L’ ESPACE
I - LE PROBLEME DE L'ESPACE DANS LA PHILOSOPHIE CLASSIQUE
La physique
scientifique, qui
apparaît au 17ème siècle, renouvelle la
réflexion sur l’espace : c’est manifestement le contexte dans
lequel Descartes pose le statut de l’idée innée. On peut
douter de la véracité des idées qui nous viennent
des sens, de leur ressemblance avec l’objet qu’elles nous
représentent, mais, au terme de sa réflexion, Descartes
découvre qu’il est en nous des idées qui échappent
au doute car elles ne nous viennent pas des sens, ce sont les
idées innées. La démarche de la 4ème partie
du Discours de la Méthode est très nette sur ce point :
dans un premier temps, Descartes rappelle, brièvement mais
fortement, les raisons du doute ; le « je pense donc je suis
» lui permet de sauver le « je », en tant que «
je pense », de la mise en question totale de tout ce qui existe,
et lui permet de dégager la règle qui lui sert de
critère de la vérité ( « les choses que nous
concevons fort clairement et fort distinctement sont toutes vraies
») ; vient ensuite sa preuve de l’existence de Dieu ; et il
ajoute « je voulus chercher un instant d’autres
vérités et, m’étant proposé l’objet des
géomètres, que je concevais comme un corps continu ou un
espace infiniment étendu en longueur, largeur et hauteur ou
profondeur, divisible en diverses parties qui pouvaient avoir diverses
figures et grandeurs et être mues ou transposées en toutes
sortes, car les géomètres supposent tout cela en leur
objet, je parcourus quelques unes de leurs plus simples
démonstrations et, ayant pris garde que cette grande certitude
que tout le monde leur attribue n’est fondée que sur ce qu’on
les conçoit évidemment suivant la règle que j’ai
tantôt dite, je pris garde aussi qu’il n’y avait rien du tout en
elles qui m’assurât de l’existence de leur objet : car, par
exemple, je voyais bien que, supposant un triangle il fallait que ses
trois angles fussent égaux à deux droits, mais je ne
voyais rien qui m’assurât qu’il y eût au monde aucun
triangle» : ainsi l’objet de la géométrie, «
un espace infini étendu en longueur, largeur et hauteur ou
profondeur » est sauvé du doute car il n’appartient pas du
monde sensible. Et Descartes rappelle « cela même que j’ai
pris pour une règle, à savoir que les choses que nous
concevons clairement et distinctement sont toutes vraies, n’est
assuré qu’à cause que Dieu est ou existe et qu’il est un
être parfait (…) d’où il suit que nos idées ou
notions, étant des choses réelles et qui viennent de Dieu
en tout ce en quoi elles sont claires et distinctes, ne peuvent en cela
être que vraies. En sorte que, si nous en avons assez souvent qui
contiennent de la fausseté ce ne peut être que celles qui
ont quelque chose de confus et d’obscur » : c’est le cas des
idées qui ont leur origine dans nos sens. La 6ème
Méditation explique d’ailleurs que ces idées qui nous
viennent des sens n’ont pas pour fonction de nous faire connaître
le réel tel qu’il est, c'est-à-dire la
vérité, mais qu’elles répondent aux besoins
utilitaires de notre corps (nous dirions aujourd’hui aux
nécessités biologiques) : j’ai besoin de savoir que le
feu me chauffe à une certaine distance et me brûle si je
m’en approche trop ; ces deux perceptions ne m’informent pas sur ce que
le feu est en
lui-même.
La conception cartésienne
de l’espace correspond manifestement à son œuvre scientifique ;
ainsi la Dioptrique, ou traité d’optique de Descartes, est
illustrée de gravures représentant le gentilhomme muni
d’un miroir qui envoie le rayon lumineux sur une surface qui le
réfléchit ; la parenté entre la droite
géométrique et le rayon lumineux rectiligne et sans
épaisseur est « évidente » et inscrit, trop
parfaitement peut-être, l’œuvre scientifique de Descartes dans le
contexte mathématique des idées innées qui seules
sont vraies lorsqu’elles sont conçues clairement et
distinctement.
Comme nous l’avons vu,
(séquence sur l’origine des idées), les empiristes
considèrent que toute idée a une origine sensible. La
difficulté en ce qui concerne l’espace, c’est qu’il s’agit de la
notion fondamentale de la géométrie, science exacte dont
se servent astronomes et physiciens, or toute philosophie empiriste se
trouve confrontée à la question du rapport entre l’objet
et l’idée que nous en avons : on ne peut jamais être
assuré de la fiabilité, c’est-à-dire de la
ressemblance, entre l’objet et sa copie et cela pose le problème
de la fiabilité des sciences physiques.
