J 'AI DES DETTES DONC JE PRÊTE ?

Emprunter parce qu'on n'a pas la maîtrise de sa monnaie!

Comment les pays endettés de la zone euro peuvent-ils voler au secours de leurs  voisins en faillite et constituer de plus un fonds de protection avenir? En empruntant bien sûr puisque ces pays ont perdu tout pouvoir sur la monnaie dont ils se servent ! Aussi ne peuvent-ils dévaluer comme les pays qui ont conservé leur souveraineté sur le plan monétaire.  Ils empruntent  donc  aux banques, aggravant leur propre dette parfois considérable. En ce qui concerne la faillite irlandaise c'est tout à fait ubuesque puisque cette faillite est celle de banques de l'Irlande et non celle de  l'Etat (P.I.B. de l'Irlande 165 milliards d'euros, montant de la faillite bancaire 480 milliards, référence Nicolas Baverez in Figaro Magazine mi décembre 2010 ): l'Irlande, liée à l'euro, n'a pas, comme les Etats-Unis en même occurrence, la possibilité de renflouer ses banques grâce à la planche à billets, qui, de plus, dans le cas des Etats-Unis est une planche à monnaie mondiale. Il ne faut pas oublier que ces faillites des banques sont liées à la spéculation et sans doute aux actions recouvrant les dettes hypotécaires "pourries" largement diffusées dans le monde par deux organisations semi publiques américaines: ayant déjà reçu 148 milliars de dollars de l'Etat fédéral, on envisageait qu'il leur faudrait encore entre73 et 215 milliards supplémentaires sur trois ans selon l'évevtuel redressement des prix de l'immobilier (voir "le Monde" du 23 X 2010 ). En toute justice ce serait aux Etats-Unis de réparer les dégats dûs aux "subprimes".

La zone euro n'est pas une zone optimale

Il y a donc une différence entre la faillite irlandaise, qui est celle des banques, et la faillite grecque qui se présentait comme celle de l' Etat lui-même. Les économistes avaient averti que les pays d'Europe ne constituent pas une zone économiquement optimale et qu' y instaurer une monnaie unique serait "L'erreur européenne" (titre du livre de Jean-Jacques Rosa paru chez Grasset en janvier 1998); cet économiste prévoit que le coût en sera cher  et demande "comment seront dédommagés les perdants".
La même question est posée par Maurice Allais avec le même terme de "perdants".    A l'époque on en est à la phase de la monnaie commune, l'écu et si l'on s'en rapporte aux "Mémoires" de Jacques Delors qui fut  Président de la Commision européenne, cela ne se passait pas tellement bien.  J. J. Rosa écrit d'ailleurs que les pays concernés étaient conscients des difficultés: une politique monétaire unique dans une zone non optimale "et qui plus est absurdement assortie de contraintes arbitraires, celles du pacte dit de "stabilité" imposé par l'Allemagne continuera d'infliger des coûts importants et totalement inutiles aux nations qui se lancent dans cette aventure" (p.92.) De fait, les pays de ce que Jean-Pierre Vesperini appelle "l'arc méditerranéen" sont économiquement très différents de pays comme l'Allemagne par exemple; or c'est l'Allemagne qui a imposé la stabilité monétaire au niveau atteint par sa monnaie, le mark. Ce niveau en lui-même  ne convient pas aux pays du sud de l'Europe.   Utilisant les données de l'OCDE, M. Vesperini constate: "entre 2000 et 2005 il s'est opéré un important mouvement de réallocation vis-àvis de la zone entre ses différents pays pour un montant d'environ 80 Mds de dollars" : tandis que l'Allemagne améliore son solde de 81,4Milliards, la France voit le sien se détériorer de 29,6Mds, l'Espagne de 18,7, la Grèce de 13,3, l'Italie de 13,2.("La France dans la crise" p.55 éd. Dalloz janvier 2009). On voit que lorsqu'on parle de "pays vertueux" et de "mauvais élève", ce vocabulaire puéril et culpabilisant cache une réalité monétaire et économique grave et choquante. A la différence de J-J Rosa, on peut penser que les conditions imposées par l'Allemagne n'ont pas été si arbitraires en ce qui la concerne.    
Les pays qui appartiennent à "l'arc méditerranéen", aujourd'hui en difficulté, sont bien les mêmes qui suscitaient les préoccupations de Jacques Delors du temps de sa présidence de la Commision Européenne (1984-janvier 1995 ):la Grèce, l'Espagne, le Portugal, mais il n'y voyait que retard à compenser et non différence essentielle dans la structure économique aussi pour permettre à ces Etats de "rejoindre l'Europe", c'est à dire la zone mark-euro, a-t-il conçu une aide financière, sous forme de "paquet" ( cf.Jacques Delors"Mémoires" décembre 2003 Plon chap.6.7.8.et 11 à17). Naturellement les pays aidés n'y voyaient pas d'inconvénients! mais ces aides censées aider à combler des "retards" (p.243 et 366) n'avaient guère d'incidences sur la structure économique qui expliquait la différence de niveau de vie liée à leurs différences économiques. Tout se passe comme si, en Europe, on ne pouvait plus admettre de différence!  

