| LA RESPONSABILITE LA RESPONSABILITE : UN SENTIMENT DE L’ HONNEUR «
Dans l’horizon occidental un acte peut changer la vie »
(Jules Monnerot « Les lois du tragique ») : telle est bien
la signification de la responsabilité ainsi qu’elle
apparaît déjà dans la tragédie grecque.
Cette conception renvoie à l’idée d’une
conscience humaine qui sait qu’elle peut tirer mentalement des
enseignements de ses connaissances pour agir et se doit d’assumer
les conséquences de ses actes. La notion de
responsabilité implique donc les idées de savoir et de
pouvoir, mais aussi la conscience d’un futur auquel notre action
peut donner un sens ; c’est sans doute la caractéristique
fondamentale d’une civilisation qui ne voit pas l’avenir
comme découlant inexorablement du passé ou du destin.
Mais le savoir ne crée pas le pouvoir, comme l’indique le
personnage mythique de Cassandre, fille de Priam roi de Troie, à
qui Apollon avait donné le pouvoir de prédire, mais lui
avait refusé celui d’être crue. Bien des fois
l’homme clairvoyant ne peut empêcher les catastrophes
qu’il voit venir faute de pouvoir agir ou d’être
entendu, que ce soit dans le domaine privé ou public. Il arrive
aussi que nos prévisions soient démenties par la
réalité : notre savoir n’est pas absolu, il nous
faut alors assumer nos erreurs.
Bien souvent lorsqu’on traite de la responsabilité, on la considère du point de vue juridique : dans un procès le juge examine en effet la responsabilité du justiciable concernant une faute ou un délit, c’est-à-dire un acte déjà réalisé dont les conséquences sont mauvaises ; mais ce n’est là qu’un cas particulier de la responsabilité dont nous traiterons plutôt dans le cadre d’une réflexion sur le droit. Dans une réflexion plus large, nous partirons plus volontiers de la pensée du philosophe allemand Nietzsche (1844-1900), exposée dans la deuxième dissertation de « La généalogie de la morale », où il s’intéresse à la capacité de promettre, et considère la responsabilité en tant qu’ engagement et donc comme vision orientée vers le futur. Il nous semble en effet qu’à considérer la responsabilité sous le seul angle procédurier, on n’en voit que l’aspect négatif : Y a-t-il eu faute ? Qui l’a faite ? Or, il y a un aspect extrêmement positif dans l’affirmation qu’un acte peut changer la vie : cela signifie que l’homme n’est pas le jouet des évènements, mais qu’il produit lui-même ce qu’on appelle le destin dans la mesure où il est capable de vouloir. Bien sûr cela ne signifie pas qu’il fait ce qu’il veut faire, nous l’avons déjà dit, mais cela veut dire que devant une situation, fut-elle difficile voire tragique, il lui est possible de prendre des initiatives et d’en modifier l’évolution ou, au moins, de la regarder en face. Lier la responsabilité à l’action c’est aussi la détacher de la seule intention comme cela se fait dans les sociétés dominées par la magie : dans l’île de Dobu par exemple (voir cours « Culture et civilisations »), tout évènement est expliqué sur un plan magique ; il en résulte que tout évènement désagréable est relié à quelque mauvaise intention d’autrui ; or, comme de telles intentions existent, surtout dans les sociétés dominées par l’idée d’efficacité magique, on peut toujours trouver une telle cause à un acte dommageable. Nous écartons, conformément à la philosophie occidentale, cette interprétation de la responsabilité qui est totalement subjective, même si nous ne contestons pas que la subjectivité ait son efficacité : dans certaines sociétés un individu peut se laisser mourir parce qu’il sait qu’il fait l’objet d’un mauvais « sort » : dans la société occidentale on préfère le soigner ! La notion de responsabilité se présente de manière différente suivant les sociétés, mais aucune société humaine ne peut s’en passer : elle s’avère nécessaire à toute organisation humaine. Les différences entre cultures portent sur la manière d’évaluer et donc de vivre les situations concrètes, mais aussi sur la manière dont est perçue la responsabilité : dans l’éthique occidentale elle relève de l’individu ; toutefois dans « Œdipe Roi », tragédie de Sophocle, on voit que la faute d’un seul, Œdipe, retombe sur la Cité que les dieux accablent de maux, tant que le coupable n’est pas châtié. De nos jours, comme en témoigne le récit d’un ancien commando américain, la responsabilité est vécue comme collective dans certaines sociétés : elles se considèrent aussi comme un individu ; par exemple chez les Pachtounes : gravement blessé, « il est recueilli par des paysans pachtounes qui décident de faire jouer pour lui la règle de l’hospitalité ancestrale, le lokhay. Pendant plusieurs heures les talibans tenteront de convaincre le chef de la police locale de leur livrer « l’Américain ». Faute de quoi ils attaqueront le village. Mais le lokhay est un engagement sur l’honneur de protéger et de défendre l’étranger. Les villageois tiennent bon » (Le Figaro 19 mars 2009) On ne peut qu’admirer