Voyons comment Hobbes,
philosophe empiriste contemporain de Descartes, présente la
perception au chapitre 1er du « Léviathan » :
« La cause de la sensation est le corps extérieur, ou
objet, soit immédiatement comme dans le goût et le
toucher, soit médiatement comme dans la vue et l’odorat ; cette
pression propagée vers l’intérieur par
l’intermédiaire des nerfs ainsi que des autres fibres ou
membranes du corps, jusqu’au cerveau et au cœur, cause là une
résistance, une contre pression, un effort du cœur pour se
délivrer : cet effort étant dirigé vers
l’extérieur semble être quelque réalité
située au dehors. Et ce semblant, ce phantasme, c’est ce qu’on
appelle sensation. » L’intérêt pour nous de ce
schéma délibérément mécaniste, comme
le confirme la suite du texte, c’est de faire apparaître une
conscience de l’extérieur, c’est-à-dire de l’espace. Bien
que le terme de fantasme soit préféré par Hobbes
au terme latin d’image parce que celui-ci se rapporte
particulièrement à la perception visuelle et improprement
aux autres perceptions, il n’en demeure pas moins que Hobbes pose ici
la question de la traduction des sensations en perception : «
Toutes ces qualités sensibles, écrit-il, ne sont dans
l’objet qui les cause qu’autant de mouvements variés de la
matière par lesquels celui-ci presse nos divers organes. Et en
nous qui subissons cette pression, elles ne sont rien d’autre non plus
que divers mouvements ; car le mouvement ne produit que le mouvement.
» ( remarquons que la conversion d’ondes en « image »
visuelle par exemple pose un problème qui n’est guère
différent, même si l’usage courant de la
télévision nous a habitués à
considérer que cela va de soi !)
Ce problème de la
ressemblance entre l’objet et la perception, Locke ( 1632-1704) le
retrouve dans son « Essai sur l’entendement humain », qui
est une critique de la théorie des idées innées
considérée comme la doctrine du préjugé :
n’écrit-il pas : « Par l’idée complexe
d’étendue, de figure, de couleur, de toutes les autres
qualités sensibles à quoi se réduit notre
connaissance, nous sommes aussi éloignés d’avoir quelque
idée de la substance des corps que si nous ne la connaissions
point du tout. »
Nous avons vu que, pour Kant,
l’espace ne peut être une idée innée puisqu’il
relève de la sensibilité et non de l’entendement ou de la
raison. Pourtant il ne peut être acquis par l’expérience
(voir texte inséré après notre étude de
Kant) : c’est une forme a priori, donc non acquise, de la
sensibilité humaine ; ainsi toutes nos perceptions sont
données nécessairement sous cette forme, comme elles le
sont sous la forme a priori du temps. Il en résulte que l’homme
ne connaît pas le réel tel qu’il est, mais tel qu’il lui
apparaît, soumis nécessairement aux conditions de la
sensibilité humaine.
II-LA QUESTION DE L'ESPACE AU XXe SIECLE A PARTIR DES SCIENCES DE
L'HOMME ET DE L'ETHOLOGIE
La phénoménologie,
école de pensée philosophique du 20ème
siècle, reproche aux différents courants de la
philosophie classique de n’avoir considéré l’espace que
du point de vue strictement intellectuel de la connaissance et d’avoir
ignoré l’espace comme phénomène vécu. La
notion de « schéma corporel » fait apparaître
la connaissance coutumière de notre corps et son rapport aux
objets qui l’entourent comme une connaissance de type très
différent de la connaissance intellectuelle. Merleau-Ponty met
en évidence une nouvelle signification du mot « sens
», c’est-à-dire non pas une signification intellectuelle,
mais une signification vécue immédiate qui
précède toute connaissance objective et la fonde. Des cas
pathologiques font effectivement apparaître une telle dichotomie
: ainsi tel patient ne peut exécuter sur ordre, les yeux
fermés, un mouvement « abstrait »,
c’est-à-dire ne s’adressant à aucune situation effective
; par exemple il ne peut toucher son nez avec sa main que si on lui
permet de le saisir. Spontanément les mouvements du corps visent
à un but. C’est ce qu’avait bien vu Bergson (philosophe
français 1859-1941) remarquant que si nous accomplissons un
geste et que nous en sommes distraits, nous pouvons en oublier le but ;
en reprenant l’acte à son départ le but nous
réapparaît immédiatement.
Il était tout
à fait légitime de la part de Descartes de s’interroger
sur la validité de l’application de la géométrie
à l’étude des phénomènes physiques, mais
ceux qui l’ont suivi, les cartésiens et, paradoxalement les
empiristes qui l’ont critiqué, n’ont pas su s’affranchir de la
position intellectualiste dans laquelle il avait inscrit la question.
