat n’est pas seulement de protéger les citoyens et de faciliter leur existence matérielle : « ceux qui proposent des Constitutions, écrit-il dans sa « Politique », portent principalement leur attention sur les vertus et les vices qui intéressent la société civile et il n’y a aucun doute que la vraie cité ne doive par-dessus tout avoir en recommandation la vertu. Sans cela ce n’est plus qu’une ligue ou association d’armes qui ne diffère des autres ligues que par le lieu ». Sévère constat qui est plus que jamais d’actualité : une société d’intérêts purement matériels n’est pas une société civile : nous en savons quelque chose car ce jugement s’impose sous bien des rapports à l’heure d’une mondialisation très matérialiste« La fin de la société civile est donc de vivre bien; toutes ses institutions n’en sont que les moyens et la Cité même, qu’une grande communauté de familles et de bourgades, où la vie trouve tous ces moyens de perfection et suffisance (…) La société civile est moins une société de vie commune qu’une société d’honneur et de vertu ». Cela peut paraître exigeant pour qui ne voit la vie que sous le biais simpliste du confort immédiat, sans sacrifice aucun, et donc sans aucun sens civique: ils ignorent que la Cité repose sur les citoyens or c’est dès l’enfance que l’homme se constitue comme citoyen : ayant bien vu que chaque Cité a ses objectifs qui marquent l’éducation, Aristote écrit que l’homme doit préparer chez l’enfant la vertu civique. Le civisme est une éducation extrêmement exigeante car elle conditionne chacun à une forme très déterminée des rapports humains dans l’Etat qui en est le cadre de vie précis à la fois physique et moral. Si nous voulons conserver cette forme supérieure d’organisation sociale qu’est l’Etat, il nous faut veiller à inculquer, dès la jeunesse, maîtrise de soi-même, attention et respect d’autrui - et non un laisser-aller quasi animal et respect du plus fort et de la force. La citoyenneté n’est pas une simple formalité attestée par des papiers administratifs. Aristote n’est pas pour autant un idéaliste, voire pire un idéologue, car lorsqu’il insiste sur la nécessité pour un Etat de se suffire, il indique clairement qu’il s’agit des conditions matérielles, mais il est très méfiant vis-à-vis de ce qu’on peut appeler la course aux richesses qu’il reproche à la Cité d’Athènes; il condamne aussi la course à la puissance qui engendre les guerres et reproche à Lacédémone ses disciplines et règles nombreuses dirigées vers la guerre. Certes la Cité doit avoir une armée pour se défendre, mais pas pour conquérir et chercher à accroitre sa puissance sur d’autres, ce qu’il estime injuste. « Il est impossible qu’un Etat soit heureux si l’honnêteté en est bannie. Il n’y a rien de bon à attendre, pas plus que dans un particulier, sans la vertu et la prudence; le courage, la justice et la prudence y ont le même caractère et la même influence que dans les particuliers ». Ainsi ceux qui exercent le pouvoir dans un Etat doivent-ils avoir ce qu’on appelle le sens de l’Etat, c’est-à-dire de l’intérêt public ou ce qu’Aristote appelle le bien commun. En effet ils ont à arbitrer bien souvent entre les intérêts particuliers qui se manifestent normalement dans une société humaine : par exemple sous l’Ancien Régime, en France, la monarchie a dû arbitrer entre les grands féodaux et le Tiers Etat. Comme les grands féodaux représentaient une force armée, c’était évidemment délicat! La monarchie a utilisé, quand elle le pouvait, son droit d’affranchir une population qui désirait, et pouvait échapper à la tutelle du seigneur féodal, ce dont témoigne encore l’appellation de nombreuses « Villefranche » qui existent en France. Au 19ème siècle, le pouvoir central a dû arbitrer entre les entreprises industrielles capitalistes et les ouvriers qui pouvaient difficilement se défendre, la Révolution ayant interdit les groupes d’intérêt professionnel (loi Le Chapelier). Aujourd’hui, c’est avec les puissances financières et les syndicats que le pouvoir central est obligé de compter, par exemple pour régler le problème des retraites, la syndicalisation touchant essentiellement le secteur public dont les monopoles (transports, énergie) sont vitaux pour l’activité du secteur privé qui peut toujours être pris en otage par les grèves. Un pouvoir politique issu des élections doit donc arbitrer entre l’inconvénient des grèves qui gênent tout le monde, le poids politique des nombreux