dans cet exemple la force de ce sentiment, manifestement culturel, d’engagement sur l’honneur, qui correspond si parfaitement au portrait que fait Nietzsche de « ceux auxquels on peut se fier (ceux qui peuvent promettre) – donc chacun de ceux qui promettent en souverain (…) qui donnent leur parole comme quelque chose sur quoi on peut tabler, puisqu’ils se sentent assez forts pour pouvoir la tenir en dépit de tout, même des accidents, même de la « destinée » (Généalogie de la morale, deuxième dissertation §2) : il n’est pas d’homme responsable sans force morale. Naturellement, remarque Nietzsche, des hommes d’une telle conscience ne promettent pas à la légère, mais « difficilement, rarement, sans hâte » ; de fait, ceux qui ne cessent de multiplier les promesses sont rarement fiables, et sans doute en ont-ils conscience car ils les assortissent volontiers d’apparences de garantie en jurant sur ce qu’ils ont de plus cher : « sur la tête de ma mère » entend-on dire souvent par de jeunes parjures potentiels ! Nietzsche n’hésite pas à dire son mépris pour les « misérables roquets qui promettent alors que la promesse n’est pas de leur domaine » : la responsabilité est une affaire d’honneur qui leur est étrangère. IMPORTANCE ANTHROPOLOGIQUE DE LA RESPONSABILITE C’est une particularité de l’espèce humaine d’être capable d’envisager mentalement l’avenir ; l’animal a prise sur le temps comme en témoigne la possibilité de le dresser par réflexe conditionné : il reconnaît une situation déjà vécue et sait comment y réagir ; il s’agit chez lui d’une adaptation liée au souvenir, mais il n’imagine pas un futur complètement « ouvert », selon l’expression de Max Scheler (1874-1925), dans lequel il pourrait décider de ses actes : il les accomplit donc au fur et à mesure que les situations se présentent, en fonction de ses besoins biologiques : sécurité, nourriture, reproduction. Chez lui l’instinct lie étroitement la perception (donc le présent) au besoin, ainsi que le remarque l’anthropologue Arnold Gehlen. Chez l’homme, par contre, il n’y a pas une telle rigidité entre l’information sensorielle et l’action car son intelligence le met effectivement en rapport avec un monde « ouvert » par sa pensée et il a des pulsions instinctives plutôt que de véritables instincts. Comme Bergson, Gelhen constate que cette manière d’être est moins sûre biologiquement, quant à son efficacité, que celle de l’animal : un rapport moins rigide entre la perception et l’acte est moins efficace pour des situations récurrentes mais permet d’établir un rapport plus souple, plus inventif avec le milieu. Faute d’être régie strictement par l’instinct, la nécessaire régulation des comportements des êtres humains se fait, comme nous l’avons vu (cours sur « culture et civilisations »), par l’apprentissage culturel : chaque culture impose des devoirs, des interdits ou « tabous », (terme repris des ethnologues qui ont étudié les sociétés appelées « primitives ») et fournit des règles d’action que l’individu sait qu’il ne doit pas transgresser. Puisque l’espèce humaine ne peut compter sur la rigidité de l’instinct pour maintenir la cohésion sociale, il faut lui inculquer le sens de la responsabilité. Si l’homme est, comme le dit Nietzsche, un « animal non fixé », il ne faut pas s’étonner qu’il y ait une grande différence dans la manière de pratiquer la responsabilité suivant le type de sociétés. Dans les sociétés traditionalistes, les institutions encadrent plus étroitement les mœurs et les individus sont très soutenus par ce que Nietzsche appelle « la moralité des mœurs », c’est-à-dire la force des rites et des traditions. Dans les sociétés aux choix individuels très ouverts, comme le sont actuellement les sociétés occidentales, les individus sont nettement moins encadrés par les institutions : il revient à chacun d’apprendre à évaluer lui-même les situations en fonction des traditions morales de sa culture, et à agir en conséquence selon sa force morale; il y a là une auto éducation qui recouvre bien des inégalités, comme le remarquait Rabelais dans le fameux épisode des Moutons de Panurge où il ridiculise le conformisme! RESPONSABILITE : LUTTE CONTRE L’ HEDONISME La nature humaine n’étant pas fixée il revient aux mœurs, nous dit Nietzsche, de stabiliser les comportements : « C’est là précisément la longue histoire de l’origine de la responsabilité. Cette tâche d’élever un animal qui puisse faire des promesses a pour condition préalable et préparatoire (…) une autre tâche : celle de rendre d’abord l’homme nécessaire et uniforme jusqu’à un certain point, semblable parmi ses semblables, régulier et, par conséquent, prévisible.» C’est en apprenant à respecter les usages que l’être humain a pu acquérir un comportement régulier ; livré à lui-même, l’homme comme l’animal, recherche le plaisir (c’est ce qu’on appelle l’hédonisme) et il ne serait que l’être de l’instant présent ; il a dû commencer à « devenir