Lorsqu’il s’ingénie à montrer comment les diverses
facultés de l’homme peuvent être développées
à partir d’un seul sens, le moins intellectuel de tous,
l’odorat, Condillac imagine une statue dans un jardin ; on veut bien
admettre : que sentant une odeur de rose elle puisse penser « je
suis odeur de rose », et que sa mémoire se formera en
enregistrant la diversité de telles expériences
olfactives; que la sensation de douleur venant de points très
différents de son corps lui fournira la notion de localisations
diverses sur son propre corps ; mais l’idée d’espace ? La statue
de Condillac n’est pas moins désincarnée que le Cogito
cartésien. En posant le problème de la perception
à partir de l’expérience vécue, la
phénoménologie a permis de renouveler la
réflexion. L’enfant dans son landau à l’ombre d’un
feuillage, dément la fiction de Condillac : amusé du jeu
des rayons de soleil dans le feuillage, il tend les bras pour s’en
saisir et l’échec de son geste lui enseigne que ce qu’il veut
prendre est hors de sa quoi portée ; ainsi fait-il
progressivement l’apprentissage de l’espace en développant sa
motricité.
« L’espace naturel et
primordial, écrit Merleau-Ponty, n’est pas l’espace
géométrique, et corrélativement l’unité de
l’expérience n’est pas garantie par un penseur universel qui en
étalerait devant moi le contenu » comme la philosophie
classique a tendance à le présupposer. Il s’agit du
milieu dans lequel je vis : j’agis, je satisfaits mes goûts et
mes besoins, dans cet espace dont j’attends des plaisirs, des peines et
des dangers, où je dois trouver de quoi vivre. Chacun de nous le
perçoit en fonction de ce qu’il est, de ses centres
d’intérêt et de ses activités : la ville est pour
les uns un espace où implanter un commerce, la campagne est un
lieu de labeur pour le paysan qui en juge la production tandis que le
peintre en voit l’harmonie des lignes et des couleurs. La même
banlieue parisienne sera perçue différemment par l’usager
des transports urbains qui est longuement traîné dans ses
rues lorsqu’il va travailler, et par le pilote de ligne qui la survole
habituellement avant d’atterrir. Il est manifeste que
l’évolution des modes de locomotion a influencé notre
perception de l’espace, de même d’ailleurs, que la
télévision qui nous fait croire, à raison ou
à tord, que nous connaissons un pays pour l’avoir vu sur
l’écran. Même si nos pères n’étaient pas
toujours aussi sédentaires qu’on peut être tenté de
le croire, le compagnon qui faisait son tour de France à pied en
avait une autre vue que celle que nous pouvons en avoir aujourd’hui en
la parcourant en voiture. Au cours d’une vie l’espace se construit
comme le montre Proust : « Le coté de chez Swann »,
puis le « coté de Guermantes » ; l’espace
s’élargit et se reconstruit comme nos relations avec le
monde.
Merleau-Ponty fait
référence aux travaux de psychiatrie pour montrer
à quel point l’espace est d’abord pour l’homme l’univers du
sens. L’éthologie confirme largement ce point de vue et
témoigne que l’homme en cela n’est pas un animal
dénaturé. On doit à H. Hediger, ancien directeur
du jardin zoologique de Zurich puis de celui de Bâle, des
études
décisives sur le rapport de l’animal avec l’espace.
Le problème du
directeur de zoo est d’installer l’animal sauvage de la manière
la plus agréable possible : l’animal capturé adulte
s’adapte mal ou même pas du tout à un nouvel espace ce qui
entraîne des pertes pour le zoo ; il est donc important de n’y
installer que des animaux jeunes qui pourront y établir leur
rapport à l’espace d’une manière naturelle, proche de ce
qui convient à son espèce. Après observation,
Hediger a été amené ainsi à distinguer le
territoire et le gîte : le territoire est le lieu de vie de
l’individu, du couple ou de la communauté ; il y trouve sa
nourriture et le défend contre les attaques de ses
congénères et gagne généralement sur son
terrain, l’adversaire ne livrant pas bataille si le propriétaire
est en bonne santé. Hediger fait tomber quelques idées
reçues, par exemple que le lion tranquille de nos zoos est
nostalgique de sa liberté : en réalité, si
à l’état naturel cette espèce a besoin d’un grand
espace, c’est pour avoir du gibier à suffisance. En revanche le
perroquet, nous apprend Konrad Lorenz, a besoin d’un grand espace
et souffre du confinement en cage. Le gîte est le lieu où
l’animal élève ses petits, où il se
réfugie, où il dort : c’est le lieu du maximum de
sécurité. Lorsque Hediger décrit les
spécialisations des parties du territoire animal nous ne nous
sentons pas dépaysés : il y a les endroits pour boire,
pour conserver des réserves, pour les soins de la peau, pour la
défécation ; somme toute, nos maisons n’ont rien
d’original ! Et nous aussi nous avons nos territoires, plus petits ou
plus vastes, selon nos activités. L’éthologie nous
apprend que l’être vivant qui ne défend pas son territoire
ne sera plus vivant longtemps !