électeurs issus de la fonction publique et parapublique, et l’intérêt de la Nation: si elle craint pour sa réélection, la classe politique ajourne ce problème comme elle le fait en France depuis trente ans, refusant de voir en face la nécessité d’arbitrer. GOUVERNANCE MONDIALE a) Historique L’expression est récente mais pas l’idée d’une domination du monde: déjà le Grand Alexandre en rêvait dans sa course vers l’Est. Arrivé à la frontière de l’Inde, il apprend qu’il y a autant d’espace de l’autre coté et… rebrousse chemin. Les Romains se contentent d’être maîtres du « monde connu ». La connaissance du monde s’élargit considérablement avec les initiatives maritimes des Portugais au XVème siècle, et les Espagnols malgré les difficultés de la marine à voile. Charles Quint peut dire fièrement « Le soleil ne se couche pas sur mes Etats », mais Las Casas arrive difficilement à le joindre pour qu’il l’aide à protéger les Indiens. Au XIXème siècle, la machine à vapeur rend les voyages plus faciles et plus rapides, ce que traduit le titre d’un roman de Jules Verne « Le tour du monde en quatre-vingt jours ». L’idée de gouvernance mondiale réapparaît avec l’idéologie de Marx et le thème de la « dictature du prolétariat » qui dirigera le monde. La Révolution russe de 1917 prétend en initier la réalisation. Lénine puis Staline espèrent parvenir à la gouvernance mondiale; un grand pas paraît franchi dans ce sens après la deuxième guerre mondiale, avec les accord de Yalta par lesquels Roosevelt et Churchill lui cèdent la partie Est de l’Europe occupée par les troupes russes et Staline compte sur les multiples partis communistes du monde pour acquérir progressivement les autres, par le biais d‘une guerre psychologique. Les Etats -Unis organisent la défense autour d’eux, économiquement (plan Marshal) et militairement (OTAN) avec leurs alliés de l’Europe de l’Ouest et le Japon. Ainsi deux « blocs » se constituent-ils pendant ce qu’on a appelé « la guerre froide » guerre sans combat direct si ce n’est idéologique d’un coté, économique de l’autre, car les armes nucléaires s’avèrent bien trop dévastatrices pour qu’on les utilisent une deuxième fois: après Hiroshima, elles sont des armes purement dissuasives comme l’explique Jules Monnerot dès 1951dans « La guerre en question » (éd. Gallimard ) C’est avec l’effondrement de l’Empire soviétique qu’apparaît l’expression de gouvernance mondiale: elle n’aurait eu aucun sens tant que le monde est divisé en deux blocs, elle ne prend son sens que lorsqu’un seul des deux antagonistes reste en lice. Comme il existe des institutions internationales ravivées après la deuxième guerre mondiale, l’idée que ces institutions puissent assurer cette gouvernance s’installe dans l’esprit d’un public non averti.! Le développement des moyens de communication et de connaissance économique et social paraît aller dans ce sens. Dans ces instances internationales les représentants ne sont-ils pas mandatés par les Etats et donc chargés d’en défendre les intérêts. Peuvent-ils y avoir tous le même poids? Cette question traduit toute l’ambiguïté de l’idée de gouvernance mondiale Comme il existe aujourd’hui des moyens d’avoir quantité d’informations statistiques sur la population mondiale, ses désirs et ses moyen, des possibilités de communiquer des conseils et des ordres partout, on paraît avoir les instruments de la gouvernance! Or quand bien même toutes ces informations seraient fiables - et rien n’est moins sûr à commencer par les statistiques de populations dont on fait mine de disposer même pour des pays qui ne font pas de recensements - les prévisions pourraient parfaitement être fausses car comme le disait Victor Hugo « L‘avenir est à Dieu » ! Rappelons qu’en effet on semble n’avoir pas prévu la crise économique mondiale liée aux crédits immobiliers accordés aux U.S.A. à des ménages insolvables. Incompétence ou intérêt financier de quelques banques? Quoiqu’il en soit l’expérience vécue devrait servir d’enseignement: les prévisions affichées ne sont pas des certitudes b) gouvernance stratégique et économique La réalité est quelque peu différente de la perception idéaliste qu’on cherche à faire admettre au public. En histoire un vainqueur se comporte toujours en vainqueur. Dans les instances internationales, les USA qui ont conduit avec succès la lutte contre le bolchévisme ont fait preuve de leur supériorité et ce sont eux qui financent le plus largement les institutions