L'ECONOMIE  LA CROISSANCE  ET L'EMPLOI


La guerre des monnaies
Un pays de monnaie forte est gagnant dans ses achats : pétrole et matières premières par exemple lui coûtent d'autant moins qu'il les achète à un pays de monnaie faible; inversement celui-ci est favorisé dans ses ventes par rapport à ses concurrents de monnaie plus forte: c'est ainsi que le textile chinois a évincé le textile  européen sur son propre territoire d'où une perte considérable d'emplois, par exemple en France. En revanche le pays dont la monnaie est faible se trouve handicapé s'il doit importer des produits de pays à monnaie plus forte.
On peut évidemment piper les dés en sous évaluant sa monnaie : c'est le reproche constamment fait à la Chine,  voir par exemple  les pages économie du Figaro des 18 III 2010, et  22 VI 20I0: " Les marchés saluent l'annonce sur le yuan" mais "aux Etats-Unis certains jugent que la monnaie chinoise est sous évaluée de 40%" ! Cependant la banque centrale des Etats-Unis, la FED, ne s'est pas gênée pour actionner la planche à billets et donc créer de l'inflation, en particulier depuis que la crise dite des "subprimes"  (actions pourries de l'immobilier américain) a éclaté aux Etats-Unis or cela revient à une dévaluation du dollar au préjudice de ceux qui ont investi dans cette monnaie ou dans les bons du Trésor américain - ce qui est le cas de la Chine, première créancière des Etats-Unis. Mais cette production de monnaie a profité à quelques entreprises américaines dont celle qui, quelques semaines après faillite, a pu s'offrir une autoroute espagnole (voir supra). On voit donc que les dévaluations ne sont pas nécessairement nuisibles aux entreprises et à l'emploi quoiqu'en ait dit M. Trichet (voir le Figaro du 8 IV 2011)!
Le Figaro économie du 5 XI 2010 titrait "La FED relance la guerre des monnaies" mais expliquait que si le Fonds monnétaire international (FMI) se félicitait de voir la banque centrale américaine (FED) racheter pour 600milliards de dollars de bons du Trésor, pays émergents et zone euro "s'inquiétaient pour leurs économies". En effet " en faisant marcher la planche à billets, les Etats-Unis risquent de provoquer un afflux massif de dollars dans les pays émergents où les rendements sont plus attractifs, y provoquant un rebond des devises risqué pour les exportateurs." Les réactions ne se sont pas faites attendre, Brésil, Thaïlande et Indonésie envisageant des taxes sur les investissements étrangers." Commentant la décision de la FED, le journaliste, Arnaud Rodier y voit "une mèche allumée sous un barril de poudre" augurant mal un accord au G20 "en faveur d'une réduction contraignante des déséquilibres des comptes courants, souhaitée par les Etats-Unis" En effet à procéder ainsi les Etats-Unis ne donnent pas l'exemple d'une action "équilibrée"!
A la même date du  5 XI 10, le Figaro commente ainsi le voyage du Président Obama en Asie: "Obama part en Asie les yeux rivés sur l'Amérique". Conscient d'avoir payé le chômage aux élections de mi-mandat qu'il a lui-même qualifiées de "raclée", le Président entreprend une tournée de dix jours en Inde, Indonésie, Corée du sud et Japon "marchés prometteurs" et voyage susceptible "de montrer à l'opinion américaine comment sa politique étrangère pourrait contribuer à la relance de l'emploi" (car les délocalisations des industries vers des pays de bas salaires ont engendré du chômage aux Etats-Unis comme en France): les Boeings seront plus faciles à vendre grâce à la nouvelle dévaluation du dollar et ils seront fabriqués aux USA... Lié à la zone euro, EADS, concurrent de Boeing, se trouve handicapé par le pacte de stabilité qui interdit toute dévaluation de l'euro. On voit donc que les dévaluations peuvent dans certains cas favoriser les entreprises et donc l'emploi : l'automatisme de stabilité de la monnaie européenne s'avère contre productive pour quelques pays de la zone euro et leurs industries, par exemple pour EADS concurrent de Boeing mais aussi pour les pays de l'arc méditerranéen dont le tourisme ne profite plus d'un change favorable depuis qu'ils sont liés à la zone euro. 
On voit là comment un pays souverain peut jouer de sa monnaie et en faire un avantage compétitif en la dévaluant, c'est-à-dire en fabriquant  des billets qui ne correspondent pas à une augmentation de richesses. Mais on voit aussi l'incohérence d'un étalon monétaire national-mondial : l'étalon étant une référence doit être stable, on n' imagine mal un étalon variable; par exemple on n'imagine pas la ménagère s'interroger quotidiennement sur la valeur de l'étalon kilo quand elle fait son marché: mille grammes,mille cent grammes, mille deux cent? ou neuf cent ou huit cent cinquante grammes? D'ailleurs que vaut le gramme si le kilo change de valeur? La même question se pose pour l'étalon monétaire, s'il est fabriqué sans contrôle par un pays servant de référence mondiale : en claironnant que la banque centrale américaine fabriquait 600 milliards de dollars, il est évident que les USA voulaient faire savoir qu'ils dévaluaient fortement leur monnaie; cela ne nuit pas aux éxportations!  la spéculation mondiale est à l'affût de ces différences et s'en nourrit. Elle peut même organiser des  rumeurs pour les créer.