L’histoire nous enseigne que
l’homme n’échappe pas à ce que Ardrey a appelé
« La loi naturelle » : les rapports entre les peuples sont
bien souvent des conflits pour agrandir un territoire. On peut
évidemment envisager aussi les rapports des peuples nomades et
sédentaires sous ce point de vue. Il serait faux de dire que le
nomade n’a pas de territoire : les peuples pasteurs ne font pas
paître leurs troupeaux au hasard ; ils les poussent devant eux
à la recherche de pâturages qu’ils connaissent, en
fonction des saisons. Chez nous les bergers, de temps
immémoriaux, ont pratiqué la transhumance, conduisant
leurs bêtes en montagne pendant la saison chaude. Mais c’est en
Asie centrale qu’a sévi le véritable nomadisme, les
tribus se déplaçant pour nourrir leurs troupeaux. Bien
évidemment ces migrations ont souvent été un
fléau pour les populations sédentaires, celles des
agriculteurs dont l’activité consistait justement à faire
prospérer ces richesses alimentaires recherchées par les
nomades pour leurs bêtes… et quelques autres pour eux-mêmes
! Jean-Paul Roux met en évidence le contraste de deux types de
vie dont la rencontre a produit tant de tragédies. «
Dès les temps les plus anciens, dès que les hommes se
sont accrochés à la glèbe pour en tirer leur
nourriture, les nomades et les sédentaires se sont
fondamentalement opposés (…) Les nomades sont pillards, toujours
prêts à déferler sur les agriculteurs qui n’ont
même pas la ressource de fuir et, une fois leur butin
amassé, ils repartent aussi vite qu’ils étaient venus. Si
encore ils se contentaient d’attaquer ceux qui sont les plus proches
d’eux ! Bien au contraire, ceux-là, ils les ménagent,
peut-être parce qu’ils les connaissent mieux, parce qu’ils
entretiennent avec eux des rapports commerciaux, parce qu’ils en ont
besoin. » On voit à quel point la relation à
l’espace est différente chez les nomades et les
sédentaires : le nomade « a toujours la
supériorité de l’offensive, car il peut décider
où et quand frapper, car on ne peut l’attaquer que si on sait
où il est, et il a toujours la possibilité de se
dérober.» Et Jean-Paul Roux de nous donner une
interprétation non classique de la « victoire » des
Romains sur Attila ! En fait le nomade est un prospecteur d’espace.
Bien que le
nomadisme apparaisse comme un type de vie anarchique, le nomade, nous
dit ce spécialiste de l’Asie centrale, « est très
discipliné et obéissant quand il a reconnu un chef
» ; la horde est une armée de cavaliers, bien
structurée. L’importance du cheval pour le nomade est
liée à la pratique des attaques et des razzia : «
Qui n’aurait qu’un cheval ne serait qu’un pauvre homme, et il n’est pas
rare qu’on en possède dix, quinze, voir cinquante ou cent pour
une seule famille de cinq ou six personnes (…) en 46 de notre
ère, pour la seule Mongolie douze millions de têtes (…)
Ces nombres donnent la clef des extraordinaires succès que
remportent les nomades au cours des siècles (…) » : dans
les limites de l’Eurasie, il n’y avait « nulle part une terre qui
fût capable de nourrir autant de chevaux pour qu’on pût les
opposer à ceux des steppes. » Le cheval est ainsi devenu
l’instrument du nomade à la recherche, entre autre, de
pâturage pour ses moutons ! C’est donc la géographie
physique qui explique bien des mouvements de l’histoire même si
ce sont les inventions et les initiatives humaines qui en
déterminent les évènements : « Les cavaliers
ont perdu depuis les inventions des armes à feu, leur
supériorité, et jamais ils ne la retrouveront. »
(Jean-Paul Roux « L’Asie centrale », Fayard éditeur.
1997)
On retrouve ce rapport des nomades et
des sédentaires dans l’histoire de l’Australie et cette fois
c’est l’installation des sédentaires qui perturbe le mode de vie
des nomades. Ceux-ci avaient coutume de vivre sur un territoire de
cette île luxuriante tant qu’ils pouvaient nourrir la tribu puis,
l’ayant épuisé, ils partaient plus loin et revenaient
quelques dix ans après : la nature avait alors
réparé les dégâts commis. L’installation des
sédentaires anglo-saxons diminuait leur territoire d’autant plus
qu’ils le cultivaient ; la rotation des aborigènes fut donc de
plus en plus rapide sur les terres et la nature n’eut plus le temps de
réparer la végétation. On sait que le gouvernement
Australien, conscient de cette situation, s’est efforcé
d’assister matériellement les populations ainsi
lésées, mais il suffit d’une crise économique pour
que la population d’origine européenne proteste contre une
assistance distribuée à des gens qui ne travaillaient pas.
