AIMER  SA CULTURE


       L’imbécillité voire l’ignominie voulues des manuels scolaires dont nous avons traité laissent pantois. Comment de tels livres ont-ils pu avoir largement cours dans nos écoles élémentaires ? Quels « chercheurs », qui se reconnaissent eux-mêmes « sorcières énervées »,  payés par l’Etat (et qui touchent des dividendes sur ces manuels), ont pu offrir à des enfants  de si misérables livres d’apprentissage de la lecture? Les inspecteurs de l’enseignement élémentaire qui cherchent querelles aux instituteurs enseignant à lire avec la méthode alphabétique auraient mieux fait de s’intéresser aux instruments de travail mis à leur disposition. Leur attitude laisse entrevoir un mot d’ordre dont on aimerait savoir s’il est officiel ou occulte. Ces manuels « gratuits », rappelons-le, sont payés par le contribuable. Dans notre pays où l’on multiplie commissions, observatoires, « hautes autorités » ( !), comment un phénomène aussi énorme a-t-il pu échapper à l’attention ? Et, si, comme il est vraisemblable il n’a pas échappé aux autorités, pourquoi l’a-t-on favorisé ?  La prolifération d’associations dites « culturelles » ne dissimule pas que l’indifférence culturelle a gagné un terrain considérable dans ce qu’il est convenu d’appeler « les hautes sphères » sans doute trop férues d’arts premiers et d’universalisme, pour s’intéresser à notre civilisation.


       L’enseignement est un des grands fiascos de la Vème République. Depuis une trentaine d’années toutes les aberrations y semblent possibles comme en témoignent les exemples tirés des manuels de l’école élémentaire. Cet échec nous oblige à réfléchir et à constater l’importance de la culture : il paraît de plus en plus évident que ceux qui gouvernent la France sont très négligents de ses valeurs, sinon ils auraient eu le réflexe élémentaire d’expulser les barbares « bi nationaux » qui font appel à l’aide des pompiers et les attaquent avec divers projectiles quand ceux-ci viennent au secours de qui les demandent ; ce comportement nous le considérons ignoble et si contraire à l’esprit de notre civilisation qu’il témoigne de l’incapacité à s’y intégrer. Que la classe politique ne l’ait pas senti et n’ait pas réagi immédiatement et vigoureusement comme elle le devait dès ces premiers actes de sauvagerie montre qu’elle-même n’a plus aujourd’hui grande conscience de ce qu’est notre civilisation ; dès lors comment pourrait-elle en transmettre les valeurs ? Le délabrement de notre Education nationale résulte cette indifférence culturelle.

 
       Les Français sont de plus en plus scandalisés par cette insensibilité culturelle qui ne perd pas une occasion de se manifester comme cela vient d’être le cas avec le refus de commémorer le bicentenaire de la bataille d’Austerlitz, sous un prétexte qui pue l’électoralisme … et l’ignorance : le Professeur Tulard, historien spécialiste de cette époque, rappelle qu’en France Napoléon mit fin à la traite des Noirs par le décret du 29 mars 1815. La mise en quarantaine de la gloire napoléonienne, sous prétexte que l’empereur aurait favorisé l’esclavage, correspond bien, malheureusement, à l’homme qui disait « il n’y a pas de lieu au monde où l’on ressente plus qu’ à Rome la pesée de l’histoire, au point d’en être écrasé » ;  règlerait-il ses comptes avec notre civilisation, lui préférant la Mésopotamie par exemple « où l’on marche sur l’histoire» ? (« D’un Chirac l’autre » Bernard Billaud, édition de Fallois p.165); ne  proclame-t-il pas « son aversion pour la civilisation de la pierre qui s’est épanouie à Rome et à Athènes » : le déclin des Humanités en France n’est donc pas dû au hasard, ni la substitution de la linguistique à la bonne vieille grammaire dont Aristote a dégagé la logique qui y est implicitement contenue et sans laquelle il n’y aurait pas de sciences en Occident. Il est évident que lorsqu’on passe le concours de l’E.N.A. peu après 20 ans, on vise les fastes des palais nationaux sans imaginer les lourdes responsabilités qui devraient s’y assortir. Est-il judicieux de confier l’avenir de la nation à des élites recrutées ainsi ?


         L’institut Français de Recherche sur l’Administration publique (iFRAP) s’intéresse à la formation donnée à l’Ecole Nationale d’Administration (E.N.A.) puisque c’est elle qui débouche sur les grandes carrières républicaines et dans son mail du 28 XI 05 sur cette Ecole, on apprend que l’enseignement y est le même depuis 50 ans, ce qui explique l’incapacité de nos élites à servir les intérêts français dans le monde contemporain, à l’étranger mais aussi chez nous comme en témoigne tant de clochards victimes du chômage, inaperçus puisqu’ils ne brûlent pas de voitures. Nous avions été surpris que M. Giscard d’Estaing ait pu dire, lors d’une conférence, qu’on lui avait conseillé de lire Burke alors qu’il présidait la commission pour la Constitution européenne : une lecture si tardive révèle bien les insuffisances de l’E.N.A. et le projet de constitution européenne ne témoigne pas que le président ait vraiment compris les « Réflexions » de Burke sur l’importance des mœurs et des traditions d’une nation. Il est  inquiétant qu’une école d’administration soit pour la France la fabrique à Ministres, en particulier ministre des Affaires Etrangères : on ne traite pas les rapports de la France avec l’étranger comme les problèmes internes, à coup d’écrits administratifs. On s’en est aperçu lorsque nos gouvernants ont cru malin de faire appel aux Américains pour régler la question yougoslave. Lors de sa visite en Yougoslavie, le Président Mitterrand avait été mieux inspiré, il est vrai que la culture ne lui faisait pas défaut ! Lorsque notre premier Ministre actuel, à l’occasion de l’année de la Chine (même référence à l’iFRAP),  explique aux  gouvernants communistes chinois qu’avec l’E.N.A. la France s’inspire de la méthode des mandarins chinois, il fait montre d’une belle inconscience ! Voulait-il dire que nos mandarins étaient aussi étrangers au peuple que l’avaient été les mandarins chinois ?      


      Il serait temps que les Français réfléchissent sur leurs élites de façon à faire en sorte qu’elles représentent vraiment notre culture, celle de notre peuple qui, sans être hélas toujours aussi cultivé que semblerait l’impliquer un allongement indéfini de la scolarisation, est un peuple de vielle tradition et d’antique sensibilité, qui n’a rien a gagner à la mondialisation que les médias veulent lui imposer et dont la classe politique actuelle n’est que l’instrument. D’ailleurs quel peuple a intérêt à se dépersonnaliser ainsi, brutalement, et à endosser une vague éthique matérialiste, seul dénominateur commun possible entre des peuples qui ont une véritable personnalité ? Devenir un cheptel mondialisé n’est pas un progrès pour les êtres humains, ni pour les Occidentaux « marcher sur l’histoire ». Aimer votre culture vous permettra de garder votre identité et vous fera échapper à la cheptélisation par la culture mondialiste. Aimer notre culture nous permettra de rester libres, comme il est dans notre tradition.
                

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