LIRE   DESCARTES


VII


COMPARAISON  DU DISCOURS ET DES MEDITTIONS



A ce point de notre étude une comparaison entre la structure du Discours et celle des Méditation nous aidera à mieux comprendre la pensée de Descartes.
De part et d’autre six parties et pourtant quelle différence !


LE  DISCOURS
LES  MEDITATIONS
1ére partie : le doute
Mise en cause des connaissances, en particulier celles transmises par l’enseignement

1ère Méditation : le doute
il porte sur les moyens humains de la connaissance :


1) Les sens : question de ressemblance entre l’objet et sa perception

Question d’existence de l’objet perçu (arguments : rêve et hallucination) hypothèse d’un Dieu trompeur

2) La raison : hypothèse du Dieu trompeur ou du malin génie


2ème partie : les règles de la méthode (inspirées du modèle mathématique)
2ème Méditation : le je pense (en latin : cogito)

Ce qui résiste au doute : je pense-je suis

Que suis-je ? une chose qui pense, car je peux nier avoir un corps mais le nier c’est penser. Toute négation ou affirmation manifeste le je pense.


3éme partie : la morale provisoire
3ème Méditation : de Dieu, qu’il existe

Examen du je pense puisqu’on ne peut rien affirmer d’autre : n’y a-t-il pas une idée que le je pense n’aurait pu produire ?  Oui :l’idée d’un être parfait que l’être parfait a mis en moi « comme la marque de l’ouvrier sur son ouvrage ».


4éme partie : la métaphysique de Descartes
4ème Méditation : du vrai et du faux
Le doute, rapide, porte sur les moyens de la connaissance
Le « je pense donc je suis »
Je suis une âme, entièrement distincte du corps, puisque je peux affirmer mon existence en niant celle du corps : je n’en suis donc pas dépendant.
L’évidence, critère de vérité.
L’existence de l’être parfait, Dieu.( 2 arguments dans lesquels Descartes passe de l’essence à l’existence, le 2ème emprunté à St Anselme ).

Si Dieu est parfait, comment peut-il permette que je me trompe quelques fois ? Je suis seule cause de mes erreurs car c’est moi qui donne mon assentiment à des idées que je ne conçois pas clairement et distinctement qui, seules, sont garanties vraies par Dieu. Cette possibilité de donner ou refuser mon assentiment est la marque de ma liberté.


5ème partie : quelques découvertes scientifiques dues à la méthode
5ème Méditation : de l’essence des choses matérielles

Autres preuves de l’existence de Dieu ( dont l’argument de St Anselme).


6ème partie : les problèmes pratiques que pose la recherche.
6ème Méditation : de l’existence des choses matérielles

 Distinction entre l’âme et le corps de l’homme qui est composé de ces deux substances.


Commentaire du tableau


       La 4ème Méditation traite du vrai et du faux  alors que Descartes n’a pas éprouvé le besoin de démontrer l’existence du monde matériel, pourtant toujours sous le coup du doute. C’est que « selon l’ordre des raisons », il doit traiter de la question de l’erreur, comme l’a si bien vu Martial Guéroult : Dieu n’étant pas trompeur garantit notre confiance dans notre sentiment d’évidence, mais alors comment se fait-il qu’il permette que je me trompe quelques fois, ce qui devrait répugner à sa bonté ? C’est donc la possibilité de l’erreur qui maintenant doit être justifiée. Elle repose sur notre liberté et en témoigne : l’évidence est garantie de véracité lorsque ce sentiment accompagne une idée claire et distincte, mais si je donne mon assentiment à une idée que je ne perçois pas clairement et distinctement c’est alors que je puis me tromper ; ma liberté est de refuser cet assentiment et de suspendre mon jugement ou de juger avec « précipitation et prévention » (contrairement au 1er principe de la méthode).

       La perception explique la 6ème Méditation ne fournit pas d’idées claires et distinctes, mais obscures et confuses, qui s’avèrent souvent contradictoires : le feu me chauffe de près, me brûle de trop près ; c’est que les données des sens ont pour objet, non de me renseigner sur la vérité des choses, mais de ce qu’elles peuvent être utiles ou nuisibles pour mon corps. Elles me concernent en tant que composé d’âme et de corps tandis que la vérité est l’objet de la seule raison.

       Ainsi la vérité et l’erreur ne concernent que les essences des choses matérielles et il est significatif que dans la 5ème Méditation Descartes développe l’exemple des mathématiques qui « ne se mettent pas en peine de savoir si leur objet existe ou non dans la nature », comme il le remarque déjà dans la 1ère Méditation : En effet même si le géomètre dessine un triangle par exemple, il ne faut pas confondre le triangle dessiné avec l’essence du triangle puisque les droites mathématiques n’ont pas d’épaisseur ; le dessin ne sert qu’à fixer l’attention par l’imagination. Il en va de même pour toutes les réalités mathématiques, bien entendu : ce sont de pures essences c'est-à-dire des réalités purement intelligibles ; il s’agit « de certaines choses qui ne peuvent être estimées un pur néant, quoique peut être elles n’aient aucune existence hors de ma pensée, et qui ne sont pas feintes par moi, bien qu’il soit en ma liberté de les penser ou de ne les penser pas, mais qui ont leur vraies et immuables natures. Comme par exemple, lorsque j’imagine un triangle, encore qu’il n’y ait peut-être en aucun lieu du monde une telle figure », je suis bien obligé de reconnaître ses propriétés, par exemple que « le plus grand angle est soutenu par le plus grand coté ». C’est ce monde des essences créées éternellement par Dieu qui sont les vérités éternelles : purement intelligibles, elles ont été mises en œuvre par lui pour établir les lois de la physique. Aussi Descartes peut-il conclure la 5ème Méditation : «  ainsi je reconnais très clairement que la certitude et la vérité de toute science dépend de la seule connaissance du vrai Dieu…Et à présent que je le connais, j’ai le moyen d’acquérir une science parfaite touchant une infinité de choses, non seulement de celles qui sont en lui, mais aussi de celles qui appartiennent à la nature corporelle en tant qu’elle peut servir d’objet aux démonstrations des géomètres, lesquels n’ont point d’égard à son existence ». La philosophie de Descartes a donc ainsi justifié « la physique nouvelle » : La physique mathématique.      


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