Le C.V. gris
Pas de nom, pas de photo, pas
d’âge, pas d’indication de sexe ni de compétence :
l’égalité vous dis-je ! Qu’y aura-t-il sur votre
curriculum vitae ? La lutte contre la discrimination commence à
confiner au ridicule !
Les entreprises sont, pour Claude
Bébéar, « en première ligne sur le front de
l’intégration ». Sur quels fronts ne sont-elles pas en
première ligne ? L’Etat, en France, les considère
constamment comme des institutions qu’il ne tolère qu’à
condition de les charger des bonnes œuvres qu’il ne subventionne pas
directement. Et Claude Bébéar d’ajouter (voir
« Métro » du 24 XI 04) : « Elles doivent
amplifier leur action pour lutter contre les discriminations dont sont
victimes ceux de nos concitoyens issus des minorités
visibles » : impératif catégorique qui fait
très bon marché de la liberté de l’entrepreneur !
C’est d’ailleurs une caractéristique d’une législation
qui ne supporte plus la liberté la plus
élémentaire du citoyen, dans aucun domaine.
Cette volonté de
contraindre le privé à sélectionner son
personnel comme est sensé faire le public témoigne d’une
étrange ignorance de la vie de l’entreprise privée qui,
elle, ne peut vivre en déficit permanent comme le font toutes
les entreprises d’état. Au lieu de cumuler les
législations qui sanglent toutes les entreprises privées,
l’Etat pourrait gérer plus sérieusement le secteur qui
lui incombe directement, par exemple celui des logements de fonction
pour lesquels « la plupart des ministères ne
déclare pas au fisc ces avantages en nature » (Figaro
économie 15 X 04) ou qu’il laisse se délabrer.
On peut se demander si le
perpétuel boucan politico-médiatique fait autour de
sujets dits de société n’est pas un rideau de
fumée destiné à cacher les carences mortelles de
la gestion politique. La vraie question actuellement est de savoir
où en sont les finances de l’Etat, celles des entreprises
publiques, et surtout, comment l’Etat compte assumer ses
responsabilités d’employeur, en ce qui concerne les retraites
des fonctionnaires qui ne sont pas non plus provisionnées, comme
le constate le dossier du Crédit Social des Fonctionnaires
consacré à cette question (publication C.S.F. n° 51
juin 2003). Manifestement, en haut lieu, on préfère
moraliser pour tous que répondre à ces questions que se
pose la « majorité invisible » des
Français.
On aimerait un peu de
sérieux au lieu d’ajouter à des mesures qui ne peuvent
que pousser l’entreprise privée à
délocaliser.
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