prévisible, régulier, nécessaire, y compris pour lui-même et ses propres représentations, pour pouvoir enfin répondre de sa personne en tant qu’avenir, ainsi que le fait celui qui promet » ; ainsi est-il devenu « semblable parmi ses semblables » : tel est le rôle des mœurs qui n’a effectivement aucune nécessité dans les espèces animales soumises naturellement et spécifiquement au dictat des instincts. Il a fallu aussi lui apprendre qu’une promesse engage son auteur : Nietzsche a été frappé par la cruauté que révèlent l’histoire des coutumes et celle du droit ; il l’interprète ainsi : le but de ce qu’il appelle « la moralité des mœurs », « quelque soit d’ailleurs le degré de cruauté, de tyrannie, de stupidité et d’idiotie qui lui est propre », c’est de rendre l’homme prévisible : effectivement un être, qui a des pulsions et une intelligence assez ouverte pour leur donner satisfaction sans quelque contrôle que ce soit, n’est pas prévisible ; il ne peut vivre en société. Il fallait donc des moyens mnémotechniques énergiques, nous dit le philosophe, pour contraindre l’homme à envisager toujours la conséquence de ses actes, ce qui l’oblige à tourner sa pensée vers l’avenir. L’opposition que Nietzsche établit entre « la moralité des mœurs » et la morale ne doit pas donner lieu à contre sens : ce qui est vraiment moral c’est la maîtrise de soi qui permet à l’homme de décider « en souverain » et d’assumer fermement les conséquences de ses décisions personnelles : c’est dans cette optique qu’il faut lire le §9 livre I d’« Aurore ». La responsabilité se présente donc comme un acte de la pensée qui pèse les données présentes en vue d’un futur qui sera notre œuvre, même si nos prévisions sont inexactes, et que nous accepterons comme nôtre. Ainsi l’homme a conscience de ses décisions et met sa fierté à les revendiquer. L' ORIGINE DE LA RESPONSABILITE : FAMILIALE ET SACREE Les sociétés humaines organisent les rapports de responsabilités dans le travail, dans la hiérarchie politique avec souvent, à l’origine, une fonction religieuse du Roi ou du chef, mais elles les organisent d’abord dans les systèmes d’obligations qui lient les générations entre elles et créent des responsabilités, dans les deux sens, entre parents enfants : en institutionnalisant les rapports de responsabilité à l’intérieur de la famille, les sociétés ont favorisé leur propre pérennité ; l’interdiction de l’inceste va d’ailleurs dans ce sens, donnant à l’enfant la sérénité nécessaire à sa longue éducation et favorisant aussi les rapports entre familles (exogamie). Le premier apprentissage conscient du sens de la responsabilité se fait à l’intérieur de la famille, dans toute civilisation vraisemblablement. On peut penser que le lignage matriarcal qui confie à l’oncle maternel un rôle qui, ailleurs, revient au père, permet de régler au mieux l’intérêt des enfants, lors du renvoi d’une épouse par son mari lorsqu’il en introduit une plus jeune. La formation à la responsabilité a bien évidemment un rôle important dans l’éducation puisque c’est dès le jeune âge que se forme la conscience des rapports sociaux, et d’abord avec les parents qui en ont eux-mêmes fait l’apprentissage avec leurs propres parents : la transmission en est donc affective autant que pratique,l’affectivité du très jeune âge - qui imprègne profondément l’inconscient - crée à l’être humain un quasi instinct. C’est ainsi qu’ il y a par exemple des répulsions culturelles. L’attachement du tout petit aux parents est fondamental dans le comportement humain comme le montre la psychanalyse : lié au sentiment de sécurité, il est aussi la première manifestation du sentiment de respect d’autrui. La peinture médiévale, avec ses Nativités par exemple, ne cesse de célébrer le rapport mère-enfant. Dans notre tradition le père est la figure de la force et de l’autorité, et donc de la sécurité, dans un sens moins alimentaire que l’attachement initial à la mère : en contact moins continu avec l’enfant, il est une sorte de stabilisateur dans la vie familiale ; pour l’enfant il représente le pouvoir ferme ; la psychanalyse n’a pas eu tort d’y voir une sorte d’image de dieu, la charmante nouvelle de Mistral « Les fleurs de glaies », en donne une expression très nette. Jusqu’ici, notre société a d’ailleurs pris soin d’attacher le père à l’enfant par le fait qu’il lui revient de donner à l’enfant le nom justement appelé patronymique, d’où l’importance pour l’homme d’avoir un fils : avec lui c’est sa lignée qui continue. Il n’est pas rare d’ailleurs que les enfants reçoivent aussi le prénom d’un grand père et l’institution religieuse du parrain et de la marraine a correspondu longtemps au besoin de protéger l’avenir de l’enfant menacé par la brièveté de la vie adulte, jusqu’au siècle dernier ; il s’agissait donc là aussi d’une véritable responsabilité parentale, sacralisée par le baptême, celle de remplacer les parents, si nécessaire. Parrain de Louis