A  QUAND   LA  DEMOCRATIE  EN  FRANCE ?


 
    Les élus de la Nation sont convoqués en Congrès à Versailles pour contrer la volonté de leurs mandants exprimée lors du referendum de 2005 sur la Constitution européenne : le résultat de leur vote risque d’éclairer d’un jour cruel leur propre situation dans le système politique de la Vème République, dont la Constitution a été modifiée déjà plus de 20 fois par eux sur ordre de l’Exécutif. Effectivement dans la Constitution actuelle ils ne sont plus que les domestiques de cet Exécutif et, au soir de leur élection, ils ne représentent plus le peuple Français mais le Parti qui a payé leur campagne électorale. C’est sans doute pourquoi avec le transfert de la souveraineté  nationale à l’administration non élue de « Bruxelles » ils ne renoncent déjà plus à grand-chose pour eux-mêmes, puisque, au soir même de leur élection, toute majorité a déjà abdiqué son rôle de représentant du peuple souverain pour celui de représentant de l’Exécutif dont ils assurent le pouvoir absolu par leur propre élection : tel est le résultat de la Constitution de la Vème République.
 
     Cette Constitution dans un premier temps, s’est contentée de créer un Exécutif fort mais il y avait un dialogue entre les élus de la Nation et le Président de la République. Depuis l’élection du Président de la République au suffrage universel, (première modification de la Constitution de la Vème République), le dialogue est rompu entre le Président tout puissant et sa majorité : le député obéit ou il n’aura plus son investiture. Ainsi l’échec de sa majorité devient-il l’échec même du Président, surtout depuis que le mandat de celui-ci a été réduit à 5 ans pour faire coïncider mandat présidentiel et mandat de députés : il n’y a plus d’élection nationale en cours de mandat qui indique au Président la manière dont son action est ressentie par l’électorat. Le Président aujourd’hui se comporte comme propriétaire de la majorité car le parti du Président donne les investitures, et donc assume le coût des élections pour les candidats de son parti, coût d’autant plus élevé qu’il faut y inclure les relations avec les médias qui sont des entreprises privées, extrêmement sollicitées en périodes électorales vraisemblablement très juteuses pour les médias. Ainsi le député est totalement dépendant de ce qui n’est plus qu’un chef de Parti, bien qu’on l’appelle encore le représentant des Français. Mitterrand avait une vue plus honnête de la situation lui qui acceptait de dire qu’il représentait « le peuple de gauche ».
 
     Dans cette situation, les députés dépendent totalement pour leur carrière politique professionnelle du chef de leur parti, aussi se prêtent-ils à tout ce que leur demande leur employeur et votent toutes les lois programmées par l’Exécutif. L’ordre du jour de l’Assemblée appartient d’ailleurs totalement à l’Exécutif qui a priorité dans le dépôt des lois, en arguant de leur urgence ; M. Méhaignerie, Président de l’Assemblée Nationale sous M. Chirac avait protesté avec une vigueur inutile contre cet état de fait et la Commission Balladur propose que la moitié du temps de l’Assemblée appartienne quand même aux élus de la Nation … Quelle générosité ! Elle est d’ailleurs sans risque pour l’Exécutif puisqu’une loi n’est applicable que lorsque paraissent les décrets d’application, et ceux-ci sont élaborés par les services ministériels, c’est-à-dire par les services de l’Exécutif ... quand ils sont élaborés       
 
     Les députés ne contrôlent pas plus les comptes de la Nation qu’ils n’ont le pouvoir de faire les lois : c’est en effet le rôle de la commission des finances mais les élus de cette commission doivent contrôler personnellement, sur place, dans les administrations, sans aucune aide extérieure les dossiers que les administrations veulent bien leur remettre, et ils n’ont pas le droit de les sortir. Ils reconnaissent que, dans ces conditions, il leur est impossible d’exercer leur fonction (voir « Société Civile » publication de l’iFRAP). C’est à ce niveau du contrôle financier qu’il faudrait de véritables audits comme cela se fait en Angleterre par exemple ; car l’audit des ministres eux-mêmes n’est que l’audit de leur ministère que les ministres sont sans doute bien en peine de contrôler : aux Finances mêmes on a vu des ministres obligés de démissionner parce que les hauts fonctionnaires n’étaient pas d’accord avec leur politique. Est-ce différent dans d’autres ministères ? Telle est la démocratie à la française ! 
                                           
     On peut s’étonner que la Représentation Nationale ait accepter ces conditions humiliantes, aussi on peut s’inquiéter de ce que les élus du peuple vont faire le 4 février 2008 en Congrès à Versailles. Auront-ils le courage de refuser de censurer la Nation qui a, sans équivoque, récusé la Constitution européenne en 2005 ? Car le contenu est le même comme le reconnaissaient différents chefs de gouvernement … et l’auteur même de la Constitution refusée lors du referendum en 2005 : voir les citations faites par Patrice André dans  « Mini traité » européen, la Constitution par la force » édition F.X. de Guibert, livre préfacé par Jean Foyer, ancien garde des Sceaux. Il ne s’agit aujourd’hui d’un mini traité que parce qu’il est concentré comme le sont les boites de lessives qui sont passées de 5 à 1kg, le produit étant plus concentré.
 