L’influence et l’importance de la
géographie physique sur l’histoire des peuples
n’échappent pas à l’historien digne de ce nom. Dans son
« Histoire de l’Allemagne » (Flammarion 1963), Pierre
Gaxotte commence ainsi « L’histoire de l’Allemagne est celle d’un
peuple malheureux, une histoire sans équilibre ni
continuité, tout en contrastes et en extrêmes », ce
qu’il explique par sa géographie : « Où sont les
bornes de l’Allemagne ? Ni le Rhin, ni la Vistule, ni le Danube n’en
marquent sur tout le parcours les limites nécessaires. Dans
cette Europe du milieu, les fleuves sont des routes non des
frontières et les hommes qui l’habitent peuvent regarder,
craindre, désirer, conquérir à tous les points de
l’horizon. Entre les sols et les êtres qui l’habitent il n’existe
pas une correspondance absolue.» Ce qu’il compare à la
situation française : « La France n’est pas une
réalité de toujours, mais aux yeux des ses enfants, elle
s’inscrit dans un cadre idéal que la géographie semble
avoir arrangé pour elle ». Voilà qui est
décrire l’harmonie d’un territoire et d’un peuple ! Les
gouvernants qui ne protègent pas cette harmonie du peuple et du
territoire ne méritent pas leur salaire.
En effet, entre un peuple et son
territoire, l’histoire tisse des liens qui ne sont pas purement
matériels et alimentaires. Au cours de parcours réels,
longs et compliqués qui sont des parcours initiatiques,
les aborigènes australiens découvrent de quel
ancêtre glorieux ils sont l’incarnation : c’est ce qui donne le
sens de leur existence. « Pas à pas chacun prend
conscience de la grandeur de son passé mythique. Il apprend
à revivre l’époque du rêve au moyen des
cérémonies (…) Si les cérémonies sont
négligées et les usages sociaux méprisés,
le monde retombe dans le chaos et l’obscurité qui était
son lot avant l’Epoque du rêve et la venue des êtres
surnaturels. Et il est exact que le « monde » des
indigènes a été presque anéanti par
l’assimilation à la civilisation européenne, et que les
survivants traînent une vie sans joie et sans espérance
» écrit Mircea Eliade (« Les religions australiennes
» Petite bibliothèque Payot Pages 73-74) ; et il cite
l’ethnologue C.H. Berndt « Un camp sans cérémonies,
où les soirées de clair de lune sont silencieuses ou bien
troublées uniquement par des bruits comme le bavardage des
joueurs de cartes ou quelque querelle, est un camp dont les habitants
n’ont plus le goût de vivre ». Bien évidemment
l’installation et la progression d’un peuple étranger à
leur culture ont brutalement brisé les liens essentiels de leur
identité. On est étonné que les dirigeants
européens, maintenant mieux avertis semblerait-il, par
l’ethnologie, n’en aient pas tiré les leçons qu’elle
comporte : l’étiquette même de zones dites «
de non droits » témoigne du grave préjudice subi
par la population indigène, en France par exemple, mais sans
doute aussi ailleurs en Europe. En traitant le territoire national
comme telle fromagerie traite les parts dans sa célèbre
boite ronde, ils montrent qu’ils ne comprennent pas le lien qui lie un
peuple à son espace et qu’ils sont devenus étrangers
à ceux qu’ils gouvernent ; comme le dit Pareto, les
élites politiques deviennent dangereuses pour un peuple quand
elles lui deviennent étrangères.
III-L'ESPACE ET L'EVOLUTION DES SCIENCES PHYSIQUES
On ne peut qu’être
étonné de voir à quel point la pensée
classique s’est éloignée du concret, en suivant les
préoccupations scientifiques de Descartes, dans ses discussions
sur l’espace. Il n’en allait pas de même pour les Grecs anciens :
on voit par exemple Platon s’interroger sur le nombre optima
d’habitants dans l’Etat-Cité. Avec Henri Poincaré revient
une réflexion plus concrète sur l’espace ; il s’interroge
avec insistance sur le rapport qui existe entre la notion d’espace
telle qu’elle est pour le géomètre, le physicien et la
perception humaine ordinaire. Le 2ème chapitre de « La
science et l’hypothèse » s’ouvre sur cette
étonnante remarque : « Si l’on veut savoir ce que les
mathématiciens entendent par un continu, ce n’est pas à
la géométrie qu’il faut le demander. Le
géomètre cherche toujours plus ou moins à se
représenter les figures qu’il étudie, mais ses
représentations ne sont pour lui que des instruments ; il fait
de la géométrie avec de l’étendue comme il en fait
avec de la craie».
Paradoxalement, la notion de
continu vient de l’arithmétique ; il s’agit d’un ordre
d’unités extérieures les unes aux autres et que l’on
range d’abord sous forme de nombres entiers, puis on intercale une
infinité de nombres fractionnaires entre ces nombres entiers,
puis « il faut encore en intercaler d’autres, que l’on appelle
irrationnels ou incommensurables » ( qui ne peuvent
s’écrire sous forme de fraction): ainsi se forme un «
continu » par une sorte de saturation des intervalles et l’on
peut représenter l’ensemble par une ligne continue sur un
graphique ! « il n’y a pas à s’inquiéter de la
manière dont on doit intercaler les termes intermédiaires
(…) personne ne doutera que cette opération ne soit
possible, à moins d’oublier que ce dernier mot, dans le langage
des géomètres, signifie simplement exempt de
contradiction.» Il n’en demeure pas moins que « Le continu
ainsi conçu n’est plus qu’une collection d’individus
rangés dans un certain ordre, en nombre infini, il est vrai,
mais extérieurs les uns aux autres. Ce n’est pas là la
conception ordinaire, où l’on suppose entre les
éléments du continu une sorte de lien intime qui en fait
un tout, où le point ne préexiste pas à la ligne
mais la ligne au point. De là, la célèbre formule,
le continu est l’unité dans la multiplicité (…) c’est
assez pour nous avertir que le véritable continu
mathématique est tout autre chose que celui des physiciens et
celui des métaphysiciens ».