XIV, Mazarin a parfaitement accompli ce devoir. Cette conception des rapports entre parents et enfant n’est pas sans lien avec ce que nous savons qu’elle fut dans l’Antiquité : à l’origine le lien entre parents et enfants est d’ordre religieux et donc sacré. Fustel de Coulanges le décrit tel qu’il fut pour la Cité antique à ses débuts : la mythologie des grands dieux, dans laquelle nous voyons la religion antique, n’était pas le centre de leur vie religieuse pour les Anciens eux-mêmes, mais c’était la religion des dieux familiaux, les dieux lares, qui en était l’essentiel ; ces dieux étaient les ancêtres mêmes de la famille qui, après leur mort, en devenaient les divinités protectrices ; aussi chaque famille avait-elle sa religion intime et le premier acte du mariage, chez les Grecs et les Romains, consistait à obtenir l’autorisation de détacher la jeune fille du foyer paternel et des cultes qu’elle avait partagés avec sa famille devant l‘autel des ancêtres. Au troisième acte du mariage, elle est mise en présence de l’autel de son époux et partage avec lui un gâteau ; entre les deux actes, le transport de la future épouse se présente comme un simulacre de rapt, vraisemblablement arrachement symbolique de la jeune fille au foyer paternel c’est-à-dire au culte de ses ancêtres. Comme c’est le fils, et non la fille, qui est héritier du culte secret propre à chaque famille, Fustel de Coulanges remarque que la manière de concevoir la participation de la femme au culte de son époux exclut à la fois la polygamie et le divorce - on peut dire que l’Eglise, par la sacralisation du mariage, a pérennisé ce système. On n’avait recours au divorce que pour régler les cas de stérilité car ils mettaient fin au culte qui devait être rendu aux ancêtres. Or « Le mort qui n’a pas laissé de fils ne reçoit pas d’offrande et il est exposé à une faim perpétuelle… Il suivait de là qu’en Grèce comme à Rome, comme dans l’Inde, le fils avait le devoir de faire les libations et les sacrifices aux mânes de son père et de tous ses aïeux. Manquer à ce devoir était l’impiété la plus grave qu’on pût commettre puisque l’interruption de ce culte faisait déchoir une série de morts et anéantissait leur bonheur. » Ainsi chacun a-t-il sa place et ses fonctions dans la continuité d’un temps collectif familial et, à travers la famille, dans la société. Dans la tradition religieuse chinoise c’est le garçon également qui a la responsabilité d’un tel culte, ce qui dût rendre particulièrement odieuse la décision gouvernementale communiste de n’avoir qu’un seul enfant… et n’a pas empêché, nous a-t-on dit, de voir la population chinoise croître de manière exponentielle alors qu’elle aurait dû se diviser par deux à chaque génération … Les institutions familiales rattachent ainsi fortement les parents à l’enfant, car le jeune être humain, « prématuré de nature » comme le dit le biologiste Portman, met longtemps pour arriver à l’âge adulte (celui auquel il peut subvenir lui-même à ses besoins), bien plus longtemps que n’importe quel animal qui arrive au monde déjà bien équipé par la nature dont il reçoit très tôt l’instinct nécessaire à la survie dans le milieu précis qui est le sien. L’espèce humaine, en défaut sur ce point, parvient à vivre dans des milieux extrêmement différents du fait même qu’elle n’est pas pré-adaptée à un milieu précis mais, pour survivre, il lui faut apprendre les techniques d’une société civilisée : l’homme n’est viable que s’il est longuement élevé par le monde adulte qui a déjà ses techniques et ses règles auxquelles sa famille l’initie : il n’y a pas d’homme sans un milieu culturel qui est naturellement son milieu biologique, comme le constate Arnold Gehlen. LES MŒURS AU FONDEMENT DE LA RESPONSABILITE On a dit qu’il ne faut toucher aux lois que d’une main tremblante, c’est plus vrai encore pour les mœurs : Fustel de Coulanges remarque, à propos du culte des morts dans la Cité antique : « Ainsi s’établit une religion de la mort dont le culte a pu s’effacer de bonne heure, mais dont les rites ont duré jusqu’au triomphe du christianisme », c’est-à-dire d’une religion qui donnait satisfaction à un besoin de même nature, spirituel et affectif : cela témoigne, chez les peuples, de ce que Pareto appelle « la persistance des agrégats ». C’est dire qu’on ne change pas les mœurs sur la base de quelque convenance ponctuelle, d’ordre politique ou financier, sans remettre gravement en cause l’équilibre des responsabilités dans une société, et donc le fonctionnement plus ou moins harmonieux que cette société s’est construite au cours de sa très longue histoire, voire de sa préhistoire, ce que les réflexions de Fustel de Coulanges et les travaux de Dumézil mettent bien en évidence. L’idée que l’on se fait de la responsabilité vient des mœurs, pas des lois. Le respect de la loi est lui-même fondé sur les mœurs : en libérant les lois du respect des mœurs et on libère le citoyen du respect des