internationales; en outre le dollar est la monnaie des échanges mondiaux et depuis que le Président Nixon a récusé la convertibilité du dollar en or (1971).les Etats-Unis disposent de la planche à billets du monde. Cela leur confère une puissance quasi hégémonique dont il est normal qu’ils fassent usage en fonction de ce qu’ils estiment être leur intérêt. Le candidat Obama, dans son livre « L’audace d’espérer » reconnaît avec beaucoup de réalisme que les institutions mondiales (ONU, OMC, TIP) ont été faites dans l’intérêt des Etats-Unis: n’écrit-il pas « au-delà de la question de la légitime défense (…) nous avons presque toujours intérêt à agir multilatéralement (…)lorsque nous faisons usage de la force dans le monde. Je ne veux pas dire par là que le Conseil de Sécurité de l’ONU (…) devrait avoir un droit de veto sur nos actions » ni « qu’il nous suffit de rallier à notre cause le Royaume Uni et le Togo » mais « de s’engager dans un long et difficile travail diplomatique en vue d’assurer à nos actions le soutien de la plupart des pays et veiller à ce que ces actions contribuent à renforcer les normes internationales. Pourquoi (…)? Parce que personne ne bénéficie plus que nous du respect de ces règles internationales. »(p.313) Attitude normale chez un chef d’Etat conscient de la responsabilité de défendre le statut de son pays. Qu’en est-il donc en réalité des rapports des Etats et de cette gouvernance ? Même si la mondialisation des institutions leur permet d’y participer, la gouvernance mondiale est évidemment dirigée par Etats-Unis. Pour l’essentiel elle consiste en réglementations commerciales. Depuis un certain temps le monde a été organisé en zones, pour être plus facile à gérer.: ALENA autour des Etats-Unis, ASEAN autour du Japon, la Communauté européenne « s’inscrira simplement dans un mouvement de régionalisation par cercles concentriques dont elle doit donner l’exemple » (Lafay et Siroën cités par Pierre Leconte p.56) C’est donc à travers l’Organisation de Bruxelles, que s’effectue cette gestion des Etats européens qui y adhèrent. De telles organisations ont un objectif essentiellement commercial : il s’agit en effet d’organiser le monde en fonction de la production dans les conditions du meilleur marché au point de vue des prix et d’y intégrer l’ensemble des pays de la planète du point de vue de l’organisation de la consommation qui est aussi un point de vue de marché; bref il s’agit de vendre le plus possible. Ce point de vue commercial est rigoureusement quantitatif et financier; c’est un point de vue bancaire, il ne prend pas en compte la diversité des peuples et mais seulement le désir de consommer, d’ailleurs mondialement surexcité par la diffusion des images télévisées. Dans ce système de pensée la personnalité des nations ne compte pas. c) Complexité et opacité du système Si entre 1950 et 1974 le Produit Intérieur Brut (PIB) était en Europe de 4,9%, il avait chuté à 2,3% en 1991, et plus bas encore par la suite; de 1970 à 1990 les douze pays à l’origine de la Communauté Economique Européenne (CEE)« ont perdu 6,7 millions d’emplois industriels, équivalents à l’augmentation observée pendant la même période dans l’ensemble constitué du Japon, de Taïwan et de la Corée du sud » (réf. Pierre Leconte « La tragédie monétaire » p.47). Entre délocalisation des industries et immigration massive, les emplois des Européens ont été très mal défendus: comment se fait-il? Il est impossible de répondre très clairement à cette question car elle n’a pas été traitée uniquement au niveau national mais l’est aussi au niveau de l’Organisation de Bruxelles, sans doute dans le cadre de l’Organisation mondiale du Commerce (OMC) et de l’ OCDE (Organisation du commerce et du développement économique). Les citoyens des Etats ne savent plus, à notre époque de qui ils dépendent puisque les décisions qui les concernent sont prises dans des instances mondialisées dont-ils ne connaissent pas toujours l’existence, dont-ils ne savent pas le mode de fonctionnement, ni qui précisément les y représente et ils ne voient qu’après coup comment leurs intérêts sont défendus. Ainsi par exemple, à la suite de dérèglements météorologiques qui affectent en cette année 2010 les récoltes de cannes à sucre en Inde et au Brésil, « Face aux risques de pénurie, l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) consentira-t-elle à laisser l’Europe vendre le suc de sa betterave au-delà du quota