Pour faire une dissertation chez vous, vous avez un certain temps. Le professeur de lycée vous donne au moins trois semaines. Vous pouvez, vous avez intérêt à y réfléchir tous les jours ; c'est ainsi que vous trouverez les matériaux de votre dissertation. On peut réfléchir en marchant ou en effectuant quelque occupation quotidienne non absorbante.
Notez vos idées en les développant au maximum ; ne vous
contentez pas de les mentionner : elles ne se développeront pas
toutes seules. Une idée n'existe vraiment que
lorsqu'elle est développée : c'est à quoi sert
d'écrire.
Les
matériaux de réflexion peuvent souvent être
trouvés dans la
vie ; la philosophie doit d'ailleurs vous aider à
réfléchir sur ce qui se passe autour de vous, mais de
tels
matériaux sont parfois difficiles à présenter,
sans faire un
roman dans votre dissertation, pour imposer votre vision des
faits. Il est donc préférable de se référer
à la
littérature classique, celle que tout le monde est sensé
connaître au niveau du baccalauréat : il n'y a alors pas
à raconter l'histoire. Le plus souvent d'ailleurs ce
n'est pas l'histoire toute entière dont vous aurez
besoin et votre réflexion pourra porter sur une
scène
précise, un portrait d'une pièce ou d'un roman.
Le
premier travail sera donc souvent de chercher dans votre bagage
littéraire le matériau qui donnera une prise
concrète à votre
réflexion. Convenez que si vous avez un sujet sur la passion les
matériaux de réflexion ne manquent pas dans la
littérature ! A
vous de choisir car la dissertation ne saurait être un
défilé
d'exemples ; il s'agit de réfléchir pas
d'illustrer. L'exemple permet de réfléchir et de
présenter cette réflexion sur un cas concret. Il ne faut
pas
vous interdire de faire appel à la comédie qui est une
mine de
réflexion.
REMARQUE : nous appellerons classique la littérature
française
ou étrangère que « tout honnête homme »
est sensé
connaître - et donc que l'on n'a pas à raconter.
Ce n'est donc pas une question d'époque ; « Huis clos
» de Sartre peut être considéré comme
classique, ou bien
certaines pièces de Pirandello ;.mais ne croyez pas que le
dernier roman présenté à la
télévision soit connu de chacun
: dans trois semaines il y en aura eu d'autres qui, à tort
ou à raison, l'auront fait oublier.
Lorsque vous aurez réfléchi sur des matériaux vous aurez des idées et, si vous les avez développées, vous aurez le sentiment d'une direction de votre pensée : il vous suffira alors de numéroter les idées pour amener votre lecteur à vous suivre logiquement dans votre réflexion. Une dissertation de philosophie est comme une thèse en raccourci que votre lecteur doit admettre en suivant votre raisonnement.
Deux, trois ou quatre parties ? Si plus c'est vraisemblablement que vous n'avez pas su faire la synthèse de vos propres idées qui restent trop éparpillées. Chaque grande partie expose et développe une seule idée.
D'un point de vue pratique, lorsque vous notez vos idées en les développant quelque peu, vous avez intérêt à n'utiliser qu'un coté de chaque feuille : cela vous permet, au moment où vous vous décidez à faire la rédaction, d'avoir tous les matériaux sous les yeux ; vous n'aurez alors qu'à numéroter les idées pour en manifester l'enchaînement.
Lorsque vous commencez à
savoir vers quoi vous vous dirigez, vous pouvez essayer de
rédiger, au brouillon, votre conclusion : cela vous aidera
à
raffermir
votre plan et peut être vous incitera à de nouvelles
recherches de matériaux.
Le plus difficile, pour beaucoup, c'est l'introduction ; les élèves de classes scientifiques s'en tirent généralement mieux que les littéraires car ils vont plus directement au sujet. On a pu vous donner en lettres des « procédés » pour résoudre cette difficulté, mais après cette présentation on constate que très souvent le candidat n'a plus rien à dire ; c'est un fait : ces procédés artificiels, en philosophie, n'entraînent pas une pensée personnelle ; oubliez-les et attaquez -vous directement au sujet et faites-en apparaître le contexte : demandez-vous pourquoi la question se pose, car tout sujet peut se ramener à une question, or une question implique toujours un contexte qui lui donne un sens ; c'est ce qu'aujourd'hui on appelle « problématiser ».
Quand vous avez dégagé le
contexte, quand après recherche vous voyez la réponse qui
se
dessine pour vous, vous avez l'introduction et la conclusion
: il est alors possible d'organiser votre dissertation pour
la conduire logiquement de l'introduction à la conclusion,
simplement en numérotant vos idées.