Les instruments monétaires de la macroéconomie
Dans ce qu'on appelle aujourd'hui l'Europe, dix-sept pays sont dans la zone euro, dix s'en sont abstenus dont la Grande Bretagne. Les dix-sept ont accepté un pacte dit de "stabilité" qui revient à aligner l'euro sur les exigences qui régentaient le mark; ainsi la monnaie allemande s'est-elle transformée en euro. Ce pacte de stabilité interdit de fait les dévaluations, c'est-à-dire la création de monnaie sans création de richesse. Il est scrupuleusement appliqué d'ailleurs par la BCE, banque centrale qui émet la monnaie européenne et qui définit elle-même ce qu'elle considère comme stabilité alors que, comme nous venons de le voir, le monde monétaire et sa référence sont changeants. Il en résulte que, tandis que le dollar ou le yuan sont très sous-évalués délibérément, l'eur o reste stable donc "fort" c'est-à-dire cher, comme le remarque un économiste, et donc défavorable pour le tourisme et l'exportation vis à vis de la concurence, et ainsi défavorable à l'emploi; ce n'est donc pas un hasard si certains pays de la zone euro ne peuvent résoudre le problème du chômage et risquent la faillite : la drachme ne pouvait se transformer en mark sous le nom d'euro .
 Ainsi 16 des 17 pays qui ont accepté l'euro aux conditions imposées par l'Allemagne se sont privés d'un moyen macroéconomique essentiel de pilotage de leur économie pour s'adapter aux fluctuations mondiales qui sont aujourd'hui considérables et très rapides du fait de la technique internet. La zone euro n'étant pas une zone optimale, plus ces économies sont différentes de l'économie allemande plus elles pâtissent de cette décision de stabilité. Jean-Pierre Vesperini remarque qu'entre 2003 et 2005 "Comme le poids des pays méditerranéens dans le PIB global de la zone euro est plus important que celui de l'Allemagne, il en résulte que ce taux de change (imposé par celle-ci) était globalement trop élevé, ou si l'on préfère, non optimal pour la zone" ("La France dans la crise" p.61)  Les difficultés rencontrées pour faire une monnaie commune étaient déjà significatives et ne présageaient rien de bon pour la monnaie unique : sur ce point les  "Mémoires" de Jacques Delors sont très signficatives : elles indiquent nombre de faits qui confirmaient les prévisions pessimistes des économistes.
Mais ces seize pays se sont aussi privés des deux autres moyens importants dont dispose tout gouvernement digne de ce nom c'est-à-dire souverain, pour piloter leur économie nationale: la fixation des taux d'intéret et la gestion de la dette publique. En effet en imposant les taux d'intéret directeurs la banque centrale qui fournit les billets influe sur les taux des banques; elle peut maintenir, faire monter ou baisser le taux de change de la monnaie qu'elle crée;  c'est ainsi que la Banque Centrale Européenne maintient un taux d'intérêt élevé de l'euro pour qu'il ne baisse pas, quelque soit l'évolution de l'économie mondiale. Il est évident que, alors que la Chine et les Etats-Unis sous évaluent délibérément leur monnaie, la surévaluation de l'euro est à contre temps et bien des pays de la zone euro ne parviennent plus à ajuster leurs exportations à la concurrence mondiale. On comprend la stupeur et la consternation qui les ont saisis quand M.Trichet, directeur de la BCE, a annoncé courant mars 2011 qu'il prévoyait une hausse du taux d'intérêt pour avril.
En effet, comme l'explique fort bien M.Vesperini ("La France dans la crise ch.2),  les taux de l'emprunt freinent ou stimulent la consommation intérieure et les investissements des entreprises : si les taux sont bas,les ménages n'hésitent pas à emprunter pour consommer, les entreprises pour investir; inversement s'ils sont élevés. La consommation des ménages par leur demande, l'équipement et le développement des entreprises par leur offre sont des moteurs de l'économie et donc de l'emploi. Sur ce point il faut absolument distinguer les entreprises créatrices de richesses (industries, artisanat) et celles qui offrent des "services": contrairement à une idée répandue, toute offre de service n'est pas créatrice de richesse. Sans la création de richesse il n'est pas de création d'emploi, aussi faut-il être méfiant vis-à-vis de création d'emploi sans création de richesse comme les "politiques" peuvent en faire à l'échelon national ou local, ce qui peut être le cas dans l'offre de service : l'offre de crèche crée des emplois mais pas de richesse si les parents ne travallent pas. De tels emploi payés, par le contribuable, sont destructeurs de richesse. Le chômage persistant est signe d'insuffisance de vraie création de richesses.