lois qui apparaissent alors comme de simples conventions, fondées sur la force occasionnelle du politique, et donc arbitraires et susceptibles d’être modifiées ou supprimées. Il ne suffit donc pas de publier un texte officiel pour qu’il inspire le respect car les contraintes subjectives, tel que le sentiment de responsabilité, viennent essentiellement des mœurs, manières de sentir millénaires d’une société ; c’est pourquoi nos enfants attendent de leurs parents certaines attitudes, faute desquelles les drames familiaux se multiplient. On s’étonne que les politiques se plaignent que « les jeunes manquent de repères » alors qu’une législation considérable est aujourd’hui produite pour changer les mœurs c’est-à-dire les repères ! LA RESPONSABILITE DANS L’ ORGANISATION SOCIALE Dans chaque culture le système de responsabilité institutionnalise les rapports sociaux. Ainsi la responsabilité a un rôle social important dans la division du travail ; ce rôle est même tout à fait considérable dans les sociétés industrielles dans lesquelles la fiabilité du résultat dépend d’enchaînement d’actions réparties entre divers acteurs et donc de la conscience que chacun, à son échelon, met à les accomplir. C’est ce que l’éducation catholique présente comme le « devoir d’état ». Dans toute tâche qui a un sens, est responsable celui qui fait consciencieusement son travail, à quelque échelon que ce soit : balayeur, bureaucrate, médecin, ouvrier, contre maître, ingénieur, élu local ou national. L’indifférence à la responsabilité est normale quand la tâche effectuée n’a pas de sens : c’est le danger qui guette les bureaucraties, surtout quand elles multiplient les formalités pour créer des emplois. Mais il existe une certaine tendance à oublier l’importance de la responsabilité par l’accoutumance de chacun à son travail : son caractère sacré se rappelle avec vigueur dès qu’apparaissent des circonstances exceptionnelles : par exemple lors d’un amerrissage forcé d’un avion sur l’Hudson, les passagers ont admiré le sang froid du pilote qui accomplissait son devoir en vérifiant, avant de quitter l’avion qui coulait, qu’il n’y restait plus personne. Les pompiers font constamment preuve d’un tel sang-froid. LES PERTURBATIONS DES SYSTEMES CULTURELS Des deux types de systèmes culturels, les systèmes ritualisés sont ceux dans lesquels les êtres humains sont le plus étroitement soutenus ; mais les mouvement migratoires de grande ampleur qu’ils effectuent aujourd’hui vers l’occident confrontent les hommes et leur famille à des modes de vie très différents dans lesquels il leur est difficile de conserver leurs usages ou de les adapter, comme en témoignent actuellement des faits divers violents de plus en plus fréquents dans notre douce France : les modèles culturels de responsabilité sont comme brouillés. De manière moins aiguë, les modèles culturels diffusés mondialement par la télévision, posent les mêmes problèmes en suscitant dans des populations très différentes des désirs qui ne s’harmonisent pas avec leur culture. Le système individualiste est en lui-même fragile car l’acceptation d’une vie très ouverte ne fournit pas à l’individu un encadrement rigide des comportements et en réclame une force de caractère très personnelle, dès que l’individu sort des attitudes de routine, aussi l’évolution technique très rapide de nos sociétés a quelque peu ébranlé les habitudes. D’ailleurs dans un monde dont les techniques réussissent d’incontestables prouesses, l’idée que tous nos désirs peuvent être satisfaits s’est insinuée progressivement, de même celle, bien plus pernicieuse encore, que toutes nos erreurs, c’est-à-dire tous ceux de nos actes qui peuvent un jour donner lieu à d’amers regrets, sont réparables. La tentation est donc puissante de faire ce dont nous avons la plus grande envie sans être retenus par la perspective des conséquences, comme la publicité nous y invite ; en effet elle a substitué la notion d’envie à celle de projet ; or, la différence psychologique est considérable : le projet implique une vue de l’avenir et une réflexion pour la réaliser, l’envie c’est le désir immédiat, une sorte d’excitation comme la démangeaison. Ainsi perdons-nous le bénéfice de ce que Nietzsche appelle « le long travail de l’homme sur lui-même ». Pour tirer parti du progrès technique il faut rester fidèle à sa culture, c’est-à-dire à soi-même. Le sacré ayant été au fondement des sociétés, c’est souvent le religieux qui fait valoir la responsabilité pour régler le rapport évolutif de la technique et des mœurs. Les chefs religieux ont d’ailleurs une influence qui leur permet d’harmoniser cette évolution avec l’esprit de chaque culture. On connaît les efforts de l’Eglise pour maintenir la responsabilité dans notre contexte culturel : malgré les facilités qu’offre la technique en ce qui concerne la bio éthique et la contraception, elle réclame un statut de l’embryon qui ne soit pas matérialiste. De même