Le temps long des économistes, le temps court des politiques 

Nous sommes frappés par l'extraordinaire différence de points de vue entre économistes et politiques si on compare les "Mémoires" de J. Delors et l'ouvrage magistral de Maurice Allais " La mondialisation, la destruction des emplois et de la croissance" paru quatre ans plus tôt chez Clément Juglar. En effet dans les "Mémoires" du politicien il ne manque pas de références au chômage ni aux "embellies", mais elles sont toujours considérées du point de vue conjoncturel: le chômage est lié aux évènements fâcheux qui perturbent l'économmie, crise du pétrole, perturbation financière dûe à la réunification de l'Allemagne, yoyo du dollar, les embellies relevant en quelque sorte du cours normal des choses.
Maurice Allais, quant à  lui, établit la courbe du plein emploi et donc du chômage, sans se laisser abuser par le "traitement social de chômage" par exemple les "emplois jeunes" (CDD et CDI), mais aussi l'avancement de l'âge de la retraite et la diminution du temps de travail hebdomadaire, mesures qui en elles-mêmes ne donnent pas à penser que la quantité de travail a diminué, mais seulement que la répartition n'en est plus adaptée à notre population. Or en intégrant dans son étude du chômage ce qu'il appelle le sous emploi, Maurice Allais fait apparaître dans les courbes statistiques "la cassure de 1974 ": non seulement les emplois disparaissent mais également les industries et, bien sûr, ceci explique cela. A leur manière d'ailleurs les Chinois confirment a contrario les travaux de notre Prix Nobel d' Economie puisqu'ils s'efforcent de faire venir en Chine les industries occidentales pour donner des emplois à leur population innombrable et chichement payée par le moyen de ces délocalisations. M. Delors en parle peu, bien qu'il mentionne parfois le mondialisme.
D'où vient donc cette différence de points de vue entre politiques et économistes? Elle s'explique dans leur manière de considérer le temps: le politique de nos démocraties est souvent dans le temps court, celui de la prochaine élection qui affecte sa destinée personnelle,directement ou indirectement à travers son parti; l'économiste est dans le temps long qui tient compte de la géographie, de l'histoire, de la mentalité des peuples, ce qui a structuré leur manière de vivre au cours de cette histoire.Le temps de l'élection ou de la réélection qui domine en politique est évidemment peu objectif! Ce qui ne veut pas dire que le politique ignore nécessairelent les conséquences de ses décisions comme en témoigne une explication du Président Mitterand en faveur du traité de Maastrich : "Imaginez qu'on ait choisi l'autre politique et que, dans un premier  temps, n'ayant plus de devises pour défendre le franc, il ait fallu puiser dans le stock d'or de la banque de France. Les Français ne me l'auraient jamais pardonné." (Jacques Delors "Mémoires"p.163). Et l'on sait ce qu'il en coûte quand les életeurs ne "pardonnent" pas.En revanche l'appatenance à une monnaie forte permet d'emprunter dans de bonnes conditions sans que le contribuable soit trop regardant.
 Dans ses "Mémoires"  M. Delors confirme par les faits les inquiétudes préexistantes des économistes; il reconnaît par exemple qu'il existe une Europe à deux vitesses, Espagne et Portugal, et en outre que leur intégration va créer un choc de concurrence avec la  Grèce, l'Italie et la France; il pense pouvoir résorber tout cela par des aides financières ( p.308). Lorsqu'il veut régler de la même manière la  question agricole dans le cadre de la concurrence mondiale (par gel de terres compensé de financements), il se heurte à l'opposition déterminée de l'Angleterre à un tel financement. On sait aujourd'hui ce que devait produire ces arrangements : l'insécurité permanente de la situation des agriculteurs ... et la prise en charge par divers pays européens, même endettés, de la menace de faillite de deux d'entre eux actuellement.  


