BACCALAUREAT




Les attitudes des uns et des autres par rapport au contrôle continu sont très révélatrices. Les syndicats des professeurs, S.N.A.L.C. et S.N.E.S. , sont contre : ceux qui font passer le bac savent à quel point un examen anonyme est nécessaire, pour les élèves dont le diplôme ne doit pas être suspecté, pour les Universités qui reçoivent les bacheliers, et, en principe, pour les employeurs qui devraient y trouver une garantie de niveau de connaissance mais qui, hélas ! ne se font plus beaucoup d’illusions depuis Mai 68.
    
     Mais il est nécessaire aussi que le professeur ne soit pas perçu, l’année durant, comme membre de jury, mais comme  enseignant et non comme juge. Il est nécessaire aussi que le professeur soit confronté au niveau d’autres établissements lors de cet examen où il est appelé à corriger les élèves de divers établissements et donc issus d’autres milieux sociologiques ; en cas de contrôle continu, il serait condamné à s’adapter au niveau du milieu sociologique pour lequel il enseigne et cela compromet l’homogénéité d’un diplôme national qui est le premier grade de l’Université et constituerait une discrimination parfaitement négative.

     Sans surprise, on voit les associations de parents, si ce n’est les parents, favorable au contrôle continu. Cela devrait d’ailleurs leur permettre de recruter car les parents n’hésiteront pas à s’ inscrire dans une association s’ils espèrent pouvoir ainsi faire pression sur les professeurs. On peut prévoir un concours d’influence malsain entre les associations de parents dont certaines ont des quasi permanents issus du secteur public, et pas nécessairement de l’enseignement. Le contrôle continu n’a donc aucune chance de concourir à la sérénité dans les lycées !

     Aussi les gauchistes conseillers plus ou moins officiels des ministres de l’Education Nationale depuis Edgard Faure, sont-ils favorables au contrôle continu, au prétexte que l’organisation du Bac est très lourde : « chaque année on se trouve au bord du gouffre » affirme Philippe Meirieu, ancien conseiller de Jack Lang. Il est vrai qu’à manipuler options et coefficients pour arriver à 80% de reçus chaque année, l’organisation du Bac devient lourde ! Le contrôle continu permet à coup sûr d’obtenir ce résultat plus sûrement, les pressions aidant.

     On peut constater que les supporteurs du contrôle continu, qui sont des égalitaristes à tout crin, s’intéressent moins à la culture qu’aux diplômes ; il est vrai que la culture est affaire personnelle et le diplôme affaire collective qui peut donner l’illusion d’égalité. Dans une société du « politiquement correcte », de « l’historiquement correcte » et de « l’économiquement correcte », la culture qui favorise la liberté de pensée n’a pas bonne presse ! C’est pourquoi certains penseurs de la réforme sont des acharnés du SMIG Culturel, et des activités parascolaires qui occuperaient assez élèves et professeurs pour qu’ils n’aient pas de temps à consacrer à une culture personnelle.

     Il est évident que le contrôle continu est plus favorable à la « démocratisation du diplôme » qu’à celle de la culture : on devrait pouvoir en effet obtenir ainsi 100% de réussite au Bac, y compris et surtout dans les zones de non-droit où on ne lésinerait pas sur les moyens pour obtenir ces pourcentages ; dans une société où le pouvoir a admis et cultivé la violence par son laxisme, le Bac actuel met encore les professeurs à peu près à l’abri des moyens de pression musclés en
ce qui concerne le Bac.

     Mais, à moins de mettre tous les élèves de Seine-Saint Denis par exemple au lycée Henri IV à Paris, cette « démocratisation » du diplôme ne comblerait pas la discrimination géographique ; au contraire elle l’accentuerait, et comme on a dit « il a eu le Bac en 68 ! », on pourra dire « il a eu le Bac en Seine-Saint Denis ». Une fois encore la politique scolaire de la Vème République jouerait contre la classe moyenne coincée par la carte scolaire dans les seules zones qui lui sont encore financièrement accessibles pour se loger.

     Il faut quand même rectifier une affirmation, que le Figaro du 29 XI 04,  prête, sans doute à juste titre à M. Claude Lelièvre : les professeurs, selon lui bénéficient d’un diplôme délivré par les universités dont ils ne contestent pas la valeur, ce qui veut dire que, selon M. Lelièvre, ils ne voient pas de d’inégalité régionale quand cela concerne leur propres titres universitaires : cet historien ignorerait-il que c’est cela même qui justifie qu’il y ait, depuis très longtemps, des concours nationaux pour recruter les professeurs après le niveau licence c'est-à-dire Bac+4 ?


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