lorsque le Maroc fait une loi pour protéger les femmes des violences masculines, elle gagne évidemment à être promulguée sous l’autorité du Roi, Commandeur des croyants comme descendant du Prophète : cela facilite l’adaptation à une évolution souhaitable des mœurs dans le sens d’une virilité responsable par rapport à la femme et à ses filles. L’ HEDONISME AU PERIL DE LA RESPONSABILITE Ce n’est pas un hasard si une sorte de révolution culturelle a eu lieu dans les pays développés à la fin des années 60, grande période de prospérité. Les jeunes parents d’alors avaient connu les dangers et les privations de la guerre et celles de l’après guerre (chômage, crise du logement) : ils étaient peu enclins à reproduire l’éducation plutôt sévère qu’ils avaient eux-mêmes reçue. En outre la vulgarisation de la psychanalyse incitait plutôt à critiquer le modèle parental : le « devoir de » s’effaçait sous le « droit à ». La rapidité du développement technique a engendré un confort nouveau qui semblait justifier cette attitude et le vent de l’irresponsabilité a puissamment gonflé la grande voile de l’hédonisme. « Il est interdit d’interdire » « Prenez vos désirs pour la réalité » : ces slogans témoignent de l’infantilisme de la « révolution de mai 68 ». Ainsi sont apparus : droit aux feux de la rampe pour tous les petits talents du spectacle ou de la politique, droit au baccalauréat pour tous - ce que le millésime 68 a presque réalisé !- droit aux études supérieures à volonté même dans les disciplines pauvres en débouché, droit à refaire sa vie au préjudice de celle de ses enfants, droit à corriger par l’avortement les irresponsabilités dans l’usage de la pilule contraceptive, droit à être propriétaire d’un logement qu’on n’a pas les moyens d’acheter : c’est ce dernier « droit » qui nous vaut en ce début du 21ème siècle une crise économique comparable à celle de 1929 (voir sur ce site en rubrique économique l’étude « Imprévisible la crise ? ») : la réalité se rappelle à nous durement. Dans l’irresponsabilité le présent l’emporte sur l’idée des conséquences futures. C’est une attitude normale chez l’enfant : le tout petit n’a pas l’idée de futur, il l’a forme progressivement. Mais il n’est pas rare chez l’adulte que l’intelligence reste à courte vue ou que l’hédonisme trouvant son compte, on préfère ne pas chercher plus loin : c’est le cas aujourd’hui quand un bricoleur se prend pour un artisan ou lorsqu’un financier achète une entreprise sans en connaître les métiers. Ainsi l’irresponsabilité tient au fait que l’auteur de l’action a choisi la solution de facilité soit parce qu’il n’a pas évalué les conséquences de ce qu’il fait ou a laissé faire, soit parce qu’il pense qu’il pourra personnellement y échapper : en ce cas l’irresponsabilité se présente comme mépris d’autrui. DANGERS D’ EFFONDREMENT DES MODELES CULTURELS Chez un être dépourvu des instincts qui encadrent l’action, tout est possible. « La culture, écrit Arnold Gehlen, est l’invraisemblable, c’est-à-dire le droit, la moralité, la discipline, l’hégémonie de la morale (…) Quand les jongleurs intellectuels, les dilettantes s’imposent au premier plan, quand souffle le vent de la pitrerie universelle, les institutions les plus anciennes et les corporations les plus rigides se défont elles aussi, le droit devient élastique, l’art nervosité, la religion sentimentalité. L’œil expérimenté aperçoit sous l’écume la tête de Méduse » (…) Il faut alors dire : Retournons à la culture ». De fait c’est bien le contexte que révèlent les horribles histoires de pédophilie ou celles d’enfants martyrs embarqués par le vagabondage sexuel de la mère sous l’autorité de quelque « beau-père » de passage : le petit Dylan, 4ans, par exemple, supplie sa mère de ne pas le laisser seul avec ce faux papa de 19 ans, déjà condamné pour brutalité sur un bébé, et qu’elle défendra de toute enquête sociale, à la veille même de la mort de l’enfant. « Il faut alors dire - comme l’écrit Gehlen - Retournons à la culture.» Lorsque les disciplines culturelles n’amènent pas l’être humain à se contrôler pour se conduire suivant les mœurs de sa civilisation, on voit « toute la faiblesse de la nature humaine qui n’est pas protégée par des formes strictes » écrit Arnold Gehlen. Ce que confirme, d’une certaine manière, une psycho-criminologue, Mme Agrapart-Delmas commentant, à l’occasion d’un procès, le comportement criminel des pédophiles : « Une fois passé à l’acte, ils ne s’arrêtent jamais ». (Figaro 09) Une fois que les tabous ont sauté (ou n’ont jamais été intégrés ?) on voit vraiment « la tête de Méduse qui pétrifie». Les perturbations du rapport éducatif familial ne peuvent être sans conséquences. L’enfant, trop souvent, ne trouve plus la sécurité affective de la famille monogame fidèle, si favorable à son épanouissement, or les média aujourd’hui magnifient l’hédonisme du monde adulte, comme si le couple non marié qui divorce et la famille recomposée