annuel de 13 millions de tonnes auquel elle est limitée ?» s’interroge le journal « Le Monde » du 25 I 2010. Qui donc peut pratiquer l’agriculture et en vivre dans ces conditions? Ces décisions peuvent nuire aux intérêt des Etats, ainsi la France subit des législations mondiales sur l’agriculture qui remettent en question ce secteur traditionnel important de son économie. Les délocalisations des industries vers des pays de bas salaires et le chômage qu’elles engendrent résultent aussi d’accord dits « de libre échange ». Les sanctions économiques infligées aux entreprises par des autorités supra nationales comme les Autorités de la concurrence ne semblent pas précises non plus si on s’en rapporte à l’article de M. le Professeur Sautet qui constate la moins grande sévérité de leurs décisions aux USA : depuis deux décennies, l’Europe totalise les deux tiers des amendes payées dans le monde (Figaro Débats 18 II 10). Cela contredit la conception d’un état de droit qui doit préciser avec clarté la responsabilité encourue en cas d’infraction. Nous ne sommes plus du tout dans le système inventé par les Grecs et nous n’avons gagné ni en clarté, ni en prospérité, c’est le moins qu’on puisse dire. Cela résulte du fait que nous avons perdu en indépendance. Ainsi plus on s’éloigne du niveau national auquel le personnel politique est nommément responsable devant ceux qui l’ont élu, plus des arrangements se font dans le dos des peuples, avec les incidences considérables qu’elles ont sur leur existence, par exemple sur le chômage. Les citoyens ignorent d’ailleurs combien ces instances leur coûtent alors que c’est eux pourtant qui les financent et qu’elles ne vivent pas non plus de l’air du temps! Il est difficile dans ces conditions qu’une nation se sente « l’auteur de ses lois » pour reprendre l’expression de Jules Monnerot. Nous assistons à une véritable inversion de notre système politique : les règles sont dictées d’en haut et tombent sur les peuples qui n’ont guère leur mot à dire, comme si il n‘y avait plus d‘Etat. d) Le personnel de la gouvernance mondial Le haut personnel politique de nos Etats est bien souvent fait d’exécutants qui se considèrent sur la première marche d’un gouvernement mondial; ce point de vue les conduit à servir des intérêts autres que ceux que la nation leur confie; aussi la nation ne leur paraît plus faite d’êtres humains appartenant à la même civilisation qu’eux-mêmes, d’où les législations multiples qui visent à changer les mœurs qui font les peuples, comme si les mœurs et les valeurs d’un peuple pouvaient se changer par décret! Comme si nous avions besoin d’élus pour changer nos mœurs plutôt que pour défendre nos intérêts! Peu de chance pour que, comme Cincinnatus, ces personnages reviennent à la simplicité de la vie civile ! bien plutôt exploitent-ils leur carnet d’adresses pour faire, après leur première carrière nationale officielle, une autre carrière mondialiste prestigieuse et très rentable. Mais, comme nous l’avons vu à propos du droit, le personnel de la gouvernance mondiale ne peut se prévaloir d’ un contrat social qui représenterait un peuple, puisqu’il n’existe pas un peuple mondial mais des peuples. On ne sait d’ailleurs pas comment sont choisis et par qui les bénéficiaires de ce système mondialisant Ainsi ce qu’on appelle « gouvernance mondiale » s’éloigne des peuples comme elle échappe à leur contrôle. Les administrations mondiales ne représentent pas les nations qu’elles prétendent diriger mais dont elles sont coupées : nomades des hôtels quatre étoiles du monde entier (on en a même rajouté une pour mieux marquer la distance avec le vulgum pecus!), cette super classe mondiale (20 millions de membres en 2000, le double en 2010 prévoyait Huntington) vit dans une espèce de bulle par rapport aux peuples qui les nourrissent et qui ne lui sont plus que producteurs à mettre en concurrence pour payer le moins possible et de consommateurs à « normaliser » pour qu’ils soient plus rentables. Pour reprendre la vision aristotélicienne, l’inférieur, la vie matérielle, n’y sert plus la réalité supérieure, même si les projets financiers font abondamment appel aux bons sentiments. Les grands colloques mondialistes relèvent bien souvent de l’opération de communication : quelle logique amène d’ailleurs à s’effrayer bruyamment d’une pénurie alimentaire mondiale avenir et à empêcher les uns de pécher, les autres de cultiver ou les inciter à produire des végétaux