DRÔLE  DE  COLLEGE !



       A Villeneuve- la- Garenne « Sans policier le collège Edouard Manet retourne à ses tensions » titre le Figaro du 2 février 2OO4 (p.9) :
« L'explosion dans la cour du collège le 9 janvier en milieu d'après-midi a agi comme un électrochoc (...) aussitôt les professeurs font donc valoir leur droit de retrait et les cours sont annulés (...) Edouard Manet, classé en zone prioritaire depuis1999, vit u ne année scolaire tendue. L'établissement (...) accueille 89% d'enfants issus de milieux moyens ou défavorisés (...). La police est intervenue à 22 reprises en quatre mois et les exclusions sont plus nombreuses que par le passé ».
       On croit rêver : est-ce là un établissement scolaire français ? La scolarité obligatoire jusqu'à 16 ans, assortie de l'assujettissement à la carte scolaire est-elle un instrument de formation culturelle et de promotion sociale ou une condamnation qui relève de la cruauté mentale ou d'un j'm'en foutisme d'Etat ? « Les parents viennent dire au principal que leurs enfants ont peur » ; le premier des droits de l'enfant ne serait-il plus le droit à la protection des adultes ? Une jeune fille « exclue pour ses absences répétées aux premiers cours du matin (...) travaille à un collage dans le bureau des surveillants », elle « se sent bien dans l'établissement (...) mais précise qu'elle a pris soin d'organiser la protection de sa petite soeur qui entrera au collège l'an prochain » : on peut être exclu pour absentéisme et cependant inclus dans le bureau des surveillants ? Il revient à l'aînée en fin de collège de préparer la sécurité de la cadette qui va y entrer ? On marche sur la tête, en France, à l'Education Nationale ?

       La peur n'est pas que chez les enfants :  « de nombreuses personnes interrogées à Edouard Manet demandent l'anonymat » car « il est difficile d'assumer des idées discordantes de la pensée unique qui sort parfois de la salle des profs, déplore un enseignant ». Dans cette France, grand pays auto proclamée de la Liberté, il y a une pensée unique ? Qui la produit ? Qui l'impose ? De quelle manière ? Sur quoi porte-t-elle  qui l'emporte sur la sécurité des enfants ? Quel crédit pourra avoir, dans ce contexte, le grand débat sur l'enseignement ?
       Quant au résultat, il est évident puisque dans l'établissement il faut des « médiateurs », des « intervenants extérieurs » et même, si ce n'est un policier en permanence (on y a renoncé !), « un partenariat plus étroit avec le commissariat »...

       La carte scolaire se révèle aujourd'hui en France ce qu'elle est : un instrument de discrimination négative à l'égard du menu peuple qui peut regretter à juste titre « l'école bourgeoise » condamnée par les disciples de feu Pierre Bourdieu : Elle était un instrument de promotion sociale.
       Il faut que la classe politique reprenne conscience de sa fonction : protéger la nation, en particulier les plus jeunes, leur assurer la sécurité qu'elle leur doit et un accès normal à notre culture. Il est évident que dans les collèges tels que celui-ci la transmission culturelle passe au second plan ; on peut même se demander si le rôle de ces établissements est encore scolaire.
 

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