qui se décompose n’engendraient pas les mêmes dégâts pour l’enfant que le conflit du couple traditionnel ! La peur ou le refus de s’engager serait-elle une garantie pour l’enfant ? Le laxisme, qui consiste à relâcher les disciplines culturelles, livre l’homme, par contre coup, à ses pulsions et aussi aux désirs suscités par les représentations sociales du succès : puissance, argent, honneurs c’est-à-dire notoriété. En ouvrant la voie à l’hédonisme, on développe le désordre dans toute société humaine : l’hédoniste ne veut pas choisir, ne veut pas s’engager, quoiqu’il doive en coûter à ceux qu’il prétend aimer. CRISE DE LA NOTION DE RESPONSABILITE Comme le sens de la responsabilité se développe dans le cadre d’une culture précise, les crises dans ce domaine sont l’indice de troubles graves dans ces sociétés. Or le monde occidental apparaît en pleine crise en ce qui concerne la valeur de la responsabilité depuis un certain temps déjà. On peut comprendre l’inquiétude des migrants qui voient leurs enfants élevés dans une autre culture et devenir étrangers aux usages de leurs traditions, sans assimiler nécessairement l’esprit du pays qui les accueille. On ne peut comprendre les gouvernants occidentaux qui entassent des lois pour favoriser des comportements allant à l’encontre de nos traditions culturelles, défaisant ainsi les rapports traditionnels de responsabilité, en particulier dans le domaine de la législation familiale. La notion de responsabilité parentale par exemple est gravement dégradée quand on fait campagne pour le don de gamète avec l’assurance qu’« aucune action en responsabilité ne peut être engagée à l’encontre du donneur » : voilà une conception bien peu humaine du don de la vie ; elle paraît empruntée à quelque éleveur de bovins : les procédés de sélection permettent aux « demandeurs » de choisir les qualités physiques (couleur de peau, des yeux par exemple), d’éliminer des risques génétiques, aussi sur 350 volontaires hommes, 248 ont été retenus qui ont donné naissance à 1.122 enfants en 2006 ! (Source : Direct matin 25 XI 2008). Beau rendement que celle d’une paternité sans obligation ! Mais elle est sans rapport avec la conception occidentale du couple dans laquelle la sexualité est expression de l’amour, ni avec celle d’une responsabilité parentale qui s’honore de faire pour ses enfants les plus grands sacrifices parce que les parents perçoivent l’enfant comme le prolongement de leur propre existence, voire de leur propre lignée. Le désir de pouponner n’a pas de telles racines, il peut être tout à fait éphémère et donner lieu à des regrets sur le résultat du bébé ainsi « commandé » : les gamètes d’un autre donneur n’auraient-elles pas été préférables ? Pour son propre enfant on ne se pose pas une telle question ; le couple reconnaît en lui ses défauts et mieux encore ses qualités, quand ce n’est pas celle de ses ascendants; et il représente, bien sûr, l’espoir du couple c’est-à-dire sa pérennité. Il est d’ailleurs étrange que l’on prétende imposer légalement la parité partout sauf dans le couple… Un tel travail de déconstruction des sociétés est bien une cassure de civilisation. Il y a quelque légèreté à multiplier les lois en rupture avec les mœurs et une grande incohérence à se plaindre simultanément que les jeunes manquent de repères si on crée, contre la tradition, un type de famille indépendant de la filiation biologique. Les politiques ne sont pas élus pour changer les mœurs : de quel droit le feraient-ils ? Leur tâche est d’assurer la sécurité, la prospérité économique de la nation, et le Parlement doit assurer le contrôle des impôts. La question que se pose le citoyen c’est de savoir s’ils sont à la hauteur de ces trois responsabilités. C’est en s’appuyant sur l’hédonisme que l’on met en cause, avec un certain succès, tout sens de la responsabilité : ce que je veux quand je veux… C’est toujours le présent qui domine l’hédonisme avec en arrière plan l’idée implicite que rien ne changera dans nos désirs au cours du temps, ou que toute erreur est réparable comme le suggère une conception trop optimiste de la technique ! L ’INDIVIDU SOUVERAIN « Je suis maître de moi comme de l’univers » proclame magnifiquement Auguste (Corneille : « Cinna ») et sûrement fut-il maître de lui, ce jeune parent de Jules César qui ne faisait pas encore parti des « grands animaux politiques » de l’époque pour en disputer l’héritage aux grands généraux romains contemporains ! Qui plus est, il n’a jamais pu s’imposer par les armes ; il lui fallut donc une grande habileté sans doute, mais aussi une grande maîtrise de lui-même pour parvenir à recueillir l’héritage du « divin Jules ». Cette maîtrise de soi, il la pratique jusque dans le succès lorsqu’il demande modestement aux sénateurs, qui craignaient de le voir installer une monarchie, de l’accepter comme l’un d’entre eux ; et elle est à l’origine de la plus brillante période de l’Empire Romain ! A contrario