en vue de faire du carburant pour nourrir les voitures? e) L’organisation de Bruxelles correspond elle à un Etat ? Il faut bien reconnaître que l’Organisation de Bruxelles, pour reprendre l’expression de M. Maurice Allais, prix Nobel d’économie, n’a pas le caractère d’un Etat, car elle réunit artificiellement des Etats distincts sous des règlements que leurs gouvernements respectifs ne décident plus et dont les raisons échappent aux gouvernés: il est difficile de comprendre l’ouverture des frontières à une immigration de travail et d’assistance dans les pays européens qui ont un niveau élevé de chômage et d’endettement. Bien plus, elle y engendre l’insécurité des pays de communautarisme très étrangers à nos moeurs et discrédite le personnel politique dont l’existence se justifie d’abord par la sécurité qu’il assure. En France « A aucun moment de cette longue histoire, il n’y a eu de collectivité résidant à l’intérieur de la république et ne se soumettant pas aux lois de la république (…) la situation actuelle (…) est sans précédent depuis les invasions barbares » remarque Jules Monnerot qui prend ici « république » en son sens étymologique (Désintox p. 57). Aussi constate-t-on des troubles qui ressemblent de plus en plus à ceux qui peuvent avoir lieu en Afrique et que le politique se montre de plus en plus impuissant à juguler, si tant est qu’il le souhaite. Sur le plan financier, certains des Etats engagés dans l’union monétaire d’une zone européenne économiquement non homogène sont paralysés pour procéder aux dévaluations qui les protègeraient de la faillite. Un tel système, opaque et dirigiste n’inspire pas la confiance nécessaire pour être perçu comme un Etat. Il est coûteux sans qu’on en sache le prix : il nous a fallu un numéro spécial de « Contribuables associés » de Décembre 2009 pour apprendre que l’Organisation de Bruxelles coûte plus de 2OOO euros par an au contribuable français (qui en est le deuxième contributeur) et que « 95% du budget communautaire sont consacrés à « l’Europe providence ». Depuis près de quinze ans la Cour des comptes européenne émet un avis défavorable sur 80% de ces dépenses jugées illégales ou irrégulières ». C’est dans ces conditions que l’Organisation de Bruxelles n’a vu venir ni la crise bancaire qui secoue l’économie mondiale, ni la faillite de l’Etat Grec. N’a-t-elle ni comptable, ni économiste? Telles sont les conséquences de la perte d’indépendance de l’Etat: insécurité, appauvrissement, implication dans des guerres qui ne sont pas les siennes, mise en cause de son art de vivre, de ses moeurs et de sa culture. Aristote avait bien raison de considérer que l’indépendance de l’Etat doit être la première exigence du citoyen parce qu’elle en garantit la survie et l’épanouissement de sa culture. L’AVENIR DE L’ETAT Les Grecs nous ont donné la meilleure forme d’organisation de vie en société : c’est elle en effet qui assure à l’homme un art de vivre dans le maximum de sécurité ce qui a permis à la culture occidentale d’être performante, de développer la réflexion libre sans laquelle nous n’ aurions eu ni science, ni de techniques évolutives. Aristote avait bien compris l’intérêt de ce qu’il appelait alors la Cité . Le citoyen a des devoirs, et pour sa sauvegarde aujourd’hui, celui d’être vigilant par rapport à ceux qui exercent le pouvoir. C’est plus difficile que du temps de Périclès, car nos Etats sont bien plus grands que la Cité Antique, l’économie mondiale, dont il faut tenir compte puisque notre avenir national en dépend, est bien plus complexe et même sophistiquée à souhait. Le devoir d’information exige donc un effort réel mais nécessaire si le citoyen ne veut pas être le jouet de ceux qui exercent le pouvoir en son nom. Le moyen le plus évident est de faire le point sur la situation pour savoir ce que la classe politique a fait du pouvoir que la nation lui a confié. Il est anormal que le citoyen-contribuable ne sache pas ce que lui coûte l’immigration, ni pourquoi elle lui est imposée. Il apprend, par ci par là, en lisant la presse que son pays, très endetté aide financièrement, tel ou tel autre, mais ignore ce qu’il verse à travers de multiples associations mondialisées dont d’innombrables ONG. Mais il peut juger l’arbre à ses fruits : quand les industries disparaissent massivement, que le chômage s’installe, que la sécurité intérieure s’amenuise considérablement, il y a là des indices graves d’incompétence ou d’indifférence de