S'endetter davantage par "solidarité"?

Dans ces conditions que peut-on espérer d'un"fonds de solidarité européen" pour les "perdants" ? C'est d'autant plus difficile à dire que beaucoup de ces pays, emprunteurs qui prêtent, sont lourdement endettés : ainsi en pourcentage du PIB, au 30 XI 2010, les  prévisions étaient les suivantes pour 2011 (Figaro économie30 XI 10)Portugal 88,8  Espagne 69,7  France 86,8  Irlande 107    Angleterre83,5   Allemagne75,9  Pologne 57,2   Italie120,2 Grèce15O,2 et son remboursement de 110 milliards d'euros a déjà obtenu six années de plus que prévu...sans oublier que Londres qui n'appartient pas à la zone euro ne veut pas se laisser entraîner davantage dans ces sauvetages (Figaro 8 VI 2010).
En fait ce qu'on appelle "l'Europe" est une bien curieuse réalité puisque 17 pays seulement, sur les 27 qui s'en réclament, appartiennent à la zone euro; dans un premier referendum l'Irlande l'avait refusé; l'Organisation de Bruxelles tenait tellement à élargir son domaine de pouvoir qu'elle lui a demandé de revoter! Parmi les projets de "FMI européen"le ministère allemand des Finances proposait une institution de capacité de financement illimité. "En contrepartie les Etats bénéficiaires devraient lui remettre l'équivalent de120% en garantie de premier rang (or, titres d'entreprises publiques etc)" (Figaro économie 24 XII IO). Qui dira que la solidarité n'a pas de prix!
Un autre aspect étrange de cette "zone euro" est signalé par les tnterventions américaines lors de chacune des crises: c'est Washington qui a insisté pour que l'Allemagne surmonte sa réticence à venir au secours de la Grèce et l'intervention américaine a été plus évidente encore en ce qui concerne l'Irlande, lors du sommet EU-Etats-Unis à Lisbonne "avant même que Dublin se résigne à appeler à l'aide ": " les dirigeants de plusieurs entreprises phares-Merrill Lynch, Bank of America, Microsoft, Hewlett-Packard et Intel- ont mis en garde la semaine dernière contre un alourdissement du taux d'imposition des entreprises avantageusement fixéà 12,5%" (le tiers de ce qui est fixé ailleurs?) "Tout ce qui nuit à la compétition de l'Irlande aura une forte importance pour Google" déclarait ce week end John Herlihy, patron de Google Ireland"(Figaro économie 23 XI 10).  
Que dirait-on d'un ménage qui, s'endettantt lourdement pour assumer l'essentiel de son existence, emprunterait sans hésiter pour obliger ses voisins impécunieux? Qu'il est totalement dépourvu de bon sens.



 
_____________________________________________

 

 




 
Suite ...





@Les humanités en ligne @

Valid HTML 4.01!