on sait ce qui arrive quand l’empereur n’est que maître de l’univers : Néron, Elagabal, empereurs des feux de la rampe… « Le véritable travail de l’homme sur lui-même pendant la plus longue période de l’espèce humaine, tout son travail préhistorique » a été de lui constituer cette colonne vertébrale morale qu’est la responsabilité et « nous trouverons que le fruit le plus mûr de l’arbre est l’individu souverain qui n’est semblable qu’à lui-même (…) l’homme à la volonté propre, indépendante et persistante » écrit Nietzsche. Etrange paradoxe de l’existence humaine : pour atteindre cette volonté propre il a fallu que l’être humain passe par «la camisole de force » des mœurs et c’est ainsi qu’il a pu devenir « l’homme qui a le droit de promettre - celui qui possède en lui-même la conscience fière et vibrante de ce qu’il a enfin atteint par là, de ce qui s’est incorporé en lui, une véritable conscience de la liberté et de la puissance, le sentiment d’être arrivé à la perfection de l’homme » : n’est-ce pas là ce que Nietzsche appelle « le sur homme » ? Parcours étonnant que celui qui va de la soumission à la moralité des mœurs, « quelque soit son degré de stupidité et d’idiotie », à « la fière connaissance du privilège extraordinaire de la responsabilité, la conscience de cette rare liberté, de cette puissance sur lui-même et sur le destin (qui) a pénétré chez lui jusqu’aux profondeurs les plus intimes pour passer à l’état d’instinct dominant. » Tels sont ceux que Nietzsche a appelés « les forts » : ce serait une indécence de les confondre avec les brutes ! Mais cette force morale est une conquête toujours menacée et, de l’être humain incapable de maintenir le sens de la responsabilité on suspecte à bon droit qu’il manque d’armature morale. Remarquons au passage que l’anthropologue Arnold Gehlen n’a pas forcé l’intuition de Nietzsche mais qu’elle se trouve bien en filigrane dans son affirmation que l’homme n’a pas d’instinct mais seulement des pulsions, comme le disent aussi les psychanalystes, et qu’il revient à l’éducation de lui faire des quasis instincts. Cette conscience du moi dans le temps d’abord inculquée (au sens étymologique !) à l’homme par la moralité des mœurs, l’a rendu capable d’envisager le futur pour y inscrire son action personnelle, ce que l’animal ne peut faire. Ainsi être responsable vis-à-vis d’autrui exige d’abord d’atteindre sa propre fermeté : la responsabilité est construction de l’individu par lui-même. Elle le rend capable de résister aux tentations de l’immédiat et, de ce fait, le protège de cette guerre constante des tentations que nos sociétés mènent contre chacun de nous : le rôle social malencontreux de l’hédonisme est d’oblitérer cette conscience du futur qui est le propre de l’homme. Sans lucidité il n’est pas d’homme responsable et il n’y a pas de liberté pour celui qui est incapable de responsabilité, que ce soit par manque d’intelligence ou manque de courage : on peut comprendre la fierté de l’homme responsable et, comme le dit Nietzsche, « quel respect il inspire ». La culture a été l’instrument biologique qui a permis à l’homme de se défendre contre les dangers de la Nature, mais aujourd’hui c’est le succès technique même de notre civilisation qui nous menace en nous faisant penser que tout ce que nous souhaitons est possible sans condition aucune : c’est par nous-mêmes, par les succès de notre civilisation que notre liberté est menacée. Comme tout animal, l’homme va vers la satisfaction de ses désirs successifs et il ignorerait volontiers toute autre considération s’il n’était éduqué à se maîtriser. Prendre une responsabilité c’est s’engager pour le long terme bien souvent ; c’est aussi effectuer des choix et s’obliger à voir dans quelle mesure ils sont compatibles entre eux ; c’est à tort que le succès de nos techniques nous amène à croire que tout est possible en même temps, qu’il n’y a plus de choix à faire. Toutes les sociétés humaines se trouvent aujourd’hui devant ce dilemme : assumer le progrès et conserver une personnalité culturelle. Cela ne signifie pas qu’une société doit être empêchée d’évoluer, ce qui d’ailleurs n’est pas possible et souvent pas souhaitable, car les progrès techniques peuvent permettre d’améliorer la vie matérielle de biens des hommes. Mais il faut que chaque culture trouve le moyen de concilier cette évolution avec sa propre personnalité : ce n’est qu’en développant le sens de la responsabilité et donc la fermeté, que l’homme a des chances d’éviter d’être ballotté au gré des évolutions techniques ; ce n’est donc que par la constance morale acquise que l’être humain est capable d’orienter sa propre existence. Nous avons utilisé : Nietzsche « La généalogie de la morale » deuxième dissertation §2 Arnold Gehlen « Anthropologie et psychologie sociale » (P.U.F.) Fustel de Coulanges « La Cité Antique » __________________________________
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