Poincaré a
réfléchi sur les travaux de Fechner qui mettent en
évidence à la fois ce « lien intime » et
cette collection d’ « individus » singuliers. Le
célèbre psycho physicien s’efforçait de mesurer
les sensations par leur cause, car si la sensation est qualitative, et
de ce fait difficilement mesurable, on peut faire en sorte de la
produire par une cause mesurable et l’étudier en fonction de
cette cause. Or Fechner constate que nous pouvons distinguer (sans la
vue) un poids de 10gr et un de 12gr, mais nous ne pouvons distinguer un
poids de 10gr et un poids de 11gr, ni un poids de 11gr et un de 12gr ;
tout se passe comme si, pour la sensibilité, 10=11 et 12=11 de
sorte qu’on pourrait écrire 10=12 alors que 10<12 « Il
y a là avec le principe de contradiction, un désaccord
intolérable, et c’est la nécessité de le faire
cesser qui nous a contraints a inventer le continu mathématique.
On est donc forcé de conclure que cette notion a
été créée de toute pièce par
l’esprit, mais que c’est l’expérience qui lui en a fourni
l’occasion.» C’est un thème qui reviendra souvent sous la
plume de Poincaré, tant dans « La valeur de la science
» que dans « La science et l’hypothèse ».
Comment s’effectue le
passage de l’expérience sensible de l’espace à la notion
géométrique de l’espace ? On retrouve là le
problème que l’empirisme a essayé de
résoudre. « Ce n’est pas seulement pour
échapper à cette contradiction contenue dans les
données empiriques que l’esprit est amené à
créer le concept d’un continu » : comme en ce qui concerne
les nombres entiers nous avons pris conscience qu’une unité peut
toujours être ajoutée à une collection
d’unités, ce pouvoir d’intercaler toujours des moyens entre deux
termes consécutifs d’une série, on peut l’appeler continu
mathématique de 1er ordre. « Si on veut s’imaginer une
ligne, ce ne pourra être qu’avec les caractères du continu
physique (…) Mais le géomètre pur fait un effort de plus
: sans renoncer tout à fait au secours de ses sens, il veut
arriver au concept de ligne sans largeur, du point sans étendue
». Il imagine une ligne comme une bande de plus en plus mince, un
point comme une surface de plus en plus petite ; deux bandes «
quelque étroites qu’elles soient », si elles se croisent
auront toujours une aire commune « que le géomètre
pur appelle un point. »
On voit ainsi
apparaître sous la plume de Poincaré trois notions de
continu : celui des données empiriques (la psycho physique
étudie comment chaque type de sens distingue deux sensations
l’une de l’autre), le continu physique et le continu
mathématique. Ce qui caractérise le continu physique
c’est qu’il consiste en un ensemble d’impressions sensibles tel qu’on
ne discerne pas ces impressions les une des autres ; le continu peut
alors être dit d’un seul tenant. Mais il peut y avoir des
éléments de ce continu qui peuvent être
discernables les uns des autres ou même former un ensemble
(Remarque : nous sommes ici dans le domaine de la perception est il est
bien difficile de ne pas penser à la psychologie de la forme et
qu’est donc la notion de forme si ce n’est la sensation d’une coupure
entre la forme et le fond !) « Si pour diviser un continu, il
suffit de considérer comme coupure un certain nombre
d’éléments tous discernables les uns des autres, on dit
que ce continu est à une dimension ; si au contraire pour
diviser un continu il est nécessaire de considérer comme
coupure un système d’éléments formant
eux-mêmes un ou plusieurs continus nous dirons que ce continu est
à plusieurs dimensions » (La valeur de la science chapitre
III). C’est donc bien la perception sensorielle qui est à
l’origine d’une telle notion mais il s’agit d’une forme applicable au
continu physique, qui est seul susceptible de représentation, et
non au continu mathématique. On ne peut se représenter
l’espace mathématique : « Il n’y pas d’espace absolu
et nous ne concevons que des mouvements relatifs ; cependant on
n’énonce le plus souvent les faits mécaniques comme s’il
y avait un espace absolu auquel on pourrait les rapporter »
(«La science et l’hypothèse » chap. VI)
Poincaré rappelle les caractéristiques de l’espace
géométrique (« La science et l’hypothèse
» chapitre IV): il est continu, infini, homogène,
isotrope, et comporte trois dimensions. Si on compare cet espace avec
celui qui nous est fourni par les sensations, et que Poincaré
nomme « représentatif », on constate que ce dernier
n’a pas ces caractéristiques : une image qui se forme sur le
fond de la rétine a 2 dimensions, elle est enfermée dans
un cadre limité et tous les points de la rétine ne jouant
pas le même rôle, elle n’est pas homogène ; si nous
percevons 3 dimensions c’est aux efforts d’accommodation et de
convergence qu’il faut donner aux deux yeux, donc à des
sensations musculaires et non visuelles, que nous le devons.