Mais le troisième grand moyen de gestion macroéconomique de gestion, celui de la dette, échappe aussi aux pays de la zone euro : la création d'un fonds de sauvetage pour les pays de la zone euro en difficulté, quelque soit son nom, les entraîne dans de nouvelles dettes, alors même qu'ils sont déjà très endettés et même en grande difficulté économique et financière: ainsi ils ne peuvent même plus gérer leur dette publique en fonction de leurs besoins propres, or l'endettement est souvent nécessaire pour créer des infrastructures (route, chemin de fer etc) et développer la recherche créatrice d'emploi. Parmi les autres pays de l'Europe de Bruxelles, ceux qui n'appartiennent pas à la zone euro ont conservé leurs moyens de gestion macroéconomique, et la Grande Bretagne du conservateur M.Cameron a déjà averti qu'il participait au sauvetage de l'Irlande mais qu'il ne participerait plus à aucun autre.

Modifier la gouvernance de la zone euro pour y rétablir l'emploi
Les taux directeurs imposés par la Banque centrale régulent les rapports entre le pays émetteur et l'extérieur. Il est évident que, dans ces conditions les pays de la zone euro les plus éloignés de  l'économie allemande ont de plus en plus de dificulté à vivre dans la zone euro. "Constater que le taux de change de l'euro est surévalué revient à dire qu'il n'est pas optimal et par conséquent à poser le problème de la détermination du taux de change optimal de l'euro" remarque M. Vespérini ( "La France dans la crise " p.60 éd.Dalloz 2009); il indique d'ailleurs deux méthodes différentes pour déterminer un tel taux optimal mais constate que ce n'est pas à la BCE de le choisir : il s'agit d'un problème politique "étant donné l'hétérogénéité de la zone, le taux de change optimal de l'euro est nécessairement le résultat d'un compromis politique entre des pays ayant des taux de change optimaux distincts" (ibidem p.62) La BCE peut agir sur le taux de change de l'euro en baissant ses taux d'intérêt ou, comme la Banque centrale américaine, en multipliant sa monnaie: le problème n'est pas technique mais bien politique; il revient aux seize pays de la zone euro de reprendre en main la gestion de leur monnaie car la notion de "stabilité" imposée par l'Allemagne n'a pas grand sens dans une zone économique hétérogène où les gouvernements doivent faire vivre leur économie nationale dans un système monétaire mondial héraclitéen où chaque pays dispute ses emplois à d'autres.
Ainsi 16 pays de la zone euro se sont privés des trois moyens de gestion macroéconomique normalement à la disposition d'un gouvernement, au profit d'un seul d'entre eux. Quand on sait qu'il n'y a pas de possibilité sérieuse de résorber le chômage si on ne rétablit pas la croissance, on comprend mieux la multiplication des "politiques sociales"; mais cette politique n'est qu'une redistribution du produit du travail, passé ou actuel, dont les richesses produites ne peuvent que s'amenuiser dans ce contexte de disparition des entreprises, mise en évidence par  Maurice Allais;  la dilapidation du patrimoine public et  les taxations du patrimoine privé sont des palliatifs qui, in fine, dépouillent de plus en plus les héritiers de l'un et de l'autre.
Très curieusement notre Parlement se passionne pour les "questions  sociétales" sans trop discuter sur le fond de politique financière. D'où une politique budgétaire de bricolage déplaçant les taxes ou modulant les impôts afin de donner un peu d'oxygène aux uns, en évitant de trop asphyxier les autres. Il en résulte que la croissance en France se traîne à moins de 2% alors qu' il en faudrait entre 3,5 et 4% pour créer des emplois. Jamais media ou politique ne parle pour notre pays du rapport emploi-taux de croissance, comme on peut le lire en ce qui concerne la Chine par exemple. Jamais nos élus ne s'interogent publiquement sur la différence entre le taux de croissance de la France et celui d'autre pays (la Turquie par exemple 6%). N'auraient-ils pas encore réalisé qu'il ne peut y avoir de baisse du chômage sans croissance? Il est évident, comme le souligne J.P. Vesperini, que les partenaires de l'Allemagne se doivent de réclamer un réajustement des traités dans un sens équitable, qui respecte les intérets économiques de tous les Etats participants et donc une renégociation de la gestion de la monnaie commune européenne.(ibidem p. 64 et suivantes); cela exige "seulement une volonté politique de la part du Conseil des chefs d'Etat ou de gouvernement de reprendre les pouvoirs que le traité n'a pas expressément attribués à la BCE et qu'elle s'est indûment arrogés".      


        

                                                                                                     (Avril 2011)



 
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