     L’hypocrisie de la « démocratie à la française » n’échappe pas aux citoyens malgré les médias qui s’efforcent de nous intéresser à la vie privée du Président de la République plutôt qu’aux conséquences du nouveau texte constitutionnel européen ; ce faisant, les médias manquent aux règles élémentaires de leur déontologie. Mais la clairvoyance de nos compatriotes n’a sans doute pas eu besoin des médias pour les éclairer : car après s’être efforcé de politiser les élections municipales de mars 2008, le Président de la République fait marche arrière et nous dit « Ce n’est pas mon travail » (Figaro 23 I 08). Il indique par là aux électeurs le vrai pouvoir qu’ils ont à cette occasion : le citoyen peut encore réagir contre la confiscation de la démocratie par les partis dits de gouvernement en jouant intelligemment les élections municipales ;  pour ces partis, en effet mettre la main sur une ville importante leur procure des moyens financiers et humains d’un grand poids pour les échéances ultérieures. La mairie de Paris, entre autres, exerce déjà un droit de préemption exorbitant sur l’espace par le biais des logements sociaux mais aussi se mêle de fonder des commerces pour vitaliser la ville, comme si le socialisme commerçant avait jamais vitalisé quoique ce soit !
 
    En France, ce qu’on peut difficilement appeler « cursus honorum » quand il s’agit de la politique, commence généralement aux municipales, c’est pourquoi député-maire et sénateur- maire constituent l’essentiel de nos assemblées.  A travers la politisation des élections municipales, les partis s’efforcent de quadriller le territoire national et de s’y créer une clientèle, entre autre par le biais des logements sociaux et en multipliant les associations- relais, vie associative bien contrôlée par le biais des subventions. La démagogie va jusqu’à proposer de payer les leçons de conduite automobile « aux plus démunis » de 18 à 25 ans, tranche d’âge dont on déplore souvent le désintérêt pour les élections : si ainsi alléchés ils ne vont pas voter c’est à désespérer ! Comme on leur offre déjà des « logements sociaux » et des emplois qu’on va soustraire aux contribuables et à leurs enfants qui font les frais de cette générosité, on comprend que « les plus démunis » aient intérêt à le rester !    
 
     Les candidats de la majorité « poussent un soupir de soulagement après l’intention affichée de Nicolas Sarkozy » de ne pas s’impliquer dans la campagne des municipales (même référence journalistique) : voilà qui en dit long sur la popularité du Président qui convoque le Congrès pour anéantir notre Constitution ! Mais cela indique aussi l’importance pour le personnel politique, des élections municipales : chacun a vraiment peur de perdre son siège et de compromettre ainsi son cher avenir ! C’est donc bien aux élections municipales que l’électeur a le plus de pouvoir parce que l’argent et les médias y jouent un rôle bien moindre qu’aux élections nationales. C’est donc là que l’électeur doit agir, s’il vaut sauver la démocratie confisquée depuis une grosse trentaine d’années par une classe politique qui a préféré son intérêt personnel à la France. C’est là qu’on peut faire comprendre au candidat qu’il ne préservera pas sa carrière en liquidant la souveraineté nationale sur l’autel de la mondialisation à laquelle « Bruxelles » a déjà sacrifié nos industries et ses emplois, nos agriculteurs et nos pêcheurs qu’on prétend nourrir de subventions, tandis que les denrées alimentaires augmentent, sans parler de la liquidation de notre Ecole, et donc de nos universités que les législations votées par la représentation nationale ont gravement détériorées depuis la trop fameuse réforme Haby.
L’alternance a permis aux Français de manifester leur mécontentement à l’encontre des deux majorités alternativement récusées, mais pas d’enrayer le déclin dans lequel elles ont alternativement entraîné la France : les élections municipales peuvent être un instrument pour casser ce carcan et permettre à la Nation de choisir de nouvelles élites hors de ces partis dits de gouvernement, en suscitant même, le cas échéant, des candidatures indépendantes capables de se défendre contre les distributeurs des subventions qui devraient appartenir à tous puisqu’elles résultent de l’impôt.





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