la classe politique : il revient au citoyen d’en tirer les conséquences et de la révoquer pour sa propre sécurité et la survie de la nation: il doit savoir rappeler, quand besoin est, à ceux qui ont l’honneur de gouverner l’Etat qu’ils s’inscrivent dans une longue Histoire et qu’ils ne sont là ni pour faire fortune, ni pour caser leur parentèle, encore moins pour mettre fin à cette Histoire. L’avenir de l’Etat c’est le nôtre, nous devons rester « auteurs de nos lois »; c’est à nous de conserver la sécurité et la civilisation dont il est garant, les progrès que seul il a engendré. Ce que Huntington a appelé « Le choc des civilisations » nous paraît lié à une conception beaucoup trop globale de la vie des peuples, ce qui revient à méconnaître la réalité des Etats, des nombreux peuples et nations avec leurs différences humaines auxquelles, tous, nous tenons parce qu’elles font notre identité et la saveur de nos existences. Paradoxalement des vues trop globales et sommaires pourraient bien être une des causes essentielles de ce choc des civilisations lui-même. L’Etat est le mode d’existence d’une nation sur un territoire lorsque les moeurs sont suffisamment harmonisées pour que les lois soient acceptables pour tous les individus et qu’ils se sentent solidaires. L’histoire de l’Asie Centrale montre que les peuples turcs ne sont pas une nation tant qu’ils pratiquent la vie nomade: il reviendra à Ata Turc, à l’issue de la première guerre mondiale, de sauver les Turcs de l’extrême pointe occidentale de l’Asie, en obtenant des vainqueurs sa stabilisation sur un territoire pour former un Etat. Ainsi, fondateur de l’Etat Turc, fait-il de ses compatriotes, au Sud- Ouest, une nation au moment même où d’autres peuples Turcs, à l’Est et au Nord, sont laminés par la Révolution soviétique. CONCLUSION La conception aristotélicienne est loin du matérialisme qui préside aujourd’hui à la gouvernance mondiale et on ne peut pas dire que le progrès transformant les modes d’existence ait rendu caduques les réflexions d’Aristote car la guerre économique est plus intense que jamais, sans que la guerre armée ait pour autant disparu. Héritiers des Grecs, les Etats européens en ont suivi le modèle transmis par Rome. Il existe des nations européennes, elles appartiennent toutes à la même civilisation chrétienne mais également gréco-romaine.qui s’est organisée en Etats indépendants. L’Organisation de Bruxelles, favorisant l’immigration, engage ces Etats dans un système communautaire, étranger à leur culture donc dangereux pour les nations européennes; déjà il fait montre de son inefficacité sur le plan de la sécurité intérieure, comme en témoignent non seulement l’Histoire, mais aujourd’hui aussi la lecture de la presse quotidienne La Cité ou Etat est donc une personnalité qui, comme telle, a des buts supérieurs à atteindre. Ce qu’Aristote voit pour l’Etat c’est une vie véritablement civilisée dans laquelle les satisfactions d’ordre matériel rendent possible une vie de réflexion et de contemplation, en fonction du principe selon lequel ce qui est d’ordre inférieur doit permettre d’accéder à la réalisation de biens supérieurs. Les hommes du pouvoir peuvent être tentés de l’oublier; mais alors ils ne méritent plus la confiance que cet exercice requiert et ils la perdent de sorte qu’ils n’exercent le pouvoir que par abus de pouvoir; la solidarité ne peut en l’occurrence être à sens unique : les dirigeants de l’Etat doivent être solidaires de la nation s’ils veulent en obtenir confiance et obéissance et lui permettre de réaliser les buts supérieurs qu’elle peut atteindre. *** Nous avons utilisé Platon « La République » livre II Aristote La Politique Machiavel « Le Prince » Jules Monnerot « Désintox » éd. Albatros 1987 « La guerre en question » éd. Gallimard 1951 Huntington « Le choc de civilisations » (éd. Odile Jacob) «Qui sommes-nous » Sciences humaines: Pierre Leconte « La tragédie monétaire » éd. François Xavier de Guibert Bernard Lugan « Histoire de l’Afrique » éd. Ellipses 2009 « « « Histoire de l’Egypte » éd. Du Rocher2002 Jean-Paul Roux « L’Asie Centrale » (éd. Fayard) 1997 «Histoire des Turcs » ( « ) 1995 Michel Rouche « Clovis » ( « ) 1996 L et A Chabry « Politique et Minorités au Proche Orient » 1984 Maisonneuve et Larose Albert Mallet Histoire de France (Ecole normale Primaire brevet supérieur) Hachette 1908 __________________________________
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