Notre capacité à
nous mouvoir joue également son rôle : « Aucune de
nos sensations, isolée, n’aurait pu nous conduire à
l’idée de l’espace, nous y sommes amenés seulement en
étudiant les lois suivant lesquels ces sensations se
succèdent (…) Qu’un objet change d’état ou de position
cela se traduit pour nous toujours de la même manière :par
une modification de l’ensemble de nos impressions. (…) S’il y a
seulement changement de position nous pouvons restaurer l’ensemble
primitif d’impressions en faisant des mouvements qui nous replacent
vis-à-vis de l’objet mobile dans la même situation
relative » ( « La science et l’hypothèse chapitre
IV) ;on ne pourrait pas le faire si l’objet passait de l’état
solide à l’état liquide par exemple. On peut, dans le cas
d’un changement de position, corriger les impressions de façon
à les rétablir, soit en suivant l’objet de l’œil, voire
en se déplaçant quelque peu ; on peut aussi
vérifier avec le toucher s’il y a ou non changement de position.
Ainsi nous postulons dans la pratique que les corps solides ne se
déforment pas, ce qui est à peu près vrai, et
cette propriété des corps solides nous la transposons sur
les objets de la géométrie considérés comme
égaux lorsqu’ils sont superposables, ce qui signifie qu’il est
admis que le déplacement ne les déforme pas. « S’il
n’y avait pas de corps solides dans la nature, il n’y aurait pas de
géométrie.» En outre, « un être
immobile (…) ne pouvant corriger par ses mouvements les effets des
changements de position des objets extérieurs, il n’aurait eu
aucune raison de distinguer les changements d’état », la
notion d’espace n’aurait pas de sens pour lui. Nous sommes
évidemment à l’opposé de la thèse
cartésienne de l’idée innée
d’espace.
« Je suis assis dans ma
chambre, un objet est posé sur ma table ; je ne bouge pas
pendant une seconde, personne ne touche à l’objet ; je suis
tenté de dire que le point A qu’occupait cet objet au
début de cette seconde est identique au point B qu’il occupe
à la fin ;pas du tout : du point A au point B il y a 30
kilomètres, car l’objet a été
entraîné dans le mouvement de la terre » :
Poincaré nous fait ainsi prendre conscience que « le
système d’axes de coordonnées auxquels nous rapportons
naturellement tous les objets extérieurs , est un système
d’axes invariablement lié à notre corps et que nous
transportons partout avec nous » (La valeur de la science,
chapitre III). Cela ne signifie pas que Poincaré
considère l’espace comme une forme a priori de la
sensibilité : il récuse nettement la théorie
kantienne ; « L’expérience, écrit-il, n’a
joué qu’un seul rôle, elle a servi d’occasion (…) ce
rôle aurait été inutile s’il existait une forme
à priori s’imposant à notre sensibilité et qui
serait l’espace à trois dimensions », nous pouvons nous
représenter le continu physique, pas le continu
mathématique ; à 3ou à 4 dimensions les espaces
mathématiques sont des continus homogènes ce qui n’est
pas le cas de l’espace limité où nous enfermons nos
sensations. « Je crois donc que si par espace on entend un
continu mathématique à trois dimensions, fut-il amorphe,
c’est l’esprit qui le construit, mais il ne construit pas avec rien, il
lui faut des matériaux et des modèles. Ces
matériaux comme ces modèles préexistent en lui.
Mais il n’y a pas un modèle unique qui s’impose à lui
» ; c’est l’expérience « qui lui donne les
indictions d’après lesquelles il fait son choix» ; cette
expérience est faite d’associations d’idées à la
fois personnelles et héritées de nos ancêtres.
