L’ISLANDE
FAIT DE LA RESISTANCE
Les contribuables Islandais refusent
d’éponger la dette d’Icesave, la banque
en ligne qui a fait faillite à la suite de la crise
déclenchée fin 2008 avec la faillite de
Lehman Brother. Icesave, qui n’avait pas pignon sur rue,
appâtait une clientèle
étrangère en Grande Bretagne et aux Pays Bas, et
laisserait une facture de 12.000 euros par habitant : le Parlement
Islandais avait voté à une courte
majorité un projet de loi prévoyant le
remboursement de 3,8 milliards d’euros à
la Grande Bretagne et aux Pays-Bas ; mais les Islandais ne
l’entendent pas ainsi et réclament un referendum
sur ce remboursement.
Voilà qui a le mérite d’obliger
à voir le problème au fond : tout particulier,
qui gère mal ses affaires, fait faillite sans que
l’Etat se sente obligé de voler à son
secours. Mais les banques, elles, peuvent prendre des risques
inconsidérés et le Trésor public taxe
le contribuable ou fait fonctionner la planche à billets, ce
qui revient à dévaluer les économies
de chacun d’entre nous. Ces deux poids et deux mesures sont,
dit-on, dans l’intérêt de tous car les
faillites en cascades des banques paralysent le commerce, et donc
l’emploi et le consommateur.
Soit. Mais en traitant ainsi la crise dites « des subprimes
» on a évité jusqu’ici le
fond du problème. Cette crise n’a pu se produire
qu’avec l’accord – ou même sous
la pression - du politique : on savait très bien
qu’en encourageant des gens insolvables à acheter
leur maison à crédit on mettait les banques
prêteuses en danger ; aussi a-t-on imaginé un
système de dissimulation de ces crédits dans une
sorte de paquets d’actions présenté
comme très rentable à terme pour
l’actionnaire qui ne savait pas exactement ce que contenait
ce « paquet cadeau ». On a même
calculé que ces crédits insolvables ne
représentaient « que » 1% du produit
mondial (nous avons lu trois chiffres : 0,5%, 1%, 1,5%) : autrement dit
l’ensemble du monde était sensé offrir
leur maison aux pauvres des Etats-Unis. Cet aspect du
problème, qui met en cause l’Etat qui
dispose de la planche à billets mondiale, a
été totalement oblitéré
mais même sa générosité
actuelle vis-à-vis d’Haïti ne saurait le
faire oublier, en particulier aux Islandais qui se voient
sommés d’éponger, jusqu’en
2024, une dette qu’ils n’ont pas eu conscience de
contracter (et pour cause !) ; faute de quoi l’Islande se
voit menacée de ne recevoir aucune aide du FMI et de voir
refuser son entrée dans l’Europe.
Cette politique de la menace mondialiste apparaît comme celle
du couteau sur la gorge (elle a déjà
joué dans le deuxième referendum exigé
de l’Irlande par l’Organisation de Bruxelles) ;
cela pose le problème de la compatibilité entre
la démocratie et le mondialisme. Est-ce vraiment
à l’Islande et à ses contribuables
qu’il faut demander des comptes ? Le libéralisme
qui engendre le progrès en libérant les
initiatives ne peut exister que dans le cadre d’une
déontologie de la transparence et de la
responsabilité : sans le respect de cette règle
nul ne peut évaluer les risques qu’il prend en
investissant. Le moins qu’on puisse dire c’est que
cette règle fondamentale n’a pas
été respectée et ce n’est
pas de la faute des Islandais ! Or ce problème
d’entorse à la morale libérale a
été escamoté par les solutions
qu’une nécessité hâtive a
sans doute imposée d’abord et l’on
essaie de s’en débarrasser en sanctionnant peu ou
prou les bonus des traders ; or ce n’est vraisemblablement
que la surface des choses et rien ne prouve que les mauvaise pratiques
- dont les bonus sont peut-être un
élément - vont cesser puisqu’elles
n’ont été ni examinées au
fond, ni sanctionnées. Tout peut donc continuer comme avant
et l’on présentera la facture aux contribuables
des divers peuples. Tel est le vrai problème et la
résistance des Islandais le pose.
Les fonds du FMI viennent de divers pays qui les
reçoivent de leurs contribuables et non de la
générosité de fonctionnaires
internationaux très correctement
rémunérés, eux aussi, sur les fonds de
contribuables qui n’ont aucune information sur les diverses
pratiques mondialistes. La démocratie jusqu’ici
n’a vraiment rien gagné à la
mondialisation. Il faudra bien pourtant que ceux qui paient les
errements financiers de la spéculation mondialiste, soit en
monnaie, soit en perte d’emploi ou/et de logement, obtiennent
des comptes : tel est le sens de la réclamation de
referendum par les Islandais et nous pouvons tous nous associer
à leur démarche. (Janvier 2010)