Mais nous sommes quelque peu surpris
lorsque Poincaré affirme « l’espace représentatif
n’est qu’une image de l’espace géométrique, image
déformée par une sorte de perspective » : il nous
semblerait plutôt que le rapport soit inverse. N’est-ce pas la
perception qui, de l’aveu même de Poincaré, est à
l’origine des deux autres continus ? N’écrit-il pas « nous
ne nous représentons pas les corps dans l’espace
géométrique, mais nous raisonnons sur ces corps comme
s’ils étaient situés dans l’espace
géométrique » et cette représentation
elle-même est tout à fait corporelle puisqu’il s’agit de
la « représentation des mouvements qu’il faut faire pour
atteindre » un objet, c’est-à-dire précise
Poincaré, que « nous nous représentons les
sensations musculaires qui accompagnent les mouvements (…) et qui n’ont
aucun caractère géométrique ». Il peut donc
conclure que « l’expérience joue un rôle
considérable dans la genèse de l’espace
géométrique », mais que celle-ci n’est pas pour
autant une science expérimentale. Elle « ne serait que
l’étude des mouvements des solides ; mais elle ne s’occupe pas
en réalité des solides naturels, elle a pour objet
certains solides idéaux, absolument invariables qui n’en sont
qu’une image simplifiée et bien lointaine. » (« La
science et l’hypothèse » chap. IV) Aussi Poincaré
peut-il dire avec quelque désinvolture que, si les
mathématiques sont utilisables par le physicien, c’est que
« les nombres que le physicien mesure ne lui sont jamais connus
qu’approximativement ; et, d’autre part, une fonction quelconque
diffère toujours aussi peu que l’on veut d’une fonction
discontinue et en même temps elle diffère aussi peu que
l’on veut d’une fonction continue. Le physicien peut donc supposer
à son gré, que la fonction est continue ou qu’elle est
discontinue ; qu’elle a une dérivée ou qu’elle n’en a pas
; et cela sans crainte d’être jamais contredit par
l’expérience actuelle, ni par aucune expérience future
» ( « La valeur de la science » fin du chap. V)
« Ce qui est l’objet
de la géométrie, c’est l’étude d’un « groupe
» particulier.» Poincaré entend par groupe un
ensemble de mouvements compensatoires par lesquels le sujet
rétablit la perception d’un objet solide qui se déplace
et c’est ce qui permet de dire que l’espace est homogène
et isotrope. On peut imaginer une autre géométrie dans un
monde où, la température n’étant pas uniforme,
l’espace ne serait pas homogène : « Si pour nous la
géométrie n’est que l’étude des lois suivant
lesquelles se meuvent les solides invariables ; pour ces êtres
imaginaires ( ceux qui habiteraient ce monde), ce sera l’étude
des lois suivant lesquelles se meuvent les solides
déformés par ces différences de température
dont je viens de parler » (il s’agit d’un monde où les
températures seraient maxima au centre et iraient en diminuant)
et Poincaré remarque qu’il a pu décrire un tel monde sans
changer de vocabulaire mais admet que « des êtres qui
feraient leur éducation (dans un tel monde) trouveraient sans
doute plus commode de créer une géométrie autre
que la nôtre, qui s’adapterait mieux à leurs impressions
»
*
* *
L’analyse de Poincaré
débroussaille considérablement la question de l’espace en
distinguant trois continus. Deux siècles de controverse entre
innéistes et empiristes reposent sur la confusion entre l’espace
géométrique et l’espace, qu’après Poincaré,
nous appellerons représentatif. Faut-il le reprocher à
Descartes, source de cette confusion ? Evidemment non : Descartes a
pensé en fonction d’un problème qui était celui de
son époque et sa solution a permis de justifier la
démarche des physiciens et ainsi de fonder la physique
scientifique. La polémique qui s’en est suivi entre
innéistes et empiristes s’est établie sur une confusion
que la réflexion de Poincaré permet d’élucider. La
science ne pouvait qu’y gagner, comme il l’avait prévu
lui-même, car il a apporté un éclairage qui permet
au physicien d’user des géométries non euclidiennes sans
en être déconcerté. En outre, cette remise en place
de l’espace représentatif dans le champ philosophique donne
cohérence à la pensée alors que se
développent d’une part les sciences humaines, psychologie,
ethnologie et géopolitique, et d’autre part l’éthologie
ou psychologie animale qui commence à éclairer les
sciences de l’homme. On ne peut pas aujourd’hui sérieusement
répéter la phrase bien connue de Rousseau affirmant que
« les fruits sont à tous et la terre à personne
» ; le contexte dans lequel elle se situe n’est ni un espace
humain car celui-ci est culturel, ni un espace biologique car tout
être vivant a un espace propre et l’animal, comme le dit Ardrey,
est soumis à « l’impératif territorial ». En
l’occurrence, l’affirmation de Rousseau porte la marque de la confusion
qui a sévi aux 17 et 18èmes siècles sur la notion
d’espace et que Poincaré a
dissipée.
Ouvrages
utilisés :
Outre ceux de la philosophie
classique auxquels le lecteur doit être aujourd’hui
habitué :
Merleau-Ponty
« La phénoménologie de la
perception » (éditeur Gallimard)
Hediger
« Les animaux sauvages en
captivité »
(éditeur Payot 1953)
Mircea Eliade
« Les
religions
australiennes » (petite bibliothèque Payot)
Pierre Gaxotte
«
Histoire de l’Allemagne
» (éditeur Flammarion 1963)
Jean-Paul Roux
« L’Asie
centrale, Histoire et civilisations
» (éditeur Fayard 1997)
Henri Poincaré
« La
science et
l’hypothèse » (Flammarion)
Henri Poincaré
«
La valeur de la science
»
En ce qui concerne l’éthologie on peut lire également
Ardrey : « La loi naturelle » et « L’impératif
territorial »
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